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JDP N° 87 : Economie - L'épopée passionnante de l'économie Article complet

Date : 07/01/2008

L’épopée passionnante de l’économie

Il n’y a que depuis 200 ans que l’économie mondiale a explosé. Pendant plusieurs millénaires, les courbes de croissance sont demeurées résolument plates en n’enregistrant ni croissance, ni progrès, ni expansion démographique. Avant le XIXe siècle nos ancêtres travaillaient 2 fois plus que maintenant tout en produisant 30 fois moins, alors même que l’agriculture employait 75% de la population européenne (5% aujourd’hui) et ce, avec une espérance de vie avoisinant la cinquantaine. Ainsi, par exemple entre 1500 et 1820, le revenu moyen par habitant a augmenté en moyenne de 0,14% par an. Il est passé en 1500 de 727 dollars en PIB par habitant à 19 558$ en 1998 avec une accélération spectaculaire de 5% par an de 1959 à 1973. Si en 1820, le club des pays développés (Occident, Japon, Australie) était 2 fois plus riche que le reste du monde, il l’est aujourd’hui 7 fois plus.
Selon les économistes, il existe une courbe dite de «la girafe» qui d’un niveau relativement étal jusqu’à la fin du XVIIIe siècle est devenu depuis résolument vertical, jusqu’à ne plus devoir s’arrêter en terme d’augmentation continuelle du PIB mondial. Alors que la production mondiale a été évaluée à 102 milliards de dollars en l’an 0 (en terme de PIB mondial), elle a atteint les 33 726 Md$ à la fin du XXe siècle. En fait, il existe 2 grandes périodes dans l’économie mondiale de notre ère. Celle qui a vu se développer par 6 la production mondiale entre l’an 0 et 1820 et celle qui s’est ensuite démultipliée par 50 (hausse de 5000%) jusqu’à nos jours.

LOUIS XIV N’ÉTAIT PAS VRAIMENT À ENVIER

Au XVIIe siècle, les économistes pensaient que la quantité de richesses dont bénéficiait le monde était une donnée constante peu susceptible d’augmenter acceptant alors, l’idée que la croissance puisse rester indéfiniment proche du zéro absolu. L’emballement de l’histoire économique a démontré, au contraire, que le niveau de vie des ménages peut résulter d’une spirale ascendante. Il est d’ailleurs actuellement 20 fois supérieur à celui des sujets du temps de Louis XIV. Un paradoxe économique lorsque l’on sait que le roi-soleil, considéré comme l’un des hommes les plus puissants et plus riches de la planète à l’époque, vivait beaucoup moins bien qu’un ménage ordinaire actuel payé au smic. En réalité s’il possédait fortune, châteaux, pouvoir et galante compagnie, il ne disposait ni de médicaments performants ni d’un système de santé performant pour soigner et soulager les douleurs, ni de voiture, ni d’électricité, ni de chauffage ou de climatiseur, ni d’eau courante, ni de douche et de sanitaires hygiéniques et encore moins de films, TV, radio, téléphone mobile ou ordinateur pour s’informer et se distraire. Ce décalage démontre combien toute richesse reste foncièrement relative lorsqu’elle ne permet pas de satisfaire correctement les besoins humains.


LES 3 RÉVOLUTIONS DE L’ÈRE INDUSTRIELLE

Après des millénaires de domination agricole, les usines ont attiré des millions de paysans désœuvrés à partir de la fin du XVIIIe siècle :

• 1ère révolution industrielle : 1785
C’est l’invention de la machine à vapeur qui inaugure l’économie moderne. Partie de Grande-Bretagne, la première révolution industrielle s’explique par une vague d’innovations dans la métallurgie (fonte, coke) ainsi que dans le textile avec les métiers à tisser.

• 2e révolution industrielle : 1885
Avec le développement du chemin de fer en 1840, la seconde révolution industrielle est amenée des Etats-Unis et de l’Allemagne avec de nouveaux progrès techniques et un grand nombre d’innovations dans la chimie, l’électricité, l’automobile.

