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L'éditorial du Journal des Professionnels
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L'éditorial du JdP n° 97

Date : 17/11/2009
Par Didier Reuter

TROU OU EXCÉDENT DE LA SÉCU !

Avec toutes les réformes engagées depuis des années pour combler le déficit de la sécurité sociale, on s’étonne continuellement de voir comment celui-ci continue à se creuser, ou du moins à ne jamais se combler comme le fameux tonneau des Danaïdes qui fuit au fur et à mesure qu’on le remplit. En France, les raisons ne sont pas forcément celles auxquelles on pense immédiatement. Alors que le dernier projet de loi de financement de la Sécu prévoit d’officialiser un déficit record de plus de 30 milliards d’euros en 2010, il semble que l’ensemble des mesures politiques prises ces dernières années pour le renflouer soit, en fait, un véritable trompe-l’œil.

Que ce soit le déremboursement de certains médicaments, la hausse du forfait hospitalier, la contribution de 1 euro lors de chaque consultation médicale, les multiples restrictions imposées lors des arrêts maladie, l’obligation de consulter un généraliste avant de prendre rendez-vous avec un spécialiste…, il semble que les technocrates et les politiques n’en finissent pas d’avoir une imagination débordante pour trouver sans cesse de nouveaux moyens de prélèvements.

Toutefois, d’après Evelyne Dupin secrétaire générale de l’INDP d’Agen (Institut national du développement local), ces mesures ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Qui sait, par exemple, que le principal des ressources destinées à Sécu est régulièrement détourné ou non reversé. C’est le cas, par exemple, d’une partie des taxes sur le tabac dont le montant non versé se chiffre à 7,8 milliards d’euros. C’est aussi celui du reversement attendu des taxes sur l’alcool pour 3,5 Md€, celui des primes d’assurances automobiles estimé à 1,6 Md€ ou encore le non versement de la taxe sur les industries polluantes estimé à 1,2 Md€. C’est également la part non reversée de la TVA (2,0 Md€), du retard de paiement concernant les contrats aidés (2,1 Md€) et du retard de paiement par les entreprises (1,9 Md€), dont la somme cumulée avoisine les 20 milliards d’euro. Presque le montant du déficit 2009 !

Pendant ce temps là, ce sont les mutuelles et les assurances complémentaires qui sont chargées du remboursement partiel de leurs adhérents. Sauf que celles-ci, face à la progression des dépenses de santé, ont augmenté de 30% leurs tarifs depuis 2000 ! Le calcul est donc doublement simple : primo, en dessous de 20 milliards d’euros il n’y a pas de trou de la Sécu mais, au contraire, un excédent que l’Etat utilise de manière masquée en entretenant et en perpétuant volontairement le «principe» du trou. Secondo, plus le déficit est conservé en l’état ou artificiellement creusé, plus il implique et justifie des prélèvements constants et/ou supplémentaires sur les ménages par les taxes imposées et les hausses tarifaires des assurances complémentaires. Un jeu du double gagnant pour l’Etat et du double perdant pour le contribuable. Qui dit mieux dans la manipulation organisée des masses !

UN TRAIN DE HAUSSES POUR 2010

La hausse des prélèvements sociaux est loin de s’arrêter. Le gouvernement a décidé, par exemple, de geler les allocations familiales en 2010 au prétexte que l’inflation est inférieure aux prévisions (contre 3% en janvier 2009). Avec une situation déjà peu confortable pour beaucoup de ménages, le projet de budget pour l’année prochaine prévoit pêle-mêle à compter du 1er janvier 2010 : la hausse de 4,11 centimes du litre d’essence et 4,52 cents pour le fioul suite à la taxe carbone ; imposition sur le revenu des indemnités versées en cas de départ volontaire à la retraite (l’exonération était de 3 050€ avant) ; durcissement de la fiscalité en ce qui concerne l’assurance vie avec une taxation de 12,1% pour les intérêts et plus-values versés au bénéficiaire après le décès du souscripteur.

