| Les revues de presse du JdP n° 92 |
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Date : 28/11/2008 INTERIMAIRES & SALARIES BIENTOT EGAUX ? Présentée par la Commission européenne en 2002, la proposition de directive qui vise à rapprocher les conditions de travail des intérimaires de celles des salariés travaillant dans la même entreprise a été définitivement adoptée par le Parlement européen le 22 octobre 2008. Ce texte modifiera les droits des quelque 3 millions d’européens travaillant de manière temporaire puisque la directive prévoit, dès le premier jour d’embauche, l’application du principe d’égalité en matière de salaire, durée du travail, temps de pause, périodes de repos, travail de nuit, congés payés, ou encore d’accès aux équipements collectifs, à la formation ou à la représentation syndicale. Des dérogations ne seront possibles que par voie de convention collective ou, sous certaines conditions, par un accord entre les partenaires sociaux nationaux. La directive doit être adoptée officiellement par le Conseil de l’Union européenne en décembre 2008 et les Etats membres disposeront alors de trois ans pour intégrer ce texte à leur législation nationale. ERASME, PENSEUR HUMANISTE DE LA RENAISSANCE Erasmus, le célèbre programme d’échanges universitaires qui s’adresse depuis 1987 aux étudiants de l’Union européenne tient son nom d’un penseur humaniste né vers 1469 à Rotterdam. Geert Geertz, de son vrai nom, est d’abord envoyé au couvent pour acquérir une formation exigeante allant de la connaissance précise de la Bible aux auteurs de l’Antiquité païenne. A l’âge de 17 ans, il adopte le nom de Desiderius Erasmus Roterodamus et, à 25 ans, fort de son savoir encyclopédique, part enseigner à travers toute l’Europe. Après Paris (1495-1499), c’est en Angleterre qu’il fait ses premières rencontres déterminantes. Il y rédigera son « Eloge de la Folie », œuvre phare de la Renaissance. Ensuite, il habitera et enseignera à Louvain, Lyon, Venise puis Rome et Bâle où il décède en 1536. Selon Erasme, la paix est d’abord et avant tout dans le savoir. Il expliquera dans son ouvrage de pédagogie intitulé « De l’éducation des enfants » (1529) en quoi l’éducation est décisive pour la liberté et l’épanouissement de l’homme : « ...les hommes, crois-moi, ne naissent pas hommes, ils le deviennent par un effort d’invention ... ». Aussi, dans l’épilogue de « La complainte de la paix » s’adresse-t-il à l’Europe entière : « Montrez quel poids représente l’union de la foule des citoyens contre la tyrannie des puissants ». LES VILLES LOCOMOTIVES DE L’UE Un récent audit urbain comportant près de 300 critères, coordonné par Eurostat et réalisé dans les 321 plus grandes villes de l’UE 27, nous éclaire sur l’état de santé des métropoles européennes. On y apprend par exemple que : • 60% de la population vit dans des agglomérations de plus de 50.000 habitants. Un chiffre en constante augmentation (+0,35% chaque année). Environ 80 villes sur les 321 enregistrent un déclin démographique, essentiellement en Allemagne de l’Est et dans les pays d’Europe centrale et orientale, à l’exception de la Bulgarie. • Sans équivoque, mais sans surprise non plus, les villes sont le moteur de la croissance européenne : le PIB par habitant dépasse de 25% la moyenne de l’UE et de 40% le PIB national moyen. • En termes de niveau de vie, les citadins de l’Est peinent à rattraper leur retard. Le PIB par habitant varie de 1 à 50 entre Vidin en Bulgarie et Frankfort, Londres, Paris, Amsterdam, Bruxelles, Hambourg et les capitales nordiques qui se détachent assez nettement. • La richesse créée ne se traduit pas nécessairement dans les créations d’emplois et, malgré une forte concentration des emplois en ville, les citadins européens ne sont pas tous logés à la même enseigne : 30% des femmes des villes d’Italie du Sud ont un emploi contre 70% pour les villes du nord de l’Europe. • Le chômage dépasse les 25% dans certaines villes de Pologne, en Belgique et en Italie du Sud. Dans la quasi totalité des villes où le taux de chômage est supérieur ou égal à 10%, il est deux fois plus important dans certains quartiers pour atteindre même 60% dans les