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L'éditorial du Journal des Professionnels
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L'éditorial du JdP n° 96

Date : 29/09/2009
Par Didier Reuter

ET UNE TAXE CARBONE DE PLUS…

Derrière le discours honorable de protection globale de l’environnement, de films propagande, d’études savantes et de statistiques alarmantes, se profilent surtout une stratégie de rentrées fiscales et un business industriel rentable. L’écologie politique est devenue THE nouveau créneau fiscal et économique bien avant de se soucier de l’état de santé de Madame Michu ou de M. Dupont la joie.
La dernière innovation en date recouvre la taxe carbone, ou fiscalité verte, dont le projet fixé à l’horizon 2011 a été validé moralement par celui-là même (Michel Rocard) qui a mis en place la CSG (ou taxe sociale) dont chacun connaît l’incroyable envolée ces 15 dernières années. Habillée d’images rassurantes, de voeux pieux et de discours raisonnables, cette nouvelle taxe écologique est de la même lignée des prélèvements «opportunistes» à croissance très rapide. Cette fois-ci, on nous promet qu’elle doit contribuer à réduire les émissions de CO2 par la contrainte d’une taxation dissuasive destinée à favoriser des comportements citoyens plus responsables. Du vent, des sornettes…, alors que son montage alambiqué prévoit, en plus, un prélèvement à gauche (chez les mauvais citoyens) et une redistribution à droite (chez les «bons» citoyens).

Une chimère politique de plus, alors que les vraies menaces guettent de partout un monde fragilisé et déstabilisé financièrement. Sans prendre de risque prévisionniste, il est quasiment certain que les efforts consentis aujourd’hui et ici seront inévitablement annihilés demain ou ailleurs par l’occurrence de menaces dont on ne soupçonne nullement la provenance, la nuisance et l’intensité. En fait, le vrai danger en société n’est pas dans les émissions de CO2 liées au transport ou à l’énergie utilisée, mais dans la conjugaison de centaines d’occurrences de risques majeurs (épidémies, inondations, séismes, problèmes sanitaires, médicaments, infections bactériologiques, nourriture, ondes électromagnétiques, effets nucléaires, conflits armés, manque d’eau potable…) qui rôdent de manière bien plus certaine et nuisible qu’une lente remontée des températures et des eaux de mer…
En d’autres termes, ce qui est fait aujourd’hui en matière d’écologie pour soulager les consciences, renflouer le budget de l’Etat et dynamiser l’économie verte, sera défait demain hélas par la bêtise des hommes. Il faut rester lucide lorsque l’on évoque la dimension macro sociétale en tenant compte des leçons de l’histoire. Il suffit simplement de constater comment la spirale de la modernité est inévitablement entropique, c’est-à-dire de nature à produire ses propres facteurs de déstabilisation qui, contrôlés ici débordent forcément ailleurs ou autrement. Le monde moderne est guidé par une dysharmonie parfaite et une fuite en avant permanente qui n’est pas du tout de nature à rassurer sur l’avenir des futures générations.

Aussi les chants d’allégresse ou de désespoir de l’écologie détonneront très longtemps encore par leur écho décalé dans la complexité de la modernité où tout interagit sur tout. En polarisant ainsi l’attention des citoyens sur les émissions de CO2 et le risque encouru dans un «sauvons ensemble la planète», il est clair que le discours écologique et politique manipule et embrouille complètement les esprits surtout lorsqu’il provient, en plus, des plus nantis de cette même planète !
Si l’intention de départ est bonne (du moins considérons le ainsi), il est évident que la vraie posture environnementale et écologique pragmatique est celle qui privilégie d’abord et principalement les actions zonales (territoire de vie par territoire de vie) ainsi que les économies réelles d’énergie (en monnaie) et de consommation pour le citoyen. L’autre versus écologique qui nous parle de globalité, de mondialisation, d’effets virtuels à long terme et de taxations punitives ou morales, est une escroquerie intellectuelle de plus. Malgré tous les labels officiels dont peuvent être qualifiées les actions gouvernementales en matière de «durable», il est évident que toute forme de généralisation est «durablement» fausse !
Tout le monde sait qu’il faut se méfier du discours politique surtout lorsque celui-ci use de promesses et d’une propension à positiver tout ce qui ne doit pas l’être. Aussi, vouloir faire croire que la taxe carbone est un bon remède pour soigner nos maux collectifs, c’est cacher l’essentiel de la réalité aux citoyens alors que la production mondiale polluante ne peut qu’augmenter dans les décennies à venir et la taxe carbone grossir proportionnellement, en volume, pour enrichir et désendetter les Etats. Il est d’ailleurs symptomatique de constater comment l’habillage médiatique «versus positif» des taxes écologiques est habile et arrive au bon moment pour «verdir la dette» en pleine crise économique.