Idem pour la taxe patronale versée par l’entreprise qui passe de 2 à 4% en matière d’intéressement, de participation et d’épargne salariale, ce qui va avoir pour effet direct de réduire les montants versés aux salariés. Enfin, il est à prévoir l’arrivée de nombreux prélèvements sociaux supplémentaires ou augmentés en ce qui concerne les plus-values immobilières, le dispositif de la loi Scellier ou encore, les intérêts d’emprunts pour les logements neufs… Il est vrai que nous sommes dans le ventre mou du mi-mandat présidentiel, un moment propice pour tout ce qui doit passer en force surtout si c’est impopulaire. Pourtant, avec plus de 1 200 réformes mises en place sous l’ère Sarkozy combien ont été réalisées au détriment du citoyen et combien parmi les plus médiatiques ne sont que des réformes «fanfare» ou des réformes «papier» entraînant plus de déconstruction sociétale que de véritable avancée ?

Un simple exemple révélateur parmi des centaines de détournements perfides dans les réformes engagées : celui de France 2 avec l’arrêt des pubs à 20H30 remplacé par un espace de propagande innommable et totalement irresponsable nommé les «dossiers de la route» de la sécurité routière qui, chaque soir à l’heure du repas, participe à un bourrage de crâne collectif à haute dose de culpabilisation, d’accidents et de propos moralisateurs, générant au final plus l’acte manqué chez l’usager qu’une responsabilisation vertueuse. Mais qui sont donc ces imbéciles qui pratiquent ainsi le «retournement» de la réforme par le bas de la manipulation et du conditionnement de masse ?


GOUVERNANCE ET SUICIDES EN SÉRIE


D’après Eric Albert, psychiatre et consultant, «Tant que les dirigeants ne seront évalués que sur leurs résultats et non sur leurs capacités à se remettre en cause, les résultats seront tels qu’on les constate aujourd’hui : ça passe ou ça casse». C’est notamment le cas flagrant dans la finance et le système bancaire mais aussi dans le monde politique et dans celui de l’économie du réel à l’échelle de la gouvernance des grands groupes. Avec des élites dirigeantes murées dans «leur arrogance, leur certitude d’être indispensables, leur enfermement et leur confort», ce spécialiste confirme que le problème des crises externes et internes aux organisations résulte principalement d’un «microcosme porteur de pensée unique» et surtout «dépositaire de vertus relativement stériles».

D’après lui, le décalage que l’on peut observer avec des individus avidement nourris par un «excès d’estime de soi, de goût pour la domination et l’envie de préserver les acquis» et qui croient, en plus, que l’intelligence préserve de tout, conduit forcément chez eux à «Une perte chronique de clairvoyance et d’humilité nécessaire à leur charge». Il semble, en fait, qu’un grand nombre de «grands dirigeants» se révèlent être de parfaits «rigolos» par leur faible capacité à savoir s’adapter sur le plan humain, bridés qu’ils sont dans leur état émotionnel et/ou dans des postures comportementales plus ou moins rigides. A force de trop miser sur le hors humain (process techniques, méthodes froides de management, résultats statistiques et bilans comptables, procédures…) ces individus, qui devraient normalement se comporter en vrais leaders charismatiques, se conduisent en réalité comme des techniciens du management, des technocrates du pouvoir économique, sans vision globale ni grande humanité envers les autres.
Et il arrive alors ce qui doit arriver en provenance des masses et des collaborateurs ainsi malmenés : soit des conflits sociaux, soit des arrêts maladie à répétition, soit des départs volontaires (turnover), soit des suicides. Le suicide en série traduit alors un signal ultime de mal-être puissant que les dirigeants doivent traiter soit par une «machine arrière toute» soit par un changement de cap positif et significatif. Honni soit donc le dirigeant qui cumule les suicides en série chez lui et qui ne fait rien sur le fond, sauf à brasser de l’air et à évoquer un énième plan (ou réforme) en conservant malgré tout le cap des résultats à tout prix !

Il est évident que c’est toujours le «hors humain» dans les organisations qui cause, à terme, la perte et/ou la décroissance de celles-ci. Pour préparer les conditions psychologiques d’une bonne sortie de crise, il faut arrêter de regarder les compteurs en élargissant encore davantage le périmètre «humain» et l’intérêt porté aux salariés, aux collaborateurs et aux clients. Eux seuls, peuvent garantir la pérennité de toute organisation en place surtout dans les moments où l’on se demande s’il y a encore un «vrai» commandant à bord !

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