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| L'éditorial du JdP n° 93 |
Date : 26/01/2009 L’HONNEUR DES JOURNALISTES
Alors que 2009 est déclarée par l’ONU «Année mondiale de l’astronomie (AMA09)» afin de «mieux appréhender la recherche de nos origines cosmiques», il faudrait y ajouter l’année de l’information et du journalisme pour débattre «des liens subtils et complices entre le pouvoir et la presse». Il est vrai que lorsque le journaliste «se couche» le citoyen a du mal à se lever. Un constat de nouveau observé en France dans les années CRS (Chirac-Raffarin-Sarkozy - 2002 à 2007) et prolongé jusqu’à aujourd’hui. Une période durant laquelle la presse quotidienne, politique et économique, a pris le mauvais pli de glisser systématiquement vers le politiquement correct et entretenir une complicité passive envers les gouvernants. Derrière les gros problèmes économiques et structurels de la presse écrite dans la plupart des pays occidentaux existe une autre problématique concernant les journalis-tes eux-mêmes. C’est la raison pour laquelle, presse et journalisme ne doivent pas être confondus. Au sein du marché global de l’information, lorsque l’on parle de «Vieille presse» ou de «Nouvelle presse», en se référant aux différents modèles économiques en place (payant, gratuit, papier, Internet…), il ne s’agit là que de la «forme». Le journalisme représente quant à lui le «fond», qu’on le nomme «néojournalisme» ou journalisme traditionnel ! On peut raconter beaucoup de choses sur les journalistes, les aimer ou les haïr, avoir confiance en eux ou se défier d’eux, ce qui est sûr c’est que le rôle central exercé par le vrai journaliste en matière de diffusion et de traitement de l’information est de même niveau que celui de l’officier de gendarmerie ou de police en terme d’ordre public et du bon magistrat veillant au respect des lois et des valeurs en société. Ces 3 statuts ont d’ailleurs 3 points communs : ils n’aiment pas la menace ou la pression qui s’exerce sur eux, sont sensibles à la préservation de leur intégrité professionnelle et défendent avec ardeur leur autonomie de décision. En cela, le vrai journalisme moderne est un relais majeur entre l’information puisée dans l’actualité économique, sociale, culturelle, politique et sociétale, et, le citoyen qui le mandate moralement pour accomplir cette tâche en lui faisant confiance. De fait, la bonne information est aussi importante pour l’esprit que l’eau ou l’air non pollué pour le corps. De son utilité, qualité et clarté, l’information vraie et utile vivifie l’esprit, vitalise l’attitude et encourage l’action. Elle anime directement la liberté de penser «clair» et de s’exprimer «juste», en étant la lumière qui éclaire le jugement et le discernement des hommes. Elle favorise la bonne mentalité, la qualité du libre arbitre et l’émancipation humaine de toute forme d’obscurantisme, de bêtise, de dogmatisme culturel et de suivisme politique aveugle. En cela, le vrai journaliste est un acteur de résistance et non de collaboration avec le système ! Ce sont les journalistes qui, en premier, donnent de l’importance à l’information et orientent les besoins d’information en société. Ce sont eux qui façonnent l’intérêt aux faits de la réalité. Sans information le monde n’existe pas vraiment. A l’inverse, avec une information déformée, appauvrie, orientée, la représentation du monde devient alors faussée et le jugement des hommes forcément erroné. La responsabilité du journaliste est donc grande dans l’approvisionnement en «matière première psychologique, cognitive et intellectuelle» et ses apports nourriciers en savoir, connaissance et libre conscience. ÉVITER CE QUI «COUPE» L’INFORMATION Tout ce qui «coupe» l’information (comme l’eau dans le vin) fait perdre à la fois le goût du vin et celui de l’eau. C’est notamment le cas du journalisme consensuel et de compromis, dès lors qu’il se destine à plaire à tout le monde et à ne fâcher personne, au point d’en devenir fade et sans saveur. Il est pourtant évident que tout ce qui tend à favoriser un brouillard de vérité (non information, aseptisation, propagande, désinformation) pollue directement à la source du jugement, maintient un continuum d’infantilisation, formate anormalement la mentalité générale, façonne des raisonnements stéréotypés, erronés et fragiles ou encore, favorise des rapports malsains et trompeurs entre les individus et le système. De la même manière, il est évident que l’étroitesse et/ou la régularité des relations cordiales entre les rédacteurs en chef ou directeurs de l’information avec les gouvernants, élus, influents, décisionnaires économiques, altèrent forcément quelque part le rendu journalistique en le «coupant». Que dire également de la main mise des financiers et des gestionnaires sur les profits attendus de leur média et/ou à vouloir préserver, coûte que coûte, les parts de marché ou d’audience en acceptant de satisfaire les desiderata des annonceurs et des actionnaires ? Ce mélange des genres n’est pas sain pour la préservation de l’intégrité du journaliste et la qualité du rendu final de