• 3e révolution industrielle : 1980
Dans le prolongement des «Trente Glorieuses» (1950-1973) consacrant l’aviation civile, le pétrole, l’électronique, la culture de masse, la troisième révolution industrielle se traduit plus précisément par l’omniprésence de l’informatique et de l’Internet venue également des Etats-Unis.


LES 10 PRINCIPALES HYPERPUISSANCES MONDIALES DANS L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ
L’empreinte économique du monde actuel repose sur l’influence plus ou moins directe d’une somme de cultures imposées successivement par la dominance des empires en place.

• Empire Mésopotamien (3360-312 Av. JC)

Son territoire prend naissance sur l’Irak actuel. Pendant près de 3000 ans cet empire a été géré par 5 peuples différents. La Mésopotamie a toujours privilégié la petite propriété agricole avec un commerce et un artisanat accessible à tous dans le cadre d’une économie dite de «capitalisme précoce». C’est également l’apparition des premières banques qui avançaient de l’argent aux caravaniers lorsque ceux-ci faisaient de l’«import-export» en Afrique et en Perse. C’est aussi l’émergence des premiers fonctionnaires.

• Empire Grec (800-30 Av. JC)

Il se développe notamment sous l’égide d’Alexandre le Grand qui crée le premier «marché commun» s’étendant de la Yougoslavie jusqu’à l’Inde. Ce monarque est le premier à favoriser l’usage d’une monnaie prenant d’abord la forme de petits haricots d’or et d’argent mélangés puis d’une monnaie unique «le drachme» bien acceptée, grâce à l’étendue de l’empire et son unification culturelle. Le déclin de l’empire Grec est dû à la montée progressive du dirigisme étatique et de la bureaucratie.

• Empire Romain (509 Av. JC - 476 Ap. JC)
Sa prospérité repose principalement sur le pillage des richesses des pays frontaliers puis de ceux du pourtour de la méditerranée. La force de l’empire Romain repose sur une armée bien équipée et entraînée atteignant jusqu’à 400 000 soldats sous le règne d’Hadrien (117-138). A l’époque, 90% du budget était consacré aux armées qui en revenant vainqueur de leurs conquêtes rapportaient des indemnités de guerre sonnantes et trébuchantes ainsi que des esclaves servant ensuite à la main-d’œuvre. C’est le temps de la mise en place de redevances diverses et de droits de douane sur un réseau de voies terrestres bien structuré. C’est la fin des conquêtes militaires qui signe progressivement la fin de l’empire.

• Empire Chinois (618-1126)

Sous la dynastie Tang et Song, la Chine se dote d’un puissant système administratif et favorise parallèlement un système d’irrigation sophistiqué permettant 2 récoltes de riz par an. Au XIe siècle, l’industrie chinoise produit déjà autant de fer que toute l’Europe 600 ans plus tard. Elle invente le crédit bancaire et l’usage du papier-monnaie le tout porté par un commerce intense vers l’Asie centrale.

• Empire Arabe (632-946)

A la suite d’une formidable série de conquêtes militaires l’empire arabe se développe, juste après la mort du prophète Mahomet, de l’Espagne jusqu’à l’Afghanistan par le côté sud méditerranéen. A cette époque l’agriculture prospère (oranges, citrons), les sociétés conquises payent des taxes, un artisanat très qualifié apparaît, un monopole s’établit dans les échanges entre l’Orient et l’Occident. C’est aussi le début de la comptabilité, des découvertes en mathématiques, astronomie, philosophie et médecine qui se diffusent ensuite dans toute l’Europe.