zones les plus défavorisés. Ce problème de « ghettoïsation » touche notamment Hambourg, Athènes ou Bratislava. • Les disparités avec la banlieue sont particulièrement fortes en France, en Belgique et en Italie du Sud. • Dans les villes d’Europe occidentale, le secteur des services est de loin la première source d’emploi. Sur les cinq plus grands marchés du travail de l’Union (Londres, Paris, Berlin, Madrid et Rome), le tertiaire représente entre 80 et 90% des emplois. • C’est à Vienne qu’il y a le plus de musées (104) et à Paris qu’il y a le plus de théâtres (173). • Dresde et Frankfort recyclent jusqu’à 80% de leurs déchets, tandis que Bruxelles les incinère à plus de 90%. Pour d’autres critères : www.urbanaudit.org 100 MILLIONS DE PAUVRES DANS L’UE Selon le rapport publié en 2008 sur la situation sociale de l’Union européenne, plus de 20% de la population de l’UE 25 (hors Bulgarie et Roumanie) vivait en 2004 avec un revenu inférieur à 60% du revenu médian européen. En clair et pour exemple, 100 millions d’européens percevaient, en parité de pouvoir d’achat d’un Français, moins de 720e par mois, soit 23,50e par jour. Un quart d’entre eux, disposait même de moins de 10e par jour. Selon les mêmes critères (60% du revenu médian), la Pologne où vit près du tiers des pauvres de l’Union, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Slovaquie et la Hongrie affichent les taux de pauvreté les plus élevés : 75 à 84%. Un deuxième groupe est constitué de l’Italie, de la Slovénie, de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal (16% à 45% de pauvres). Les autres pays affichent des taux de pauvreté inférieurs à 10% (France : 8,6%). Il n’en reste pas moins que, si les taux de pauvreté sont plus faibles dans l’ex UE15, 48 millions de pauvres, soit près de la moitié, y (sur)vivent. Sources : Alternatives économiques PERFORMANCES NORDIQUES: L’INFLUENCE DE LA FORMATION TOUT AU LONG DE LA VIE Les pays du nord de l’Europe sont souvent cités en exemple, que ce soit pour leur faible taux de chômage, en particulier leur chômage de longue durée ou pour leur modèle social en général. En termes de taux d’emploi, indicateur nettement révélateur, le Danemark, la Suède et la Finlande sont les seuls pays de l’UE à atteindre et même dépasser les objectifs fixés dans le cadre de la stratégie de Lisbonne : 70% de la population en âge de travailler en emploi. Par ailleurs, le taux d’emploi des femmes est le plus élevé des pays de l’OCDE et celui des seniors le plus élevé de l’UE. Le deuxième groupe d’indicateurs concerne les inégalités et le taux de pauvreté, parmi les plus faibles d’Europe. De plus, une étude menée en 2004 , puis confirmée en 2007, par le BEPA (Bureau des conseillers de politique européenne) démontre que les « nordiques tiennent les premiers rangs en Europe en ce qui concerne le sentiment de sécurité dans l’emploi, la satisfaction de la vie et l’optimisme ». L’ensemble de ces performances en matière d’emploi sont souvent attribuées au seul modèle de la flexicurité qui caractérise ces pays, à savoir: flexibilité élevée des contrats de travail, indemnisations généreuses des prestations de chômage et politiques d’emploi actives. L’influence de la flexicurité est à relativiser. Pour Alain Lefebvre, conseiller social pour les pays nordiques au Ministère des Affaires sociales et Dominique Média, directrice de recherche au Centre d’Etudes de l’emploi, le modèle de flexicurité ne suffit pas à rendre compte des performances nordiques en matière d’emploi. D’ailleurs, l’OCDE confirme : « la Suède est un pays où la protection de l’emploi est très rigoureuse et où la législation en matière de licenciements économiques est plus contraignante qu’en France. Ce qui ne les empêche pas d’avoir un taux d’emploi de 73% (UE et France : 64% et 63%) ». L’importance de l’investissement dans le capital humain Pour A.Lefebvre et D.Média, les performances nordiques seraient plutôt à mettre au crédit d’une autre composante : l’investissement dans le capital humain via la qualification permanente des salariés : « Nous formons l’hypothèse que les politiques de flexibilité ne peuvent pleinement développer leurs effets que dans