AUTOMOBILE
UN VIRAGE EN ÉPINGLE
Le modèle économique actuel est en train d’éclater après avoir été poussé jusqu’à l’excès, sinon jusqu’à l’absurde, sous l’angle industriel, politique et psychosocial.
Presque tous les constructeurs de modèles moyen de gamme n’ont pas vu venir la «dépression actuelle» ni tenu compte de l’évolution «plus ou moins forcée» des besoins de leur clientèle.
C’est le résultat d’un récent sondage CSA-L’Expansion qui confirme que 64% des Français souhaitent que la voiture «occupe une place moins importante à l’avenir».
Si cela peut réjouir les écologistes, cette tendance lourde ne fait pas du tout sourire les salariés des industries automobiles, des équipementiers et des sous-traitants, alors même qu’à l’autre bout de la planète, et de manière inverse, le marché grossit et la pollution aussi. En France, toutes les catégories sociales sont concernées par cette forme de désamour, quels que soient l’âge, le sexe, la région ou la profession. Un consensus assez rare qui a réussi à stigmatiser près de 73% des usagers sur le principal problème du couple prix/utilisation (achat, assurance, entretien, risques divers) bien loin devant la pollution, la circulation en ville ou la sécurité sur route.
C’est encore plus le cas pour les ménages les moins fortunés, les ouvriers, employés, femmes au foyer, fonctionnaires… Dorénavant, il est clair que le mode de consommation de la voiture va changer avec l’arrivée nécessaire d’un nouveau modèle économique.
Un modèle qui, au-delà des apports en confort, logiciels embarqués et mode de fonctionnement (électricité, pile à combustible, hydrogène), sera de ne plus être propriétaire mais usager de son véhicule. La dimension «économie» va remplacer la dimension passion préparant à entrer dans une ère à «profil bas» avec des formules low-cost et d’abonnement. Un retournement de cycle, ou un retour en arrière, au choix !
CLIMAT SOCIAL
AUGMENTATION DES RISQUES DE TENSION SOCIALE
Une récente étude de la Dares indique que les conflits en entreprise n’ont pas diminué mais que, au contraire, «Loin de disparaître, la conflictualité est en augmentation».
De nouvelles formes de contestations se manifestent au sein de l’entreprise : arrêts de travail brefs et ponctuels, manifestations sans débrayage, pétitions, absentéisme, refus d’effectuer des heures supplémentaires… Selon la dernière enquête de la Cegos, 1/3 des salariés se disent insatisfaits de leurs conditions de travail aussi bien en terme de rythme que d’intensité et préfèrent ainsi «lever le pied» de temps en temps.
Les 5 nouvelles formes de contestation avec % de salariés favorables :
• Diminution d’implication et d’initiative au travail (48%)
• Absentéisme maladie (40%)
• Grève (27%)
• Dérives en terme de comportements dont non respect des règles du jeu (23%)
• Débrayage (19%)
Source : Cegos
MANAGEMENT
L’INTÉRÊT DE LA TRANSGRESSION
D’après les travaux menés par les auteurs de La transgression, une dimension oubliée de l’organisation (Revue française de gestion), «Les pratiques transgressives participent d’une sorte de contre-culture qui permet souvent à l’organisation de dépasser ses contradictions».
La transgression serait même, selon eux, «Une nécessité organisationnelle utilisée comme moyen de défense face à l’autorité». Dans la lignée des travaux du sociologue français Jean-Daniel Reynaud et de sa théorie de la régulation sociale, les auteurs citent l’exemple d’une usine dans laquelle les ouvriers ont volontairement transgressé les prescriptions de la direction pour gagner du temps avec la complicité bienveillante du management intermédiaire.
En appliquant des règles plus souples laissant place à l’interprétation, donc à la transgression, l’efficacité du travail a ainsi largement augmenté alors que la direction en multipliant les contrôles et les procédures standardisées avait asséché l’initiative et réduit le rendement.
En résumé, selon les auteurs, la transgression sous différentes formes (contournement, dissimulation…) est «Un objet social, un compromis temporaire, permettant de dépasser l’imperfection et l’inefficacité des règles».
PSYCHOLOGIE
LA SENSIBILITÉ EST UN INDICATEUR DE CONSERVATISME
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, moins un individu est «sensible», plus il a tendance à être ouvert et progressiste.
A l’inverse, plus un individu montre une forte sensibilité physiologique, plus il a tendance à être conservateur dans ses prises de position.
C’est du moins ce que démontre une expérience menée par deux chercheurs américains qui, après avoir mesuré la conductivité de la peau et le rythme cardiaque d’une cinquantaine de personnes soumises à un stress visuel et auditif (images de films d’horreur, bruits soudains), ont constaté que les plus réceptifs affichent les positions les plus conservatrices et radicales en faveur de la peine de mort, contre l’immigration, etc. A l’opposé, les moins sensibles aux émotions fortes ont tendance à se prononcer majoritairement en faveur de la protection sociale, de l’aide au développement et du droit à l’avortement !
LE BESOIN D’HYGIÉNE RELATIONNELLE DANS L’ENTREPRISE
Selon Jacques Salomé, psychosociologue, «L’univers de l’entreprise baigne trop souvent dans un système antirelationnel, repérable par six phénomènes : l’injonction, la menace, la dévalorisation, la culpabilisation, le chantage et l’entretien du rapport de force». Pour lui, «Ce système entraîne une déperdition d’énergie et d’argent considérable».
