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| L'éditorial du JdP n° 92 |
Date : 28/11/2008 MERCI LA CRISE FINANCIÈRE Avec le réchauffement climatique d’un côté, le refroidissement économique de l’autre, les pénuries prévisionnelles au centre (eau, pétrole, matière première…), les politiques nationales n’en finissent plus de gérer la crise. Loin d’être les victimes innocentes de tout cela les Etats sont, au contraire, coresponsables de ces situations pris dans l’aveuglement de leurs gestions à court terme. Etant tous observateurs de ces changements sociétaux, nous constatons aujourd’hui encore que rien n’a vraiment changé sur le fond dans la gouvernance du monde. Il existe toujours autant d’incuries dans la compétence de nos élites et de leurs cohortes d’experts et de conseillers, lesquels se révèlent quasiment nuls avant (imprévisibilité, politiquement correct, conservatisme…), moyens pendant (gestion de crise, gestion du présent) et bons après (explications doctorales de ce qui s’est passé ou de ce que l’on aurait dû faire). Tel est l’axiome frappant l’expertise politique, économique et financière moderne, qui démontre sa capacité intellectuelle à bien raconter les histoires du passé mais très peu à prévoir correctement le présent proche et encore moins l’avenir ! Sous l’angle des actions politiques engagées, il semble bien que plus on réforme le nez dans le guidon, plus on déstabilise la cohésion nationale ainsi que la planète entière à plus grande échelle. Pierre-Joseph Proudhon (sociologue, économiste au XIXe siècle) ne disait-il déjà pas à son époque que «Les chefs, législateurs ou rois, jamais n’ont rien inventé, rien supposé, rien imaginé ; ils n’ont fait que guider la société selon leur expérience acquise, mais toujours en se conformant aux opinions et aux croyances». C’est une nouvelle fois le cas avec le tsunami financier et le krach boursier induits du fait de l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis, la spéculation sur certains produits dérivés en bourses et la vénalité des traders et des professionnels de la finance et de la banque. Cette imprévision mondiale n’a pas fini de produire des effets collatéraux irradiant progressivement l’économie du réel et polluant gravement la vie des ménages, le monde du travail et celui des entreprises. Même, s’il y a fort à parier que les effets macroéconomiques de la crise bancaire et financière au sein du système financier mondial auront largement disparu au cours de l’année à venir, cette «opportunité de grande crise» vue sous l’angle des politiques, va devenir une véritable aubaine pour les plus ambitieux d’entre eux. Qu’allons-nous assister à l’émergence de «Sauveurs du système» après l’effondrement en Europe de ce second «Mur de Berlin de verre» ou de ce nouveau «Pearl Harbour économique» aux Etats-Unis. L’amnésie lacunaire (oubli volontaire ou involontaire de faits précis) va même devenir un comportement à la mode chez tous ceux qui n’ont pas été, ou ne sont pas, à la hauteur des enjeux. Déjà en France, comme par hasard, les mauvais chiffres de la croissance, de la récession, de l’augmentation du chômage, des ratés économiques et du fiasco de beaucoup de promesses du candidat Sarkozy se sont opportunément cachés derrière les chiffres catastrophes du krach financier et boursier, faisant ainsi croire à l’opinion publique que le système financier en était principalement responsable. Il est à craindre qu’entre le «soft power» (puissance démocratique contrôlée) et le «hard power» (autoritarisme, autocratie), le pouvoir politicien et économique cherche à opportuniser la portée de ces événements en jouant sans état d’âme sur les incertitudes et les anxiétés populaires en matière d’emploi, de chômage, de sécurité, de pouvoir d’achat… PETIT OU GRAND JOUEUR ? Si le «style c’est l’homme» (Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon) alors entre le joueur addict, le banquier et le financier qui jouent avec l’argent des autres et l’homme politique qui joue avec le pouvoir conféré par le vote de ses concitoyens, il existe de nombreux points de ressemblance. Le «fait du prince» est la caractéristique première des joueurs qui usent et abusent de leurs pouvoirs de décision. Se croire momentanément invincible en croyant avoir la baraka, une responsabilité immanente ou un «destin» particulier, entraîne presque toujours l’incontinence décisionnelle, l’abus de pouvoir personnel, le besoin d’action dopé à l’adrénaline et à la biochimie du cerveau. Cela entraîne mécaniquement la prise de risque «aresponsable» (pas de moral ni de scrupule), l’entêtement à se croire plus fort que tout le monde et/ou à faire exactement le contraire par défit de ce qui est dit ou de ce que l’on reproche. Le joueur dans l’âme, c’est donc celui qui fait et défait les situations en séduisant par son audace, sa prise de risque, sa maîtrise apparente des situations, en occupant et dominant le terrain tant qu’il existe autour de lui des individus fascinés