• Empire Ottoman (1260-1922)

Plaque tournante entre l’Europe et l’Asie, l’empire Ottoman dont la capitale en 1453 devient Istanbul (Ville de l’Islam et ancienne Constantinople chrétienne) s’étend sur 4 millions de km? de la Méditerranée aux rives de la mer Caspienne. Cet empire particulièrement prospère dans son premier siècle est surtout le fait du sultan Soliman le Magnifique (1494-1566). Il s’arroge le commerce des épices, de la soie, du cuir, du coton, de la laine et des matières premières. Le déclin durant le XIXe siècle est surtout dû à une bourgeoisie peu entreprenante face aux initiatives maritimes d’autres pays européens.

• Empires Portugais et Espagnols (1492-1825)

Grâce aux découvertes de Christophe-Colomb, c’est la course à l’or et à l’argent pour l’Espagne dans le nouveau Monde (Mexique, Pérou) avec l’exploitation de mines de matières précieuses. Simultanément de nouvelles routes maritimes de commerce sont ouvertes par les Portugais qui établissent des comptoirs dans le monde entier et bénéficient d’une prospère période de négoce. Le traité de Tordesillas en 1494, arbitré par le pape, répartit les zones d’influence des 2 pays qui ainsi ne rentreront jamais en conflit d’intérêt.

• Empire Hollandais (1570-1700)
Premier laboratoire de l’économie moderne, la suprématie de la Hollande repose sur son commerce maritime d’importation d’épices d’Orient. Un négoce repris aux Portugais et aux Espagnols via la Cie des Indes basée en Indonésie, une sorte de multinationale de l’époque. Les Bataves qui disposent d’une flotte équivalente à celle de toutes les marines européennes inventent également le libre-échange avec des ports libres et des marchandises peu taxées.

• Empire Britannique (1680-1947)

Au milieu du XIXe siècle, il est courant de dire que la reine Victoria régnait sur 25% de la planète et que sur son empire «le soleil ne se couchait jamais». L’aventure commence au XVIIe siècle par la dotation d’une imposante flotte, puis de comptoirs commerciaux, capables de transporter et importer les métaux précieux en provenance des Amériques. Au XVIIIe siècle, les innovations techniques favorisent le décollage de l’industrie. Au XIXe siècle c’est l’expansion des «colonies blanches» (Canada et Australie) mais aussi de Singapour, HongKong, une partie de la Chine et de l’Inde. A cette époque, l’Angleterre produit la moitié du charbon et de l’acier de la planète.

• Empire Américain (1918 jusqu’à nos jours)
L’actuelle influence des Etats-Unis équivaut, toute proportion gardée, à celle écrasante de Rome dans l’Antiquité. Le pays de la libre entreprise produit actuellement près de 30% de la richesse mondiale et peut se vanter d’être le premier empire de l’histoire à ne posséder aucune colonie mais une armée capable d’intervenir n’importe où dans le monde. Son hégémonie, contestée dans de nombreux pays, repose sur l’implantation de très nombreuses multinationales animées par des principes de flexibilité de l’emploi, par le culte de la performance, l’innovation permanente, une recherche civile et militaire disposant de crédits énormes, ainsi qu’une culture alimentaire en expansion continue (Coca Cola, McDonalds…).

LA HOLLANDE, PRÉCURSEUR DU CAPITALISME

Si l’Europe a représenté près de la moitié du PIB mondial en 1870 (45,3%), sa part n’a cessé de se réduire (presque par 2) au cours du temps. En supposant que le G8 ait existé en 1500, l’Inde et la Chine en auraient fait partie en cumulant, à l’époque, près de la moitié des richesses mondiales. Il est vrai qu’au temps de François 1er, le niveau de vie en Europe était quasi-identique à celui des contemporains de Jésus-Christ. C’est grâce notamment aux coups de boutoir de la bourgeoisie hollandaise du XVIIe siècle, principalement protestante, que les droits politiques ont peu à peu pris le dessus sur l’omnipotence de l’Eglise et ses interdits en favorisant alors l’émergence des principes du capitalisme. Rappelons qu’à cette époque, la France Colbertiste gère une économie repliée sur elle-même et fortement anémiée prise dans un carcan incroyable de réglementations et de corporatismes, faisant que tout importateur pris sur le vif est immédiatement «pendu et étranglé».
Le véritable mouvement de libération de l’économie a commencé en Hollande vers les années 1650, pays des Bataves, qui fort d’une flotte gigantesque fondent des comptoirs aux Indes et sur les îles de la Sonde en inondant ensuite l’Europe de draps. La Hollande invente la Bourse moderne et rend son agriculture beaucoup plus productive avec l’apport d’engrais naturels et l’utilisation de techniques de pointe. A cette époque, le rendement des polders et la productivité des paysans chassent définitivement le spectre de la famine et libère du temps pour s’intéresser à d’autres formes d’activité. Dans le même temps, alors qu’en France il faut 9 familles paysannes pour faire vivre une famille en ville, une seule en hollande suffit amplement.

