LES LIMITES DE L’HYPER PRÉSIDENCE
Loin de traduire une avancée sociétale majeure, l’hyper présidence à la française préfigure plutôt le retour en arrière d’un pays à la botte et aux visées d’un homme. Une forme de «dictature soft» dont l’intelligence consiste, sous prétexte de réformes nécessaires, à prendre méthodiquement le pouvoir sur tout par des ajustements administratifs, politiques et législatifs dans le cadre d’un usage, non modéré, des outils modernes de propagande.
Pendant que la société civile s’ingénie à s’activer, travailler et se débrouiller dans un quotidien de plus en plus dur, l’hyper présidence tend de son côté à contrôler le système, à le verrouiller. Mieux que cela, elle s’ingénie à reformater l’état républicain devenu très complexe et ultra «réseauté» dans une stratégie de reprise en main à la fois directive, conservatrice et sécuritaire, en s’éloignant délibérément des fondamentaux de la démocratie.
L’aspect soft de la démarche du président Sarkozy (bling-bling, discours démago, interventions médiatisées…) ne doit pas masquer une seconde réalité «underground» dans laquelle la tendance dominante est à resserrer le dispositif sécuritaire, normatif et moral, par les voies de l’autorité et du législatif en vue de reformater également les comportements collectifs.
Dans la plupart des indicateurs sociaux, culturels et économiques, il est évident de constater que plus l’hyper présidence s’impose à tous, plus la démocratie recule et l’espace libertaire diminue. Si l’on sort un instant de la joyeuse bouillasse médiatique dans laquelle le pays est actuellement plongé, le bilan sociétal immédiat donne l’impression que l’on est retourné, sans vraiment s’en rendre compte et de manière naturellement différente, dans les années 30.
Tout semble confirmer que l’hyper présidence à la française, au-delà du quantitatif des initiatives prises, est en réalité le contraire de ce qu’elle paraît être.
Au lieu de représenter un dynamisme exemplaire en terme de modèle sociétal avancé, elle s’apparente plutôt aux vieux démons du verbe en mouvement et du mouvement du verbe : c’est-à-dire un vent qui souffle fort et qui décoiffe tout en asséchant et en semant la discorde, voire la dysharmonie, dans l’ordre social établi.
Il semble que sous l’égide de l’hyper présidence, la marche arrière libertaire nous éloigne des attentes légitimes d’un grand nombre de français, dont les jeunes en particulier.
Nous assistons, d’une certaine manière, à une régression historique collective dans laquelle le triptyque républicain fondateur n’est plus liberté, égalité et fraternité mais intérêts particuliers, morale et autorité.
Une sorte de décrochage «néocatho» dans lequel l’aveuglement de la détermination politique n’a d’équivalent que la soumission apparente et superficielle du peuple aux injonctions des lois, procédures et règlements.
Derrière le festival des réformes et sa foire aux illusions sociétales se cache, en réalité, un froid pragmatisme politique dont l’objet consiste à renforcer et à consolider le système dans sa sclérose, son empilement administratif, ses corporatismes, ses réseaux d’influence, tant il est vrai qu’un bon vieux système névrosé est le gage d’un bel avenir pour tous ceux qui ont de l’ambition politique et qui savent s’en servir !
L’hyper présidence en est le parfait exemple prouvant que plus ça bouge politiquement, plus ça déstabilise socialement, plus ça oblige à sécuriser et plus le durcissement s’accélère en profondeur. Le rythme d’action et le cadre imposé tendent alors à forcer continuellement un corps social mal préparé psychologiquement qui ne peut que se sentir déstabilisé et prompt à «lâcher» à un moment donné (grèves, crise de confiance, conflits sectoriels, mécontentement sourd).
Par analogie avec le monde de l’entreprise, que se passerait-il avec l’arrivée d’un nouveau leader sur-actif imposant un style «haute pression» dans le cadre d’une stratégie hyper productiviste avec un management imposant un rythme de travail mettant sous pression constante ses collaborateurs ?
Croire que la dimension économique (macro ou micro) est la clé de la réussite des sociétés modernes, est l’erreur fatale de tous les chefs d’entreprises qui, impliqués dans cette fuite en avant, finissent un jour ou l’autre par le payer d’un dépôt de bilan ou à se fourvoyer dans l’abus de biens sociaux.
C’est ce qui tend à se passer avec le modèle actuel de l’hyper présidence. Déjà en deux années de mandature, force est de constater que l’agitation sarkozienne et son type particulier de management pro-économique ont réussi à épuiser la confiance du pays, à saturer les 2/3 de la population et surtout à faire perdre plus de repères sociétaux qu’à gagner en lisibilité d’avenir. Si le statu quo n’est certainement pas la bonne méthode son parfait contraire, l’hyper présidence, ne l’est pas non plus en agitant constamment la vase du fond de la mare afin de mieux brouiller la vision de ce qui ne marche pas.
