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Date : 28/11/2008 CRISE FINANCIÈRE UN VRAI «BING BANG» FINANCIER La crise financière qui a frappé l’Occident est la plus grave enregistrée depuis 1929 en ayant englouti plus de 14 000 milliards de dollars, soit 6 fois le PIB de la France. Selon les experts, ce «bing bang financier» est le résultat d’une parenthèse de 30 ans de laisser-faire financier, ouverte par Margaret Thatcher et Ronald Reagan, et prônant une «déréglementation maximale avec un Etat minimal». Cette déréglementation des marchés de l’argent depuis le début des années 80 a conduit à des excès massifs d’endettement via les effets de levier des produits dérivés et une désintermédiation excessive. En 2008, tous les économistes sont d’accord pour dire que nous sommes entrés durablement en récession. Sous l’angle du dogme capitalistique, la croyance financière fondée sur la diffusion maximale du risque vient d’être mise à mal. Le problème n’est pas tant que des maillons faibles aient sauté, type lâchage de Lehman Brothers par l’administration Bush à la suite de la crise des subprimes et dont la faillite a ensuite déstabilisé l’ensemble du système financier, mais surtout que la crise actuelle se nourrisse principalement de facteurs psychologiques. C’est le plus grand risque de rechute selon Christian Parisot, chef économiste chez Aurel Leven, pour qui «Ce sont eux qui paralysent tout le monde». De son côté, le FMI qui n’a rien vu venir (ou ne l’a pas dit) annonce pour 2009 la pire récession depuis 1945. Après avoir étudié plus de 127 crises financières dans 27 pays, il souligne que «La remise à flot des banques coûte en moyenne 13 à 14% de la richesse nationale et, même après avoir bradé les actifs «toxiques», la perte de croissance peut atteindre jusqu’à 20% du PIB». LA CRISE DE 1929 Elle résulte également, à l’époque, de l’éclatement d’une bulle spéculative boursière (et non immobilière comme aujourd’hui) ayant entraîné une chute des cours de -85% sur 3 ans. La banque centrale américaine, Fed, ayant tardé à prendre la mesure de la crise il s’ensuit une crise bancaire généralisée puis la Grande Dépression qui va toucher la plupart des pays occidentaux. Entre 1929 et 1933, la production industrielle des Etats-Unis chute de moitié et le PIB de 30%, alors que le chômage explose et touche 25% de la population active. Il s’ensuit la mise en place d’un New Deal aux Etats-Unis et, de manière concomitante, la proclamation du IIIe Reich en Allemagne… L’EFFET CATASTROPHE POUR LES PME, TPE Alors que le G20 s’est engagé à créer une nouvelle architecture financière mondiale afin de remplacer «l’obsolescence d’un bon nombre de principes de l’organisation économique du monde d’après-guerre» dixit le président russe Medvedev, il semble que «Les mesures prises en Europe vont dans le bon sens» confirme Jean-Paul Betbèze, directeur des études économiques du Crédit Agricole, même «s’il faut maintenant s’armer de patience et attendre que les remèdes agissent». Une position qui n’est pas forcément du goût des PME et TPE en observant les effets actuels de la restriction du crédit sur l’économie du réel. Une étude de la Banque de France reprise par le Cerf (Créateurs d’emplois et de richesse de France) révèle que «Depuis le mois de juillet, 77% des banques ont durci leurs critères d’attribution de crédits aux entreprises et les perspectives pour la fin 2008 ne sont guère meilleures. Il apparaît aujourd’hui que ce phénomène est une des principales causes de l’augmentation des défaillances d’entreprises». Dans le quotidien des chefs d’entreprise, il est vrai que les effets concrets de la crise se caractérisent trop souvent par des comportements bancaires défiant toutes les règles de loyauté et d’éthique vis-à-vis de leurs clients. Un situation que déplore le Cerf et qui s’est déjà traduit par «6 mois durant lesquels les banques ont systématiquement démenti avoir fermé le robinet à liquidités et tentent par tous les moyens de reconstituer leurs marges. 6 mois pendant lesquels les «représentants officiels» des entreprises se sont tus et n’ont pas expliqué aux pouvoirs publics que les TPE-PME étaient en grand danger. 6 mois pendant lesquels la démocratie sociale a de fait été en panne. 6 mois enfin pendant lesquels les mesures appropriées n’ont pas été prises pour amortir la crise économique et financière.» MESURES D’URGENCE POUR TPE-PME Afin de pallier la déficience des banques en matière de découvert et de crédit, le Cerf propose d’apporter une réponse urgente et concrète aux difficultés de trésorerie rencontrées par les petites et moyennes entreprises. Il s’agit de reporter et d’échelonner, à titre provisoire, le montant de la TVA de novembre (voire d’autres mois) tout en appliquant dessus un taux de crédit. Ce type de soutien «fiscal» géré par chaque centre des impôts serait lui-même alimenté par les 17 milliards d’euros promis par le gouvernement pour le crédit aux entreprises. Un circuit court qui aurait ainsi le mérite de réduire le nombre prévisible de défaillances d’entreprises donc d’éviter, pour l’Etat, des pertes massives de recettes dans les mois à venir. Contact : www.lescreateurs.org QUELS SONT LES CONTOURS DU NOUVEL ORDRE FINANCIER ? Le plan de sauvetage prévu lors du dernier G20 prévoit que les Etats recourent à des mesures budgétaires destinées à soutenir la demande et à pratiquer une politique monétaire adéquate. Dans ce nouvel «ordre financier», l’industrie bancaire va devoir modifier ses pratiques en s’appliquant à elle-même des remèdes considérés comme drastiques. En premier lieu, il est prévu d’agir sur les banques d’investissement spéculant pour leur propre compte type Hedge funds, dont les produits