Part des grandes régions du monde dans le PIB mondial en % :

                1500        1870        1998
Asie         61,7%      38,3%     37,2%
Europe     29,8%      45,3%        26%
Afrique       6,6%        3,6%       3,1%
Etats-Unis   0,1%        8,9%      21,9%
Autres        1,8%        3,9%      11,8%
Source : Angus Maddison

L’ANGLETERRE UN MODÈLE INDUSTRIEL

L’économie capitalistique prend un nouveau tournant avec l’arrivée, un demi-siècle plus tard, de l’Angleterre géorgienne. La première usine du monde est créée, sans le savoir, par Richard Arkwright en 1769 qui, pour produire plus de coton moins cher, construit une grosse machine textile et embauche des ouvriers pour la servir. La machine à vapeur inventée par Denis Papin, un français chassé en 1685 lors de la révocation de l’Edit de Nantes et installé depuis en Angleterre, fait le reste. Un siècle plus tard, les Middlands sont couverts de hauts-fourneaux, de mines de charbon et d’établissements industriels, alors que les Français sont encore aux champs et commencent la «Révolution Française».
Depuis cette époque, l’activité économique mondiale n’a cessé de s’accélérer en vue d’un enrichissement permanent : innovations techniques, chemins de fer, mouvements de capitaux, grands magasins, électricité, révolution informatique, mondialisation… Alors qu’au XVIIe siècle, le taux de croissance annuel de l’économie mondiale est encore quasiment nul, il passe à 0,2% au XVIIIe siècle, à 1,3% au XIXe siècle et à 2,1% au XXe siècle. Au cours du siècle dernier, les inégalités en France ont même chuté de presque 60% alors même que la production de céréales a été multipliée par 14.

• Exemple de progrès constatés dans l’industrie textile en 1 siècle :
1. En 1900 dans une usine de textile du Nord de la France
Temps de travail quotidien : 10 heures, 6 jours sur 7
Vacances : aucune
Espérance de vie : 50 ans

2. En 1950 dans une usine de filature du Nord de la France
Temps de travail quotidien : 8 heures, 5 jours sur 7
Vacances : 2 semaines/an
Espérance de vie : 69 ans

3. En 2000 dans une usine automatisée de rouleaux de tissus en Bretagne
Temps de travail quotidien : 7 heures, 5 jours sur 7
Vacances : 5 semaines/an
Espérance de vie : 76 ans


Les grandes découvertes du néolithique dans l’agriculture et l’artisanat qui ont favorisé l’expansion progressive de l’économie :

9000 avant JC (canots creusés dans des troncs)
8500 avant JC (Moyen-orient) Chèvre, blé
7900 avant JC (Chine, Turquie) Poterie
7500 avant JC (Chine) Cochon, riz
6500 avant JC (Judée) Tissage
5600 avant JC (cuivre) Métallurgie
3500 avant JC (Amérique du Sud) Lama, pomme de terre   
3500 avant JC (Amérique centrale) Dinde, maïs
3200 avant JC (Mésopotamie) Ecriture

