ÉCONOMIE MONDIALE
LA NÉCESSITÉ D’UN CONSENSUS MONDIAL
La déflation mondiale produit actuellement une baisse de croissance évaluée à -1,4%, une chute du commerce international de 3% et une explosion du chômage qui doit toucher 51 millions de personnes supplémentaires à l’échelle des pays de l’OCDE. Malgré la rapidité des mesures prises par les grands pays de l’OCDE afin d’éviter de rentrer dans une spirale déflationniste, l’envergure des plans nationaux de soutien ne semble pas suffisant pour enrayer la progression de la crise.
C’est du moins l’avis de Nicolas Baverez, économiste et historien, pour qui les premières mesures prises dans l’urgence, pays par pays, ne constituent nullement une réponse suffisante sans la mise en place urgente d’un consensus mondial.
Il considère, en effet, que «L’approche pays par pays est aussi inadaptée que l’approche établissement par établissement face au risque systémique pesant sur le système bancaire».
Selon lui, «La mondialisation requiert des institutions et des règles universelles alors que chaque nation privilégie d’abord sa souveraineté et renforce ses organes et ses procédures de régulation».
La grande erreur, notamment dans le cadre du nouveau G20, consiste à «Eluder les questions déterminantes pour la stabilisation de l’économie mondiale, à savoir la supervision internationale des institutions financières, le contrôle du cycle du crédit et des risques, la redéfinition des règles juridiques, comptables et prudentielles.»
PIB en milliards de dollars (base 2005) :
Monde : 45 000
Etats-Unis : 12 400
Union européenne (15) : 11 600
Chine : 5 530
Japon : 3 870
Allemagne : 2 500
Inde : 2 340
Royaume-Uni : 1 900
France : 1 900
Russie : 1 700
Italie : 1 600
Brésil : 1 590
Espagne : 1 200
Canada : 1 130
Corée du Sud : 1 030
LE RISQUE D’UN DÉCLASSEMENT EUROPÉEN
La priorité accordée aux mesures d’urgence ainsi que «L’absence de stratégie concertée crédible, éloigne la sortie de crise et renforce le risque protectionniste» confirme cet économiste. Contrairement aux promesses de retour de croissance au 2e semestre 2009 ou en 2010, il semble bien que les pays européens, en l’état actuel, fassent surtout preuve d’une incapacité à réagir sur les vrais leviers du choc économique par «La faiblesse des plans de relance (1,5% du PIB), l’absence de solidarité entre les membres de l’union et la rigidité des règles de la monnaie unique et du grand marché». Une erreur qui prive l’Europe d’un retour historique sur le devant de la scène internationale en induisant plutôt son déclassement économique face à «L’émergence d’un duopole sino-américain, le seul à mettre en œuvre des plans de relance à la dimension de la crise (1 752 milliards de dollars en 2009 pour les Etats-Unis et 1 000 milliards d’euros pour la Chine) affichant ainsi leur ambition de coréguler ensemble l’économie du XXIe siècle.»
Coût global de l’ensemble des mesures de soutien public en faveur des banques, en % du PIB :
19,8% Royaume-Uni
13,8% Norvège
8,8% Canada
6,3% Etats-Unis
3,7% Allemagne
1,5% France
Besoins estimés de financement des «nouvelles» dettes publiques, en % du PIB (base 2008) :
Etats-Unis 11 %
R.-Uni 9 %
Grèce 20 %
Allemagne 8 %
Italie 12 %
France 7 %
Pays-Bas 11 %
Espagne 6 %
LE FAIBLE POUVOIR DES ÉTATS FACE AUX BANQUES
Actuellement, les actifs et les encours bancaires sont 4 fois supérieurs à la production mondiale (PIB), c’est-à-dire de 15 à 25 fois les budgets des Etats. Cette situation explique pourquoi «Le pouvoir des grandes banques est très supérieur au pouvoir des chefs d’Etat considérant que le pouvoir n’est pas nécessairement le pouvoir de diriger et le pouvoir de faire, c’est aussi le pouvoir d’ignorer et le pouvoir d’empêcher» comme le souligne Christian Julienne, Directeur de la publication de la Lettre Héritage & Progrès. Par exemple, en France, poursuit-il «Mme Lagarde et M. Ricol, le médiateur du crédit, pèsent-ils vraiment le poids de M. Pebereau, le Président de PARIBAS ? Rappelons que le total du bilan de cette banque était de 1 700 milliards d’euros en 2007 alors que le total des budgets publics la même année (Etat + Sécurité Sociale + collectivités locales + Europe) était de l’ordre de 800 milliards, soit deux fois moins.»
Mais le sujet le plus terrifiant en matière d’hypothèse de faillite systémique concerne une estimation portant sur près de 600 000 milliards de dollars qui circuleraient sous forme d’actifs toxiques et autres produits dérivés fabriqués par la sphère financière depuis 30 ans. Un encours de 12 fois supérieur au PIB mondial, même si ces actifs ont tendance à figurer souvent en triple, quadruple, quintuple voire plus, dans les bilans des divers gestionnaires de fonds, filiales de groupes et filiales de banques. Enfin, la question de la dette avec un volume global de 25 000 milliards de dollars est un sujet essentiel car il va forcément obliger l’ensemble du monde occidental à émettre des obligations de dettes souveraines de manière considérable afin de rembourser, régler les intérêts et surtout financer les plans de relance «jetés actuellement en pâture à l’opinion publique».