un contexte qui valorise en permanence la qualification de la main d’œuvre parce que seule celle-ci est susceptible d’accompagner le processus de montée en gamme permettant aux entreprises de conserver une avancée technologique et de développer des produits à forte valeur ajoutée, moins sensibles à la concurrence des pays à bas salaires ». De fait, dans les pays scandinaves, la stratégie d’investissement dans la qualification des salariés à toutes les étapes du cycle de vie permet, d’une part, aux entreprises de s’adapter aux évolutions de la division internationale du travail et, d’autre part, aux salariés de trouver ou retrouver un emploi plus rapidement. Un niveau élevé de formation initiale En 2006, selon Eurostat, pour l’ensemble de la population de 25 à 64 ans, hommes et femmes confondus, 82% des danois, 84% des suédois et 79,6% des finlandais ont terminé le second cycle de l’enseignement secondaire contre 67% en France et 70% dans l’UE27. L’enquête PISA (Programme for International Student Assessment), menée en 2006 par l’OCDE et relative aux compétences des jeunes âgés de quinze ans dans la compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences, place les élèves finlandais en tête. Les suédois, danois, islandais et norvégiens ne sont pas loin derrière. Les versions 2000 et 2003 de cette enquête aboutissaient aux mêmes résultats. Des dépenses publiques d’éducation et de formation les plus élevées de tous les pays de l’OCDE. Les dépenses publiques pour l’éducation des jeunes représentaient en 2004 8,47% du PNB au Danemark, 7,18% en Suède, 6,42% en Finlande contre 5,07% dans l’UE et 5,81% en France. Idem pour l’accueil des jeunes enfants de moins de 6 ans qui, par ailleurs, bénéficient de « modes de garde de qualité expliquant une égalisation des sollicitations intellectuelles et cognitives qui constituent la base du développement futur des enfants ». Enfin, les enquêtes de participation des adultes à des actions de formation et d’éducation montrent un écart de 1 à 2 ou 3 entre la France et les pays nordiques. La formation tout au long de la vie est un principe établi. Les salariés nordiques sont ceux qui accèdent le plus régulièrement aux actions de formation. En 2006, 23,1% des employés finlandais, 29,2% des travailleurs danois et 32,1% des salariés suédois avaient participé à une formation dans les quatre dernières semaines, contre 7,5% en France et 9,6% sur l’ensemble de l’UE27. Les actions de formation professionnelles, qui s’adressent sans distinction aux actifs comme aux chômeurs, sont sanctionnées par des titres ou diplômes formellement reconnus par les partenaires sociaux et considérés comme des diplômes nationaux ». La stratégie scandinave de « flexécurité » est-elle applicable dans les grands pays, plus hétérogènes, de l’UE ? La réponse est à-priori « non », car : • la flexicurité ne peut fonctionner que dans le cadre d’une cogestion ténue du marché du travail par les employeurs et les syndicats de salariés. L’acceptation des contraintes de la mobilité résulte à la fois de la confiance dans un système géré par les syndicats et de la forte égalité salariale qui fait que les baisses de salaire, qui doivent être acceptées pour reprendre un emploi, sont souvent limitées. Cette cogestion poussée du marché du travail existe dans aucun des pays de l’Union en dehors des pays scandinaves. • par ailleurs, ces pays sont fortement égalitaires (taux d’imposition élevée et redistribution sociale) et donc, assez homogène. D’où une certaine conscience et habitude de la solidarité nationale (« Chacun doit apporter sa contribution à la société »). • la moindre, voire petite taille (Danemark), des pays scandinaves et la contrainte liée à leur besoin d’ouverture économique favorisent un consensus sur la nécessité d’une stratégie favorisant la compétitivité des entreprises : fortes dépenses d’éducation, de R&D, adaptation de l’appareil productif, flexibilité des salariés tant interne qu’externe. « Performances nordiques et flexicurité : quelles relations ? » . Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES)/ Alain Lefebvre et Dominique Média . Problèmes économiques (N° 2957) |