UNE PRODUCTIVITÉ HORAIRE MULTIPLIÉE PAR 50

En 1820, un américain était en moyenne 3 fois plus riche qu’un Africain. Il l’est aujourd’hui 20 fois plus. Pour nourrir l’humanité, la production de céréales a été multipliée par 42 depuis l’an 1000 (43 millions de tonnes) pour atteindre les 1 800 millions de tonnes en 1990. Des premiers engrais chimiques (1830) en passant par la charrue à vapeur (1840) et le tracteur (1890), la continuité des innovations agricoles a fait exploser la productivité des céréaliers avec, par exemple, le cas du blé aux Etats-Unis qui permet de produire dorénavant 1 tonne en 2,6 heures de travail au lieu de 137,2 en 1800. Soit une productivité améliorée de 52 fois !
De la même manière, la productivité horaire a été multipliée par 50 depuis 1700 (0,57$) pour atteindre les 28,53$ en 1998. C’est par l’amélioration continuelle de la productivité horaire dans l’industrie que l’économie a pu se développer à vitesse grand V, en permettant aux hommes de profiter en retour d’un plus grand enrichissement et de meilleures conditions de vie. Cette productivité en Europe n’aurait pas pu se réaliser si l’exode rural vers les sites urbains n’avait été aussi massif avec, aujourd’hui, près de 70% de la population européenne vivant dans les villes (12% en 1700). Un autre élément majeur joue toujours sur les fondamentaux de la productivité dans le travail. Il s’agit de la qualification des individus obtenue grâce à une meilleure formation et à une durée moyenne des études qui a fait passer la date d’entrée dans le monde du travail de 11,5 ans en 1896 à 18,5 ans en 1996.

• PIB par heure de travail en Europe occidentale en dollars de 1990 :
    1000    0,38
    1700    0,57
    1913    3,12
    1950    5,54
    1973    16,21
    1990    24,06
    1998    28,53
Sources : Angus Madisson, Paul Bairoch

EVOLUTION DES ACTIVITÉS HUMAINES

Part de la population active au sein des pays développés, en % :

         Agric.        Indust.    Tertiaire

1800    74%        16%        10%
1913    40%        32%        28%
1970    10%        38%        52%
1995      5%        27%        68%


LA CONTRIBUTION DES TRANSPORTS AUX ÉCHANGES INTERNATIONAUX

Les échanges internationaux ont été littéralement dopés par le passage de la voile à la vapeur puis au diesel. Au XIXe siècle l’accroissement de la taille des navires a permis de diviser par 3 le coût des transports maritimes et contribué à favoriser l’explosion des échanges internationaux. De la même manière, l’extension du chemin de fer dans le monde passant de 7700 km de ligne en 1840 à près de 1,1 million permet de transporter, aujourd’hui, plus de 30 milliards de passagers chaque année. Depuis 1950 (31 millions), le nombre de passagers transportés chaque année dans le monde par l’aviation civile a été multiplié par 514 du fait des voyages d’affaires mais surtout par l’accroissement du tourisme (1,7 milliard de voyageurs en 2000).
La révolution des transports est surtout à l’origine de l’importance des exportations de marchandises dans le monde en ayant multiplié par 500 le volume de marchandises transportées et en représentant actuellement 17% du PIB mondial contre 4,6% en 1870. Ainsi, par exemple, la part des exportations de la France est passée de 2,5% en 1750 à 6% en 1830 pour atteindre les 23% à la fin du XXe siècle. Le raccourcissement des durées de transport et de voyage traduit tout le progrès réalisé. Alors qu’en 1750 il fallait 9 jours en diligence pour faire un Paris-Marseille, il n’en fallait plus que 12 heures en train en 1950 et seulement une heure et quelques minutes dorénavant en avion.