En résumé, il semble bien que le concept publicitaire d’hyper présidence ne soit que le culte factice de l’urgence et de l’importance relative en politique au profit de l’ambition personnelle et du fort besoin d’activisme d’un seul homme.
L’AUTRE VERSUS DE LA CRISE AUTOMOBILE
Malgré l’attrait qu’exercent les belles voitures et la technologie embarquée, il ressort d’un récent sondage que 2 français sur 3 (64%) accordent «moins d’importance» à la voiture.
Cette «panne» ou ce «divorce» constaté entre les Français et leur automobile nourrit actuellement une pléthore de commentaires experts nous expliquant les raisons officielles de cette désaffection : crise économique, coût global d’entretien trop lourd, surproduction, délocalisation, pièces détachées trop chères, prix d’achat trop onéreux, pollution en hausse…
Et s’il existait d’autres causes à la crise automobile ?
Et si le cœur de la problématique en revenait plutôt au modèle culpabilisant et répressif imposé depuis 6 ans (2003) via la conjugaison de 5 contraintes fortes exercées sur les ménages et les usagers :
• C’est un prix de l’essence à tendance haussière eu égard à une fiscalité d’Etat disproportionnée (TIPP) prenant délibérément l’usager pour une véritable vache à lait que l’on trait sans état d’âme même et surtout lorsqu’il est en déficit de pouvoir d’achat.
• Ce sont les initiatives politiques téléguidées par Bruxelles en matière de «contraintes environnementales» destinées à réduire fortement le parc automobile et le trafic en vue de réduire les émissions de CO2 . Un effort certes louable sur le papier mais qui, hélas, est totalement anéanti en quelques heures du fait d’une activité économique, industrielle et domestique fortement expansionniste à l’autre bout de la planète.
• C’est le diktat de l’écologie politique, des Verts et consorts, qui ont réussi à faire passer d’innombrables petites restrictions dans tous les compartiments du roulage quotidien : péages, parking payant, places plus rares et plus chères, limitations un peu partout, taxations diverses, contraventions systématiques...
• Ce sont les contraintes des assurances et rigueurs de l’administration imposant des barrières tarifaires, un cortège croissant de conditions drastiques encadrant l’accès des jeunes conducteurs, ceux ayant eu un accident ou encore ceux qui ne sont pas en règle administrativement. Sans parler de l’obligation des contrôles techniques, des stages de conditionnement à la sécurité routière et tutti quanti.
• Ce sont les excès médiatiques et dogmatiques de la sécurité routière traditionnelle, et de ses gourous anti-vitesse, qui n’ont rien trouvé de mieux pour «motiver» les usagers de la route (donc les utilisateurs directs de l’automobile) de les «dociliser» par la culpabilité, la répression, le racket fiscal, la radarisation à outrance et, cerise sur le gâteau, par la moralisation (comme au temps de l’église catho rayonnante) au lieu de développer chez eux l’esprit de responsabilité, la compétence au pilotage et la vraie maîtrise routière.
• C’est enfin un réseau routier placé sous la menace permanente d’une traque aux jumelles ou d’un contrôle policier, inhibant ainsi directement, à la racine, le plaisir de conduire et l’esprit de responsabilité du citoyen en le remplaçant par la peur chronique du gendarme.
Avec cette combinaison de contraintes économiques et psychologiques, en plus des coups de butoir incessants de l’Etat, des Verts et des acteurs de la sécurité routière, il est normal que la représentation idéalisée et machiste de la «bagnole» dans l’inconscient collectif ce soit peu à peu dévalorisée et émoussée. En sapant méthodiquement les fondamentaux de l’acquisition, de l’appropriation et de l’utilisation propre à l’automobile, en meurtrissant le rêve et l’envie à gros coups de répression, de taxation et de culpabilisation, il semble bien que la formule de Shakespeare soit largement contrariée lorsqu’il affirme que «La passion s’accroît en raison des obstacles qu’on lui oppose».
En matière d’automobile, bien plus qu’ailleurs, la motivation, l’imaginaire et le désir sont des facteurs décisifs d’adhésion. L’excès de contraintes comme le forçage des comportements ne peuvent que rendre l’usager inhibé, frustré, indifférent et surtout progressivement médiocre, passif et docile, en abaissant parallèlement le seuil de demande collective.
Sous l’angle politique, c’est également la démonstration éclatante de l’effet rebond des mesures prises prouvant ainsi, une fois de plus, que l’on ne dompte pas impunément une société moderne à coup de mesures sécuritaires, de diktats écologiques et de propagande massive, sans que cela ne se retourne, un jour, d’abord contre le marché et ensuite contre ses promoteurs !