dits spéculatifs représentent actuellement un montant de près de 60 000 milliards de dollars, soit l’équivalent du PIB mondial. En 4 mois de crise, celles-ci auraient perdu 20% de leurs fonds. Les principales actions techniques prévues à l’échelle mondiale concernent la mise en place de nouvelles régulations financières : • Incitations pour des investissements à long terme avec moins d’endettement ; • Changement des normes comptables et des règles prudentielles en vue d’amortir les chocs plutôt que les amplifier ; • Encadrement des marchés de produits dérivés ; • Encadrement des rémunérations des traders et abandon des parachutes dorés; • Réforme des agences de notation… Du côté des banques centrales, celles-ci vont se doter de nouveaux modèles et outils spécifiques pour calmer les spéculations immobilières et les délires boursiers. Il est prévu une nouvelle gouvernance de la finance mondialisée ainsi qu’une autre politique de liquidité interbancaire. En matière concurrentielle, la tendance est déjà à la naissance de géants européens qui vont se partager «Les dépouilles des banques défaillantes» dans le but de faire jeu égal avec les monstres bancaires américains et asiatiques. La souveraineté des Etats va également être renforcée en s’attaquant, par exemple, aux paradis fiscaux et en faisant carrément de l’ingérence financière, ce qui fait dire à Paul Laudicina, fondateur de Global Business Policy Council, que «Le secteur privé va subir une véritable tornade de nouvelles réglementations». Même complainte de la part du patron du FMI pour qui le multilatéralisme doit reprendre l’avantage, car «Le monde doit compter davantage sur les institutions multilatérales avec un nombre de membres quasi universels. Aucun pays qui veut prendre part au système international ne doit être laissé dehors.» LES CONSÉQUENCES POUR LES ETATS-UNIS ET L’EUROPE Le politologue John Gray estime, de son côté, que cette crise financière a fait perdre à l’Amérique du Nord son statut de superpuissance du système financier mondial. Il prédit même que «Nous vivons un tournant géopolitique historique, dans lequel l’équilibre des pouvoirs sur la planète est irrévocablement modifié. L’ère de la domination américaine commencée avec la Seconde Guerre mondiale est terminée». Pour ce qui concerne l’Europe, si la grande dépression est évitée, il est attendu une longue période de croissance anémique et d’assagissement financier qui va se traduire mécaniquement par un moindre recours au crédit de la part des ménages. A l’horizon de 2 ou 3 ans, le principal risque est celui de la déflation provoquée par la nécessité d’apurer les dettes, plutôt que par une envolée de l’inflation provoquée par la hausse des matières premières. Quant aux conséquences sur les pays émergents, le socle paraît suffisamment solide pour faire dire à Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis, que «La croissance des émergents ne dépend pratiquement que de leur demande intérieure» ce qui élimine de facto une bonne part des effets déflationnistes sur les autres parties du monde. Toutefois, selon lui, «La machine à fabriquer des bulles» n’est pas définitivement cassée «Parce que la liquidité reste très abondante dans le monde, même si elle ne va pas là où il faut et que les politiques monétaires, aux Etats-Unis comme dans les pays émergents, restent très accommodantes.» Conséquences prévues en France en 2009, avec, entre parenthèses le niveau comparé en 2007 : • Un PIB de 0,5% (2,2%) • Une inflation de 2% (1,7%) • Une augmentation de +8% du nombre de faillites d’entreprises • Une croissance du pouvoir d’achat de 0,5% (3,3%) • Un investissement des entreprises limité à 0,4% (7,4%) • Une croissance de la consommation des ménages de 0,8% (2,3%) • Un taux de chômage passant de 7,2% à 8,5% • Une chute de -15% du prix de la pierre • Un taux de 35% de refus des prêts immobiliers • Un déficit public prévu de 67 Milliards d’euros soit 3,4% du PIB Source : L’Expansion JUSTICE L’INFLATION LÉGISLATIVE En France, le nombre de lois et décrets s’est largement accéléré depuis 8 ans. Un phénomène inquiétant constaté par Bruno Thouzellier, président de l’USM (Union syndicale des magistrats), pour qui «Plus les lois se multiplient, plus le nombre de procédures augmente au risque de bloquer la machine judiciaire». C’est le cas, par exemple, de la soixantaine de lois et décrets touchant aux problèmes de sécurité ayant été adoptés depuis 2002. Résultat des courses, sur 5 305 394 procédures et plaintes reçues par les procureurs en 2006, 3 725 394 ont dû être abandonnées soit 70%. C’est ce que révèle un récent rapport du Cepej (Commission européenne pour l’efficacité de la justice) qui indique qu’environ 3 millions d’affaires classées sans suite sont recensées en France dues à l’impossibilité d’établir l’identité de l’auteur de l’infraction. Seulement 30% des affaires sont réellement élucidées par les policiers et les gendarmes, soit 1 affaire sur 3, alors que le taux d’élucidation des incendies de voitures reste toujours «proche du zéro». Ce problème n’est pas uniquement franco-français, il touche les 47 Etats membres du Conseil de l’Europe même si la France n’offre pas un modèle exemplaire en ce domaine en prenant la 35e place pour le nombre de juges professionnels pour 100000 habitants (11,9) ou la 43e place en matière de nombre de fonctionnaires travaillant avec un juge (2). Nombre d’affaires reçues et nombre d’affaires classées par les procureurs en milliers d’affaires (base 2006) : Affaires reçues Affaires classées France 5 305 3 725 Allemagne 4 916 1 294 Espagne 4 101 2 756 Pologne 1 556 680 Royaume-Uni 1 054 225 Portugal 491 411 Source : Cepej Cerf - Expansion - L’Express |