• Evolution des exportations de marchandises dans le monde, base 100 en 1800 :

    1700    40
    1800    100
    1950    2 433
    1998    49 716
Source : Angus Madisson, Paul Bairoch

UN IMPACT DIRECT SUR L’ENVIRONNEMENT

Le développement de l’économie n’est pas sans dommages collatéraux dont ceux notamment dus au réchauffement climatique et à la déforestation. Entre 1850 et l’an 2000, les émissions de CO2 (dioxyde carbone) dans l’atmosphère ont été multipliées par plus de 100. Elles ont même quintuplé depuis 1950. Ce sont principalement les transports et les industries qui en sont responsables. De manière conjointe, la superficie des forêts a diminué de près d’un tiers en 150 ans passant de 59,19 millions de km2 d’aires forestières à l’échelle mondiale (1850) à 38,7 en 2000 accentuant encore le phénomène CO2, car ce sont les arbres qui l’absorbent le mieux.

• Emissions de gaz carbonique dans l’atmosphère en millions de tonnes de carbone :
    1800    8
    1950    1 630
    2000    6 457
Source : CDIAC


DES CONDITIONS DE VIE INCOMPARABLES

Dans les pays occidentaux, l’essor de l’économie est concomitant avec le développement démographique et la condition de vie des ménages. Depuis l’an 0 (230.820 hab.) et jusqu’à l’an 1000 période durant laquelle le rythme d’augmentation annuelle de la population mondiale plafonnait à 0,17%, celui-ci s’est brusquement accéléré à partir de 1820 pour atteindre les 1,66% à la fin du XXe siècle (plus de 6 milliards de terriens). Alors que d’importantes distorsions existent encore actuellement dans l’augmentation annuelle des populations (Europe 0,32% et Afrique 2,73%), le nombre de naissances pour 1 000 hab. en Europe de l’Ouest est passé de 37,4 en 1820 à 10 en 1998. De manière concomitante, alors que l’on mourait à 33 ans sous le règne de Louis XIV, l’espérance de vie est actuellement de 77 ans dans les pays occidentaux. Les nations du tiers-monde qui sortent peu à peu du sous-développement tendent à suivre progressivement le même rythme de baisse des naissances et d’augmentation de l’espérance de vie.
Côté niveau de vie, les occidentaux sont devenus, en seulement 1 siècle, 6 fois plus riches (19 558$/hab.) que leurs grands-parents qui ne disposaient en 1913 que de 3 648$ par an, soit l’équivalent actuel du revenu annuel moyen des habitants de l’Inde. Les gains de productivité conjugués aux avancées sociales (congés-payés, horaire réglementé, protection sociale…) ont également favorisé une baisse spectaculaire du temps de travail bénéficiant directement aux activités de loisirs. Ainsi de 2 945 heures travaillées chaque année par un actif en 1870, le seuil moyen est aujourd’hui de 1 503 heures, soit un temps de travail divisé par 2.

Espérance de vie à la naissance dans les pays occidentaux :
    1000-1300    24 ans
    1740            33 ans
    1850            40 ans
    1900            50 ans
    1999            77 ans
Source : Angus Madisson, Paul Bairoch

UNE LONGUE SÉRIE DE CRISES

L’évolution des conditions de vie tout au long de l’histoire n’est pas exempte d’une longue série de crises et de périodes noires (famines, épidémies, désastres monétaires, krachs boursiers…). Il est clair que la marche de la croissance et du progrès n’est absolument pas linéaire ni écrit d’avance. Si l’histoire nous a appris à atténuer les crises elle ne nous donne pas encore les moyens de les éviter ni de les prévoir.
En ce domaine, la meilleure parade consiste à s’y préparer en utilisant au mieux les richesses produites pendant les périodes fastes. Depuis la plus haute antiquité, l’alternance des bonnes périodes et des moins bonnes est un souci constant chez les gouvernants. La Bible ne prescrit-elle pas une année sabbatique tous les 7 ans, période durant laquelle les propriétaires sont tenus de vivre de leurs réserves. Ce principe fait écho à une prédiction de Joseph adressée au pharaon à son arrivée en Egypte, il y a 4 000 ans, indiquant que «Sept années de vaches grasses font suite à sept années de vaches maigres».
Sous un angle plus pragmatique, le principe établi par le pasteur Malthus à la fin du XVIIIe siècle s’est de nombreuses fois vérifié. Le malthusianisme affirme que le nombre de bouches à nourrir suit une progression géométrique ou exponentielle (1, 2, 4, 8, 16, 32…) alors que celui de la terre cultivée suit une progression arithmétique (1,2, 3, 3, 5…).
Pour lui, l’accroissement de la population est un danger pour la subsistance du monde dans le cadre d’un déséquilibre constant entre l’évolution démographique (plus rapide) et la surface productive (plus restreinte).
Aussi l’équilibre ne peut s’établir que lorsqu’il existe un contrôle des naissances et/ou que la mort emporte les plus fragiles. Aujourd’hui dans l’ensemble de pays occidentaux, toute la problématique des crises est principalement concentrée sur les krachs financiers et ses multiples impacts sur l’ordre économique local, voire mondial.