Ce sont d’ailleurs dans ces conditions «qu’arrivent les accidents, les oublis avec un autre facteur de déperdition d’énergie : les émotions, un tabou en entreprise». En effet, celui qui ne se sent pas justement reconnu par son supérieur a tendance à «ruminer et parfois se défoule et se venge. Il traîne les pieds, sabote dans l’ombre tout ce que fait son chef…».
Cette critique portée par l’auteur de Vivre avec soi… chaque jour la vie (Editions de l’homme) apparaît assez vigoureuse contre le mode relationnel destructeur de l’entreprise en affirmant que «Quand on accepte un poste à responsabilité, on devrait s’engager à faire un travail sur soi. Nous avons tous une pathologie de base qui fonctionne a minima la plupart du temps et est donc sans danger, alors que les postes à responsabilité «revivent» les pathologies».
Pour illustrer son propos, il prend le cas de Jean Marie Messier qu’il définit comme narcissique, égocentrique et mégalomaniaque, en faisant remarquer qu’«Au départ pour la Générale des Eaux, cela constituait des qualités. La chose se gâte quand, arrivé tout en haut de l’échelle, Jean-Marie Messier ne rencontre plus de contre-pouvoir» faisant alors que «Celui-ci met tout le monde au service de sa pathologie». Ce qui est valable en économie l’est également en politique en faisant remarquer, par ailleurs, que «Les sociétés n’ont pas intégré le fait que les salariés ont des besoins relationnels tout autant que vitaminiques. Ces besoins vitaux sont au nombre de sept : dire, être entendu, être reconnu, être valorisé, pouvoir préserver une intimité, exercer une influence et se respecter». Sans cela, d’après lui, le système continue de produire sans cesse du stress, de la frustration et de l’angoisse, qui se transforment dans le relationnel d’abord en autoviolence avant de devenir violence envers les autres.
SOLIDARITÉ
LE FRANÇAIS EST SOLIDAIRE
Selon une étude du Crédoc, 9 personnes sur 10 disent avoir été épaulées ou avoir épaulé un proche l’an dernier. Il est vrai qu’en France, au-delà de la cellule familiale, «La solidarité existe partout où l’on promeut la recherche du bien commun, l’emploi et l’insertion des plus défavorisés» constate Jean-Baptiste de Foucauld, président de l’association Citoyen dans la vie associative.
De fait, 1 Français sur 7 pratique un engagement bénévole régulier et 60% considèrent que les entreprises doivent contribuer à la résolution des problèmes sociaux, d’après un sondage de l’Observatoire de la Fondation de France. Pour Gontran Lejeune, président du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants), c’est déjà le cas sachant que «Les frontières sont de plus en plus poreuses entre économie sociale et économie capitaliste. Jusqu’alors, seules les coopératives, les mutuelles et les associations prenaient leur part de responsabilité dans les enjeux de société. Aujourd’hui, beaucoup d’entreprises veulent s’y mettre». Même avis pour Frédéric Massot du CJD qui affirme que «Par nécessité et de plus en plus par intérêt, un nouveau modèle de société tiré par des moteurs plus durables est en train de s’inventer». Ni 100% capitalistes ni 100% sociales, les entreprises solidaires ouvrent une voie alternative permettant la création de richesses au profit de tous et non plus de certains.
Un sentiment partagé par Francis Rousseau, Président d’Eurogroup, qui estime pour sa part que «La solidarité doit forcément s’exprimer à travers un objectif collectif». Il lui apparaît «Absurde d’encourager la valorisation du capital humain tout en fixant à chacun des objectifs de plus en plus individualisés. Chez nous, on tire tous dans le même sens. Quand on gagne beaucoup, tout le monde gagne beaucoup, et la même logique s’applique quand on gagne peu.»
UN MODÈLE PLEIN D’AVENIR
L’intégration du solidaire dans le management dès lors qu’il combine «Performance économique et sociale est une des pistes les plus prometteuses pour le capitalisme du XXIe siècle» assure Pierre Deschamps, Président d’Entrepreneurs et dirigeants chrétiens. L’appui financier en faveur des salariés est d’ailleurs une pratique bien connue des entreprises du secteur de la banque et du bâtiment en soutenant leurs collaborateurs en détresse passagère (endettement, factures impayées, frais imprévus…) par la mise en place de fonds d’entraide pilotés par les DRH. Des initiatives exemplaires qui font dire à Patrick Poizat, secrétaire général de la CFTC, que «La solidarité est devenue un signe fort de responsabilité sociale». D’autres actions sont également menées, ici et là, avec le développement de systèmes de microcrédit en faveur des salariés et demandeurs d’emploi exclus du crédit bancaire classique. C’est aussi l’investissement solidaire favorisant «Un nouveau modèle économique qui a d’autant plus d’avenir qu’il ne repose pas seulement sur la compassion mais se révèle aussi créateur de richesse» renchérit Frédéric Bedin, Président de CroissancePlus.
Aider des entrepreneurs à monter leur projet en leur apportant des ressources en matériel ou stock, soutenir des populations en difficulté, en souffrance psychique ou en resocialisation des seniors, favoriser des investissements solidaires dans l’emploi, le social, le logement, l’environnement et la solidarité internationale, sont autant de voies créatrices de valeurs au service de l’homme et non plus seulement du capital prouvant ainsi «L’efficacité économique des activités d’intérêt général.»