l’information. Le risque est alors grand de rompre avec les fondamentaux du journalisme en favorisant une lente mutation du métier. Une orientation qui contraint à transformer la vérité naturelle du fait (biojournalisme) aux habits artificiels des intérêts économiques et/ou politiques (technico-journalisme), dans le cadre d’un marketing de l’écrit et/ou d’une communication de masse, sans grande valeur ajoutée. Pourtant, sans remise en place d’une éthique forte au sein de l’activité journalistique, tout concourt à favoriser la transformation du journalisme en métier techni-que de l’information, sans âme et sans état d’âme. Si cette pente journalistique se poursuit, il est certain que l’information «markétisée», industrialisée et formatée continuera de nourrir et d’attiser, à la source de l’esprit des hommes, la plupart des dérives en société : excès dans la présence médiatique, excès dans l’exercice du pouvoir, excès dans le social et l’économie, excès dans les rôles institutionnels… ainsi que tous les épiphénomènes de tension, de fracture et d’agressivité latente en société. LE PROBLÈME DE L’INFORMATION SENSIBLE Si dans presque 100% des cas et des faits «non sensibles» relayés par les journalistes professionnels ceux-ci se révèlent effectivement de bons «techniciens de l’info» en faisant correctement leur travail, il existe une zone grise d’informations sensibles où la qualité d’implication et de traitement tend à s’inverser. Les sujets dits «sensibles» concernent principalement les domaines politique, gouvernemental et institutionnel, ainsi que la sûreté nationale, les influents territoriaux et nationaux. La simple observation du rendu journalistique quotidien prouve que les journalistes concernés par «l’information sensible» sont plus de 80% à ne pas être vraiment à la hauteur de leur statut, en agissant comme des temporisateurs, de simples porte-voix ou porte-plumes. L’honneur du journaliste est justement dans son devoir moral d’aborder clairement le fond des sujets qui fâchent et qui intéressent in fine l’orientation collective, bien avant de protéger les intérêts des partis ou l’image des individus au pouvoir. C’est tout le sens du vrai journalisme que d’éclairer la conscience publique justement sur les sujets sensibles, complexes et/ou difficiles. C’est même la raison d’être de sa crédibilité, et de la confiance accordée à son rôle central en démocratie, que de savoir oser la révélation qui attire l’ire du pouvoir politique ou économique en place ou encore, de favoriser la critique et la contradiction dans le collectif. Par exemple, dans le cas actuel de dérive du pouvoir présidentiel de type «Elysée Toys», du jamais vu depuis Napoléon III, où est l’honneur des journalistes à s’en émerveiller continuellement ? Où est le rôle central du journalisme à ne pas le dénoncer, lorsque la démocratie est ainsi continuellement bousculée par un activisme personnel de nature psychia-trique associant, pêle-mêle, gesticulation médiatique au quotidien, «faits du prince», tactique d’insécurité permanente, enchaînement liberticide de réformes destinées à remplir d’abord les caisses vides de l’Etat ou encore, à favoriser une efficacité économique temporaire au détriment du social et du service public ? En résumé pour être vrai et authentique, le journalisme doit se placer au-dessus des contingences politiques et le revendiquer clairement sans être ni caution, ni hérisson, ni paillasson. Il doit s’occuper principalement de tout ce qui concerne le cœur «actif» de la vie en collectivité à savoir : commenter les faits avec précision et détachement émo-tionnel (mais non sans naturel et humanité) ; dénoncer clairement les déviances et les injustices ; défendre les causes justes ; valoriser à juste titre les mérites ; mettre en perspective positive les bonnes initiatives ; faire découvrir les multiples aspects contradictoires de la vie locale, nationale et internationale ; faire un tri sélectif entre l’information artificielle, propagandiste, poubelle et celle plus utile, intéressante et oxygénante. Il doit, en somme, nourrir et enrichir continuellement le jugement et la culture générale des gens, en contribuant à apporter des éléments d’information probants et objectifs face aux problèmes, aux situations et aux faits de société. Aussi, pour que l’écrit soit un acte de conviction le journaliste doit être courageux. Pour que l’écrit soit authentique, l’esprit qui l’anime doit être libre et indé-pendant et pour que cet esprit se renforce de courage et d’engagement, le journaliste ne doit craindre ni la menace, ni la sanction, ni les manifestations hostiles à son égard, mais au contraire s’en nourrir continuellement. Au final, le vrai journalisme représente un pilier essentiel de la démocratie dont la bonne santé, la fraîcheur, la couleur et la densité du contenu, reflètent forcément la santé, la densité et la couleur d’ensemble du corps social. Sans une constante vigueur dans le traitement de l’information, comment alors rendre sain, vitalisé et équilibré le rapport entre le citoyen, les institutions et les gouvernants ? |