LES GRANDES DATES DE L’ECONOMIE EUROPÉENNE


• 0-200 : Apogée de l’Empire Romain
Grâce à l’absence de guerre (pax romana), il existe une réelle prospérité économique.
• 400-500 : Invasion des barbares
L’Empire romain est mis à mal par l’arrivée des Vandales et des Wisigoths en provoquant alors une forte récession.
• 1000-1300 : Le renouveau médiéval
Une relative aisance est à nouveau retrouvée grâce aux innovations techniques, agricoles et commerciales.
• 1300-1400 : Les fléaux en Europe
La guerre de Cent Ans, la peste, le refroidissement du climat, les récoltes calamiteuses, l’envolée des prix, engendrent une récession interminable et voit près de 30% de la population européenne décimée. Une hécatombe 6 fois supérieure à celle des 2 guerres mondiales du XXe siècle. Il faudra près de 100 ans pour que la conjoncture s’inverse.
• 1490-1600 : L’ouverture à l’international
La découverte de nouvelles terres aux Amériques et aux Indes, grâce aux exploits de grands navigateurs européens (Christophe Colomb, Magellan…), ouvre une ère d’échanges internationaux ininterrompus par voie maritime (métaux précieux, épices…).
• 1720 : 1ère crise monétaire en France
Déroute du système fondé par John Law, un Ecossais qui avait introduit le papier monnaie dans le royaume de Louis XIV. 
• 1787-1789 : La Révolution française
La conjonction de mauvaises récoltes céréalières, un prix du pain qui bondit de 50%, un pouvoir d’achat anémique chez les paysans et les prolétaires, une production textile qui s’effondre de moitié par manque de marché rural, un marché du bâtiment qui languit et un chômage en hausse, sont les éléments déclencheurs ayant favorisé le déferlement dans la capitale de 40 000 parisiens, surtout des petits bourgeois et artisans. La prise de la Bastille symbolisant le «ras de bol» du peuple devient un exutoire collectif après plusieurs semaines de tension, de manifestations et de pillages des boulangeries.
• 1789 : 2e crise monétaire en France
Faillite des assignats émis par l’Assemblée constituante de 1789 destinés à gager les réformes de la Révolution.
• 1842-1847 : L’essor du chemin de fer
Alors que la «railwaymania» est un sujet de conversation quotidien dans tous les villages anglais, cette nouvelle économie compte bientôt 600 nouvelles compagnies ferroviaires. Il s’ensuit alors une spéculation frénétique créant une bulle financière qui explose en 1846 et précipite la débâcle de Londres et de Paris. Elle favorise, parallèlement en France, après 2 années de moissons catastrophiques de céréales, une insurrection dans la capitale et le renversement de la monarchie en février 1848 par des cohortes d’ouvriers sans argent et le ventre creux.
• 1882 : Faillite de la Banque de l’Union générale
Cette banque fondée en 1878 par Eugène Bontoux, un polytechnicien, compte parmi ses actionnaires des aristocrates et des ultracatholiques lyonnais. Alors que le 5 janvier 1882 son action flambe suite à des prises de bénéfice incroyables (3600 francs) jugées scandaleuses (distribution de dividendes fictifs, hausses factices des cours, souscriptions simulées) le cours chute brutalement le 20 du même mois à 1 200 puis à 500 francs, jusqu’à ce que l’Union cesse ses paiements. Pour se défendre le banquier accuse alors la finance juive de l’avoir «assassiné». Ce krach est le premier du genre à avoir alimenté un stéréotype antisémite convainquant pendant longtemps les Français que la bourse est un lieu de perdition.