Cette manie quasi irresponsable de la fiscalisation de masse au profit principal des équilibres budgétaires de l’Etat, et ceux des collectivités territoriales, pollue directement, en retour, la réalité quotidienne de tous par la cherté des prix, des tarifs constamment haussiers dans la consommation, la cherté de la main d’œuvre et fatalement, une moindre capacité concurrentielle sur le plan international avec, en prime, l’appauvrissement constant des ménages et l’exclusion des plus défavorisés.
Il faut donc rester lucide lorsque d’un côté, les grands acteurs de l’économie conservent un libre permis de «tuer» (polluer l’environnement, affecter indirectement la santé des individus de 100 façons différentes) via des procédures autorisées, alors que le citoyen (ménages et consommateurs) doit payer, toujours payer et encore payer, pour les incohérences systémiques de l’économie productive et de la technocratie républicaine. Dans cette affaire «carbone», le véritable responsable n’est pas et ne sera jamais le citoyen qui, in fine, reste totalement dépendant de la conduite opportuniste de l’Etat, de l’offre économique, des technologies et des travers du monde financier. Autant d’acteurs majeurs qui ne sont pas vraiment clairs et irréprochables dans la conduite actuelle du monde et des affaires !

LA LÉGITIMITÉ DES ACTIONS SALARIALES DURES

La violence sociale issue du monde de l’entreprise (menace de casse, blocage de l’outil de travail, séquestration de cadres…) n’est pas légale mais fondamentalement légitime. Lorsque les entreprises licencient pour des raisons strictement actionnariales, boursières ou financières, elles fonctionnent un peu comme les capitaines malhonnêtes qui dégazent en pleine mer en profitant du mauvais temps.
En mettant à la porte, presque du jour au lendemain, des dizaines voire des centaines d’ouvriers et de collaborateurs fortement impliqués depuis des années dans le développement de leur entreprise, rien ne peut justifier une telle radicalité d’exclusion du lieu de travail sans que ne s’oppose, en réciprocité, une radicalisation des actions menées.
Face au «dégazage social», toute forme de négociation dure est admissible dès lors qu’elle permet de retirer un bénéfice en terme de niveau d’indemnités. Il est normal et légitime que la désespérance et l’indignité subies par le personnel se transforment en donnant-donnant dans les indemnités de départ même sous l’égide de menaces possibles ou réalisées. Il est également justifiable que les salariés bafoués, trahis et perdant leurs emplois, ne se laissent pas évacuer aussi facilement par des procédures légales douces et aseptisées en ayant, en plus, un sentiment d’injustice et de frustration économique. Il est même relativement acceptable (hors toute forme de bris et de casse inutile) que les salariés mécontents punissent leur direction et les cadres liquidateurs, dont la plupart agissent souvent sans état d’âme en conservant intégralement leurs postes, avantages et rémunérations.
Un comble alors qu’il s’agirait pour eux de donner l’exemple en se retirant les premiers de l’entreprise et/ou en faisant de forts sacrifices financiers personnels compte tenu des imprévisions de leur gouvernance et de l’impéritie de leur commandement.

En fait, il semble que plus l’entreprise tranche dans le vif des licenciements pour des raisons économiques, moins elle démontre d’honneur et de cran à sanctionner et impliquer d’abord ses propres responsables. Le monde du travail est un monde dur où le rapport de force est omniprésent du haut vers le bas. En cela, il est relativement sain qu’au-delà du dialogue social qui suppose au préalable une forme d’égalité d’écoute et de contreparties, les collaborateurs spoliés et mécontents usent, du bas vers le haut, de nouvelles formes de pression en médiatisant et en dramatisant au maximum leurs opérations et cela… sans états d’âme.

ENCOURAGEONS L’ENTREPRENEURIAT
Il est nécessaire de bien différencier le dirigeant salarié et non fondateur de sa firme, de l’entrepreneur-fondateur ou associé agissant dans le cadre de la création ou de la reprise de TPE-PME. Sur le fond, c’est lui qui assure la relève économique de demain faisant qu’il est urgentissime de le prémunir des risques de démotivation, de blocage administratif et de dénie bancaire, tout en l’honorant comme il se doit. Etre entrepreneur, ce n’est pas seulement faire de l’argent et disposer d’un statut d’autonomie dans les décisions, c’est aussi lutter en permanence contre l’adversité visible et invisible, mener des combats contre l’organisation du système, batailler dur contre la concurrence et le marché, lesquels bousculent constamment les positions prises et stressent, chaque jour, une existence qui devrait être beaucoup plus sereine et apaisée.

En fait, l’entrepreneur est le nouveau guerrier des temps modernes en substituant efficacement à l’art militaire, les règles plus pacifiques de l’art économique. Alors que la grande majorité des acteurs du travail se mettent à l’abri des aléas de l’entrepreneuriat en choisissant le salariat, ou l’assistance, à l’arrière de la ligne de front, l’entrepreneur se risque lui au quotidien sur le terrain des épreuves en affrontant de face les vagues permanentes de difficultés.
Que deviendrait l’économie locale, territoriale et nationale, sans ces combattants fortement exposés et qui contribuent majoritairement aux nombreux ruisseaux de ressources financières (emplois, taxes, investissements, achats…) qui irriguent la vitalité et la survie confortable de tous ?
Il est clair que l’entrepreneur participe indirectement à la qualité de vie collective et individuelle de chacun d’entre nous par le biais social et économique.
En plus d’applaudir au moment triomphant de la création, il faut dorénavant éviter de tourner la tête et s’obliger à tendre la main dans les situations quasi inévitables de l’épreuve économique ou du genou à terre !

Reproduction interdite - Copyright JdP© / 2000 - 2007 • Directeur de la publication : Y.Guerin / Rédacteur en chef : D.Reuter
Illustrations : C.Burgaud • N°ISSN 1156-8801 - Dépôt légal N°367 - Réalisation : N1bus-Expériences Copyrights© 2007-2008