Corinne Lepage : « Sur les énergies renouvelables, il y a un manque de volonté »
Corinne Lepage lors de la table ronde du 27 août au matin

Corinne Lepage : « Sur les énergies renouvelables, il y a un manque de volonté »

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Corinne Lepage est l’invitée d’E5t à La Rochelle, l’université d’été de la transition énergétique qui a débuté mercredi 27 août. Celle-ci rassemble plus de 200 participants, décideurs, cadres, ingénieurs, avec 50 intervenants.

L’avocate, ancienne ministre et Présidente de CAP 21, se situant dans la pensée de l’essayiste américain Jeremy Rifkin (qui évoque une « 3e révolution industrielle »), affirme que « s’il y a un domaine avec lequel on peut se réindustrialiser, c’est celui des énergies renouvelables mariées avec les nouvelles technologies d’information et de communication. »

Si « on sait ce qu’il y a à faire », elle considère que le problème est sans doute la volonté. Le renouvelable, c’est une énergie qui rend totalement indépendant (alors que le nucléaire dépend de l’uranium).

Une Europe qui n’investit pas assez

Pour elle, il n’existe pas vraiment d’Europe de l’énergie. La Présidente de CAP 21 se montre sceptique quant à la capacité à tenir les engagements 2020 sur le climat et l’énergie, même limités à 17 % d’énergies renouvelables. Les perspectives pour 2030 (paquet climat-énergie en cours d’adoption) sont moyennement ambitieuses. La commission propose un objectif de 27 %.

Au niveau européen, elle soutient qu’il y a un problème d’investissement et d’infrastructure. L’effort doit porter sur les réseaux et la recherche (notamment sur le stockage). Cela devrait être une politique communautaire. Il convient de mettre en place un cadre contraignant, au niveau communautaire et international. Sur le photovoltaïque, en forte progression, « les entreprises européennes n’y sont pas vraiment ».

Le citoyen doit savoir que le kilowattheure sera de plus en plus cher

En aparté, elle se dit favorable à des mesures politiques permettant à la fois aux particuliers et aux entreprises d’investir. Il faut utiliser l’outil fiscal et renforcer la formation.

Par ailleurs, elle affirme que, pour le citoyen, alors que le kilowattheure sera de plus en plus cher, il est nécessaire de réduire le nombre de kilowattheures consommés. « Il faut aller vers l’efficacité, la sobriété, mais les  « smart grids » » évoqués par EDF (réseau électrique intelligent s’appuyant sur des technologies informatiques) « sont faits pour le distributeur et non pour le consommateur. »

Les grandes entreprises s’impliquent

Denis Simonneau, directeur des relations institutionnelles et internationales chez GDF Suez explique que son entreprise s’affiche comme le leader européen de la transition énergétique. Elle s’appuie sur les 4 D : dérégulation, décentralisation de la production, digitalisation, diminution de la demande (qui est déjà amorcée). GDF Suez dispose d’une branche efficacité énergétique en très forte croissance, notamment en termes d’emplois.

Selon Denis Simonneau, les investisseurs dans les énergies renouvelables doivent être protégés par une politique stable. Ceci d’autant plus que l’effondrement de la valeur des quotas de CO2 n’incite pas à faire des efforts.

Michel Derdevet, Secrétaire général et membre du Directoire d’ERDF, annonce que depuis 10 ans, l’équivalent de 13 centrales nucléaires a été raccordé au réseau « par le bas » (sous forme d’« électricité distribuée » produite localement). Le réseau électrique est amené à changer. Il devra être géré plus finement (notamment les pointes, la période hivernale). Il ne sera plus descendant et centralisé. Il constate : « On n’est plus dans une logique de croissance de la consommation : c’est un changement de paradigme », dans le sens de l’efficacité énergétique. Il estime que la taille critique d’une politique de transition énergétique, c’est l’Europe, voire le monde.

Philippe Rosier, Président de Solvay Energie Services, groupe chimique basé en Belgique, reconnaît que de moins en moins d’industriels s’opposent à l’idée de transition énergétique. Sa société a organisé sa propre transition énergétique et fournit de nouvelles solutions à ses clients industriels. Il estime qu’il faudrait suivre l’Allemagne qui a choisi de faire financer son « mix énergétique » (très coûteux à produire compte tenu de ses choix) par les consommateurs plutôt que par les entreprises et industriels.

Les deux jours de réflexion proposés par l’Université E5T, Sup de Co et l’EIGSI s’inscrivent dans le contexte de la préparation de COP 21, l’importante conférence internationale sur le climat qui se tiendra à Paris en 2015.

 

Laurent Kaczmarek

 

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