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| L'éditorial du JdP n° 86 |
Date : 13/11/2007 LA BULLE SÉCURITAIRE La plus grande escroquerie morale, économique et politique de ce début de siècle est sans doute dans celui du marché actuel de la sécurité. Avec une échelle de collusion jamais atteinte entre le monde économique, le monde politique et le monde médiatique, les cercles du pouvoir occidental ont créé de toute pièce leur nouvelle «guerre froide», c’est-à-dire la lutte contre le terrorisme, pour produire et écouler leurs stocks d’armes et leurs techniques High Tech. Alors que tous les pays européens et d’Occident (hors Israël) n’ont jamais été aussi bien protégés par la paix sociale et nationale, profitant pleinement et de manière insatiable des bienfaits de la consommation, du progrès technologique et médical, voilà que le spectre de la terreur, du risque et de la menace virtuelle s’est inséré dans l’inconscient collectif d’un milliard d’individus. Profitant de quelques cas «terroristiques» réels, ici et là, tout l’art consiste à les surdimensionner dans les médias comme si de 1/1000e d’importance objective dans l’activisme quotidien du monde, ceux-ci représentaient en fait 50% de nos soucis. Tout fonctionne comme s’il s’agissait de se faire peur comme raison d’exister faisant que plus j’y crois, plus j’en parle et plus je m’auto-convaincs de la nécessité d’agir. En psychiatrie, on appelle cela de la schizophrénie, chez certains de la psychose et chez d’autres du délire anxiogène. Médias, politiques et multinationales enfoncent régulièrement le clou de l’insécurité en transformant stratégiquement le moindre événement de la réalité de la vie, la plus petite menace virtuelle, de manière propagandiste et inversement proportionnelle à son importance. Depuis la fin de la guerre froide et la réduction quantitative des conflits armés dans le monde, réduisant de facto le business de l’industrie de l’armement, le problème s’est déplacé sur le terrain de la sécurité civile. Il est vrai qu’agiter le chiffon rouge du risque, de l’insécurité, de la menace, a toujours eu un impact fort dans l’opinion publique. Cela fait beaucoup vendre (business), fait de l’audience dans les médias (annonceurs) et conforte l’image rassurante (mais illusoire) du politique protecteur de la nation. Face à la présence hyper marginale d’un risque d’attentat ici, d’un cas de grippe aviaire là, d’un virus informatique destructeur réel ou virtuel, de la survenue d’un accident ou d’un événement jugé «anormal», de la projection d’un scénario de catastrophe écologique pour demain, tout est devenu bon pour conditionner les gens au réflexe sécuritaire, au repliement sur soi, à la prudence, au non passage à l’acte et surtout à l’acceptation inconditionnelle de la «pieuvre» normative du système. Ce phénomène résulte principalement de la surcharge culpabilisante, infantilisante, émotionnelle et compassionnelle accompagnant l’information médiatisée. Il est vrai que sans information le monde n’existe pas en tant que tel et que tout ce qui se passe ailleurs n’a alors «aucun» signifiant cognitif. A l’inverse, dès que l’information est massivement connue, perçue, vue, ressentie, la représentation du monde change et tend à bouleverser en profondeur l’entendement et la perception de la réalité de celui-ci. Le phénomène est d’autant plus pervers qu’en fait d’information, il s’agit surtout de désinformation (information partielle et/ou orientée). Lorsque la majeure partie de l’information est orientée, «grise», troublante, elle produit forcément une réaction collective de même coloration. Il en résulte alors l’équation suivante qui dit que plus la société distille elle-même le réflexe sécuritaire, via la mobilisation de ses principales institutions sous prétexte du principe de précaution, plus elle introduit en profondeur le «virus insécuritaire» de la peur, de la crainte, du doute, de la prudence, de la soumission et du conditionnement en chacun de nous. Exit alors la hauteur de vue, la force de caractère, la dignité, la fierté, le respect de soi, l’humilité, la souffrance vécus par les anciens dans l’anonymat des épreuves du quotidien. Chacun aujourd’hui se croit en droit et devoir de mettre sur la place publique son chagrin, sa rancœur, son désespoir, sa colère, comme moyen thérapeutique afin de peser sur les autres et/ou les situations. Tout cela tend à créer un cycle pervers justifiant toujours plus de lois et de moyens d’évitement réduisant, proportionnellement, l’espace libertaire initial. Cet emprisonnement mental lié au sentiment d’insécurité agit également, sans le vouloir, sur la dégradation de la qualité de vie. Un peu comme un