• 1920 : Le plongeon du mark
Entre 1913 et 1919, la circulation monétaire en Allemagne gonflée par d’incessants besoins de crédits militaires passe de 3 à 22 millions de marks. En 1922, sous la pression folle de l’inflation, les prix de gros sont multipliés par 1 500, ceux du détail par 700, les salaires par 500. En 1923, Berlin laisse alors chavirer volontairement sa monnaie lorsque les vainqueurs Français et Belges exigent du vaincu le paiement des réparations. A cette époque, les magasins ajustent les étiquettes 3 fois par jour, le montant de l’addition dans les restaurants double au cours du repas et l’on fait ses courses avec une brouette de billets. C’est en avril 1924 que le mark retrouve enfin sa définition or de 1871 à savoir 352,42 milligrammes d’or fin.
1929 : Les effets du krach de Wall Street
Le jeudi 24 octobre 1929, les cours de Wall Street s’effondrent après un pic spéculatif anormal faisant que, en quelques heures seulement, 13 millions de titres sont vendus plus 16 millions le mardi suivant annulant ainsi d’un coup la hausse des 12 derniers mois. Toute l’économie américaine est alors entraînée dans une spirale déflationniste jusqu’en 1932 avec une bourse qui perd de 80 à 85% de sa valeur mais aussi une pléthore de petits actionnaires ruinés, des milliers de petites entreprises obligées de fermer et une multiplication de faillites bancaires. Le nombre de chômeurs passe de 1,5 million à 12 millions en 3 ans alors que le commerce mondial chute de 2/3 durant cette même période. Par effet domino, la Grande-Bretagne est obligée de laisser flotter sa livre sterling et subir une cascade de dévaluations.
La plus grande banque d’Autriche est acculée à la cessation de paiement alors les files de chômeurs s’allongent chaque jour un peu plus en France. C’est également l’époque où Hitler est nommé chancelier le 30 janvier 1933, avec un parti nazi qui franchit allègrement la barre des 37% contre 2,6% en 1928.
1974 : Quadruplement du prix du pétrole
Pour la première fois depuis 1929, le spectre de la crise et de la pénurie ressurgit. Les ministres de l’Opep annoncent une réduction de 5% par mois de leur production tant que «Les Israéliens se soient complètement retirés des territoires occupés et que les droits légaux du peuple palestinien aient été restaurés».
Cette position est prise à cause de l’annexion par Israël des territoires palestiniens dont l’objet est de sécuriser ses frontières, suite à l’attaque surprise menée le 6 octobre 1973 par les Egyptiens et les Syriens contre l’Etat Hébreu. Il s’agit de la guerre éclair du Kippour gagnée en 7 jours par Israël.
De manière simultanée dans tous les pays occidentaux on assiste alors à l’arrivée d’une inflation à 2 chiffres (plus de 10%), une production industrielle qui chute, des taux de profit qui baissent et un chômage structurel qui augmente.
2000 : Explosion de la bulle Internet
Entre septembre 2000 et mars 2003, le CAC 40 a perdu 65% comme en 1929. La débâcle de la «nouvelle économie» du Net a été une nième fois précédée comme, dans la plupart des autres crises historiques, par une période d’euphorie.
On pensait, encore une fois, que les cours pouvaient grimper indéfiniment et que l’humanité entrait pour de bon dans une période de prospérité sans fin !

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