Les 6 chiffres qui donnent la dimension du vertige financier mondial :
• 600 000 milliards de dollars de produits dérivés et autres créances pourries fabriqués par la sphère financière depuis 30 ans.
• 200 000 milliards de dollars d’encours sous forme d’obligations, d’actions et d’actifs des banques commerciales.
• 50 000 milliards de dollars de PIB mondial.
• 25 à 50 000 milliards de dollars de capitalisation boursière mondiale.
• 25 000 milliards de dollars d’encours de dette publique pour les Etats-Unis et l’Europe.
• 5 à 6 000 milliards de dollars de réserves de changes des pays émergents qui financent actuellement les dettes américaines et européennes.
EVITER LE «SCÉNARIO JAPONAIS»
Si dans les pays riches la récession est désormais actée, beaucoup d’économistes et d’analystes désespèrent d’un système financier qui n’en finit pas de se déliter. Certains envisagent pour éviter le «scénario à la japonaise», qui s’est traduit par une décennie entière de marasme économique, de favoriser des nationalisations temporaires comme principal moyen de mettre fin à l’interminable agonie des banques. Pour Klaus Schmidt-Hebbel, économiste en chef de l’OCDE, l’embellie n’est pas près d’arriver considérant que «Ce sera une récession bien plus profonde et plus longue que ce que prévoyait le FMI en janvier, à tous les niveaux». Une position qui tient compte du découplage non prévu des pays émergents qui, normalement, devaient prendre le relais des Etats-Unis pour tirer la croissance mondiale. Or, la plupart de ces pays comme, par exemple, la Chine et les pays d’Asie du Sud-Est sont frappés à leur tour par la contraction du commerce mondial et la réduction des exportations mais aussi par la chute du cours des matières premières comme le Brésil et l’Argentine ou encore par la fuite des capitaux en provenance des pays riches à l’instar des Etats d’Europe de l’Est. D’après Esko Aho, ex-Premier ministre finlandais qui connaît bien la question pour avoir su endiguer dans son pays une grave crise financière en 1991, il est surtout nécessaire pour éviter le scénario de longue dépression japonaise de «Ne pas sous-estimer les forces déflationnistes qui ont tendance à s’autorenforcer. La règle N°1, c’est de prendre le pire scénario comme base de travail».
Markku Pohjola, ex-n°2 de la banque Nordea, s’étonne de son côté que «L’on perde autant de temps à instaurer en Europe une structure de défaisance pour les actifs toxiques» car ce fut, selon lui, «Utile pour la transparence» en obligeant les banques à reconnaître leurs pertes et à se restructurer.
MULTINATIONALE
LA GÉOGRAPHIE DU CAPITALISME
Il existe une cinquantaine de villes dans le monde qui concentrent le pouvoir économique par la densité des sièges sociaux des multinationales.
La géographie des centres de décision des 500 plus grands groupes mondiaux par la capitalisation boursière révèle que le premier centre de concentration est à New York (2 500 milliards de dollars), le second à Londres et le troisième à Paris (avec près de 1 500 milliards de dollars chacune).
Les Etats-Unis concentrent 19 villes parmi le top 50, malgré une part qui a régressé de 57% à 36% entre 2003 et 2008. L’Europe dispose de 15 grandes villes d’influence dans une proportion qui est restée stable (1/3 du total) avec un recentrage du pouvoir économique comme, par exemple, la ville de Madrid qui supplante dorénavant Dusseldorf et Munich.
Les pays émergents représentent 20% des concentrations avec la Chine (3 villes), le Japon (3), l’Australie (2), le Brésil (2) ou encore l’Inde (2). C’est d’ailleurs principalement la montée des grands pays du Sud qui bouleverse le plus la géographie du capitalisme mondialisé avec la 4e position de Pékin qui dépasse dorénavant Tokyo (6e) et se rapproche rapidement de celle de Paris.
La nouvelle cartographie du pouvoir économique est toutefois jugée inquiétante par Nicolas Véron, économiste au centre de réflexion européen Bruegel, pour qui «Sur les 154 entreprises européennes du top 500 mondial, seules 12 ont été créées après 1950. Aux Etats-Unis, elles sont 51 sur 174, dont 21 dans les secteurs de la haute technologie. C’est le signe de la faiblesse des capacités d’innovation en Europe».
Top 20 des villes accueillant les sièges sociaux des premiers groupes mondiaux par la capitalisation boursière (base 2008) :
1. New York
2. Londres
3. Paris
4. Pékin
5. Bay Aera (San Francisco)
6. Tokyo
7. Moscou
8. Madrid
9. Dallas
10. Hong Kong
11. Randstad
12. Houston
13. Chicago
14. Rio de Janeiro
15. Bâle
16. Düsseldorf
17. Minneapolis
18. Lausanne
19. Melbourne
20. Charlotte