médicament qui pris, à juste dose, annule la douleur mais qui, par son excès ou sa fréquence, induit peu à peu une accoutumance, une dépendance et une fuite en avant dans le soulagement illusoire. Sur le fond, il est possible de dire que la bulle sécuritaire actuelle dans les pays occidentaux est identique à la bulle immobilière ou à celle de l’Internet à l’époque, due à une logique bien ou mal orchestrée de surestimation du risque et de ses effets. Elle éclatera un jour ou l’autre, car le problème récurrent de ce type de stratégie sociétale portée, soutenue, entretenue par les multinationales, les médias et les partis politiques, c’est qu’elle ne dure généralement pas en entretenant, au contraire, les germes mêmes d’une future faillite et de vrais problèmes pour demain. La logique de la peur n’est pas celle de l’évolution naturelle du vivant. Elle produit surtout de la régression faisant que plus je me sécurise aujourd’hui, plus je me fragilise pour demain. Tout concourt à forger un cycle d’auto-renforcement sans fin faisant que la peur appelle la peur, le besoin de sécurité appelle les mesures de sécurité et que les mesures de sécurité poussent le système à en faire toujours plus sans aucune vision globale des effets collatéraux à venir. L’ODYSSÉE DE L’ENTREPRENEUR Depuis l’origine du mot entrepreneur à la fin du XVIe siècle en France, il s’agit d’une véritable odyssée entre l’acception initiale définissant l’entrepreneur comme un «fournisseur aux armées» et aujourd’hui, son rôle de personnage-clé de l’activité économique, du progrès technique et social en ce début de XXIe siècle. L’économiste J. Schumpeter (1883-1950) a été le premier à avoir mis en avant le rôle perturbateur de l’entrepreneur. Sans ambages, il affirmait que seuls les individus capables d’innover méritent l’appellation d’entrepreneur dès lors qu’ils savent faire preuve d’initiative, de volonté et d’imagination. Selon lui, aucun système ne peut progresser rapidement si l’effort créatif de certains, dans un cadre de prise de risque maîtrisée, n’est récompensé par l’accès au profit et au statut social. C’est donc, d’après lui, par l’innovation que l’entrepreneur peut induire la rupture nécessaire dans le circuit économique. Pour J. Schumpeter «Sans évolution, pas de profit. Sans profit, pas d’évolution» soulignant le fait que si l’innovation joue le rôle d’aiguillon du progrès, la réalisation du profit la motive en permanence. C’est le produit de ce rapport dual qui crée l’équilibre dans nos économies et dessine majoritairement ses conséquences sociales. En résumé, le désordre économique permanent (en terme d’entrepreneuriat) favorise l’équilibre sociétal dans sa dynamique la plus complexe. Pour lui, il est également clair que «ce qui est de la routine regarde le management, ce qui est exceptionnel (dans l’activité de l’entreprise) constitue la véritable fonction de l’entrepreneur». Ce constat étant posé, il ressort que l’entrepreneur anonyme est amené à jouer de plus en plus un rôle majeur dans la société moderne par sa capacité à contrebalancer le poids inertiel des grands groupes et oligopoles. C’est principalement lui qui, par son autonomie et sa réactivité immédiate, doit conduire l’économie vers de nouvelles destinations. En prenant de l’importance et de l’épaisseur par son action au sein de réseaux de petites entreprises (TPE/PME), il doit se convaincre que «là où existe une volonté, existe un chemin» et que c’est de personnages comme lui que la société a fondamentalement besoin pour avancer et ouvrir d’autres voies et solutions. Aussi les vraies grandes mutations de notre environnement reposent-elles davantage sur la formation de nouveaux entrepreneurs, prêts à s’engager avec audace et compétence vers de nouveaux horizons du risque, que sur la peur du risque, la contraction sécuritaire, le repliement sur soi et l’assistanat généralisé. Pour devenir une société adulte avec de vrais adultes, le développement de certaines valeurs par la contagion de l’esprit entrepreneurial doit devenir une priorité dès le plus jeune âge, laissant ensuite chacun juge de sa propre contribution.
CONNAISSEZ-VOUS L’ECONOMIE D’AFFAIRES ? Elle recouvre le second plus vieux métier du monde (le business, vendre, acheter, négocier, faire du profit en affaire…) et fonde les bases de toute activité économique dans l’entreprise et les organisations. De ce fait chaque cadre, chaque dirigeant, chaque créateur, chaque décisionnaire sait intuitivement que de la bonne maîtrise des chiffres et des calculs en amont des commandes et des contrats se détermine forcément la bonne rentabilité et gestion «avale» de ceux-ci.
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