par son jeu et qui acceptent la perversion des règles. Le vrai joueur au sens psychiatrique du terme se caractérise par le fait de : … Piper le jeu d’entrée de jeu avec ses propres règles. ... Créer le problème, ou alimenter le trouble dans la situation, en vue de mieux apparaître ensuite comme un sauveur, un homme-clé, un guide, par quelques solutions miracles ou opportunes. … Pratiquer le double jeu en étant le Janus sympathique d’un côté (gentil) et celui qui fait ce qu’il a envie de faire de l’autre, en se moquant justement de l’avis des autres (manipulateur). … Anesthésier le jugement et le libre-arbitre de ses proches par les effets du charisme, de l’affect et/ou de la sympathie qu’il dégage. ... Accepter la surenchère intellectuelle ou psychologique, sans limite de sagesse ni d’honnêteté intellectuelle, en utilisant toujours l’arme du raisonnement, des formules chocs, du doute et de l’influence, comme autant de «prises mentales» immobilisant la réaction des autres. Sur le fond, pour accéder au plaisir de la décision qui flatte l’orgueil et donne du sens à sa propre vie, le joueur est toujours prêt à vendre son âme sans que cela soit dit ou vérifiable, malgré la claire conscience du prix à payer et les inévitables revers de destin. Sous l’angle national, tout indique que la République française est actuellement menée par une équipe de joueurs (présidence, conseillers, influents) jouant «petit» à l’échelle du monde et de l’histoire mais avec de grosses mises et un bluff politique que le peuple devra forcément payer un jour, si ce n’est déjà le fait de la réalité ! AU SECOURS, J’AI RÉTRÉCI LA FRANCE ! A force de subir l’évidence d’un pouvoir personnel exercé à la tête de l’Etat, en tous domaines et dans tous les sens, la démocratie perd plus de repères sociétaux qu’elle n’en gagne sous l’égide d’un homme pressé et hyper présent mais sans véritable vision globale. Malgré le moteur des actions réformistes il se produit, comme en matière énergétique, un «effet rebond» qui au lieu de redimensionner le paysage français par le haut des actions engagées tend, à l’inverse, à réduire, voire à anéantir les gains envisagés pour la classe moyenne et la population en général. C’est la raison pour laquelle grâce au président actuel, à son équipe et les influents qui le soutiennent : • La France devient petite en utilisant les moyens de la démocratie pour faire de l’anti-démocratie par le jeu abusif de pouvoir et de l’influence. • La France devient petite à ne plus avoir de véritable ambition que de favoriser les réseaux d’influence et le clientélisme dans un traitement gestionnaire et opportuniste de la réalité, sans grand programme d’avenir à proposer. • La France devient petite à force de pollution quotidienne de l’espace médiatique ainsi que par la «nitratisation» politique du sol démocratique soumis au «fait du prince». • La France devient petite lorsque la participation du citoyen se cantonne à un rôle de contribuable pressuré, de consommateur markétisé, d’auditeur manipulé et d’administré soumis. • La France devient petite lorsque sa classe moyenne, au lieu d’avoir envie d’exploser d’audace et d’énergie, se replie sur ses acquis, perd confiance, vit mal et devient fataliste face aux événements. • La France devient petite lorsque les médias relayent bêtement les discours d’en haut en cachant délibérément des pans entiers de réalité et la vérité afin de ne pas traumatiser le «pauvre» homme de la rue, l’auditeur ou l’usager. • La France devient petite lorsque, eu égard à la culture générale et à la sagesse populaire, le système d’Etat continue d’infantiliser le citoyen et/ou à le prendre pour un imbécile via les sondages, le mythe sécuritaire, l’enseignement dirigé ou encore les émissions TV à la «gloire de mon père». • La France devient petite lorsque le registre de la rationalité (raisonnement et/ou explication a priori logique) s’associe à l’émotionnel (utilisation des ressorts de l’affectif…) en formant un couple mortel se substituant à l’objectivité, au parlé vrai et précis, au véritable rapport adulte. • La France devient petite en limitant l’évolution des sociétés aux débats très médiocres sur l’environnement, la sécurité ou encore les états d’âme arriérés des grands partis politiques, etc. Il ressort mécaniquement, de tout cela, que le discours infantilisant (trop bien léché pour être honnête) au sommet de l’Etat appelle les comportements infantiles au sein des institutions et de la population ; la manipulation organisée de l’information appelle la manipulation désordonnée des esprits ; la déviance politique appelle la déviance de la citoyenneté ; l’émotionnel collectif appelle le trouble irrationnel à l’échelle individuelle ; la dictature dans la gestion du présent empêche la vision nécessaire pour construire un développement global, profond et évolutif ; le bipartisme idéologique castre directement l’émergence du renouveau politique prolongeant ainsi indéfiniment les erreurs du passé ! |





