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JDP N° 88 : Formation - Loi sur l'autonomie des universités, réformes, grandes écoles, formations en alternance
Article complet
Date : 31/01/2008
LA BATAILLE DU SAVOIR EDUCATION = CROISSANCE
Source : Unesco LES DIPLÔMÉS DU SUPÉRIEUR Part en % des diplômés du supérieur chez les 25-34 ans (base 2003) :
Source : OCDE ETUDIANTS SANS DIPLÔMES La France est le seul pays riche où les étudiants peuvent s’inscrire sans aucune sélection dans n’importe quelle filière universitaire. Au final, 4 étudiants français sur 10 ne parviennent pas à décrocher leur diplôme. • Proportion d’étudiants quittant l’université sans diplôme (base 2005) : 41% France 34% Etats-Unis 30% Allemagne 17% Royaume-Uni 6% Japon Source : OCDE LES ABANDONS PAR DISCIPLINE, EN FRANCE • Proportion par spécialité d’étudiants inscrits en 1er cycle (hors IUT) qui ont quitté l’Université sans diplôme. AES (administration économique et sociale) 38% Sciences humaines et sociales 32% Langues 32% Droit 28% STAPS (activités physiques et sportives) 22% Sciences éco 19% Lettres 10% Sciences de la vie, Sciences fondamentales 9% Source : Ministère de l’Education nationale/DEPP (Direction de l’Evaluation de la Prospective et de la Performance) LA LOI SUR L’AUTONOMIE DES UNIVERSITÉS UN PEU D’HISTOIRE En 1871, après la défaite de Sedan contre les prussiens signant la fin du règne de Napoléon III, l’une des principales causes d’humiliation nationale fut celle de l’inexistence d’un véritable enseignement supérieur en France. A cette époque, le pays faisait pâle figure en comparaison des prestigieuses universités allemandes. Aussi, dès la naissance de la 1ère République qui s’en suivit fut mis en place un nouveau projet universitaire «républicain» reposant sur 4 objectifs : • Rendre les universités autonomes avec des doyens élus et non plus nommés par le ministre. • Un recrutement des professeurs par cooptation et non par décision de l’administration. • La liberté de définir les programmes en cours alors qu’auparavant le ministère devait les approuver. • La liberté de définir les diplômes et disposer des droits d’inscription et d’examen, baccalauréat inclus. Déjà à l’époque pour beaucoup de conservateurs catholiques, d’élus politiques «Jacobins» et juristes, «L’université c’était l’Etat enseignant alors que l’autonomie des universités allait démanteler l’université» révèle Antoine Prost, historien et professeur émérite à l’université de Paris-I Panthéon-Sorbonne. C’est à partir de 1885 qu’un décret donne aux facultés la personnalité civile et le droit de recevoir des subventions, des dons et des legs ainsi que le droit d’utiliser de nouvelles chaires. Louis Liard, directeur de l’enseignement supérieur entre 1884 et 1902, est le principal promoteur de la réforme en revendiquant à l’époque qu’«A une révolution subite brusquant les choses, on préféra une évolution graduelle engendrant les réformes l’une après l’autre et permettant au besoin, de les reprendre et de les corriger. On ne se traça pas un plan définitif et immuable mais on se réserva de développer l’œuvre d’après la loi d’évolution qui ne pouvait manquer, si vraiment c’était œuvre vivante, de se dégager d’elle…» LES DATES CLÉS DE L’UNIVERSITÉ FRANÇAISE En plus de 3 siècles, l’université française a joué au «yoyo» selon les circonstances politiques en se réinventant à chaque fois. 15 septembre 1793 : La convention supprime les universités qui sont assimilées à des corporations en créant de grandes écoles spéciales : Normale sup, Ecole centrale des travaux publics (future polytechnique), Conservatoire des Arts et Métiers, Ecole des langues orientales, Ecole des Beaux-arts… 10 mai 1806 : Création de l’université impériale par Napoléon dont le baccalauréat devient le premier titre. Elle a le monopole de l’enseignement en France et contrôle 27 villes-académies. 14 Juin 1854 : Après la loi Falloux (1850) qui suspend l’université impériale, le législateur resserre le nombre d’académies à 17 en renforçant le pouvoir des recteurs sur des établissements ramenés à l’état de facultés. 10 Juillet 1896 : Les corps de facultés redeviennent des universités dotées de la personnalité civile. Elles disposent de conseils élus, sont maîtres d’une partie de leur budget, peuvent créer des chaires ou en supprimer, recevoir des donations… 12 novembre 1968 : Les facultés sont démantelées avec la loi Faure. Les séparations et regroupements de disciplines se font sur des lignes politiques opportunistes. 26 janvier 1984 : La loi Savary renforce le contrôle administratif et la cogestion syndicale de l’université en créant 3 conseils. L’année suivante Jean-Pierre Chevènement donne à l’école l’objectif d’emmener 80% d’une classe d’âge au Bac. 1988-1991 : Création de 7 universités nouvelles à statut dérogatoire associant les régions au financement. En 1993, le Conseil constitutionnel juge ce statut non conforme et fait repasser les universités sous le régime Savary. 1999 : Harmonisation de l’espace universitaire européen à Bologne débouchant, en 2003, sur l’harmonisation des diplômes dans 40 pays autour du principe de LMD (Licence, master, Doctorat). 2003 : Premier classement mondial réalisé par l’université Jiao Tong de Shanghai plaçant la première université française citée à la 65e place mondiale ! 2006 : Loi Ferry sur la recherche 2007 : Loi Pecresse sur l’autonomie des universités Source : Enjeux LA CERTITUDE D’UN CHANGEMENT MAIS LEQUEL ? Près de 130 ans après, l’histoire se répète avec la loi sur l’autonomie des universités. Il est vrai que le modèle universitaire français étouffait dans le corset de la loi Savary de 1984. La nouvelle loi relative aux libertés et responsabilités des universités votée en août 2007 débloque une situation figée depuis plus de 20 ans. Elle place «enfin notre enseignement supérieur sur des bases lui permettant d’affronter la compétition internationale» affirme Valérie Pecresse, ministre de l’enseignement supérieur. Pour Jean-Pierre Finance, premier vice-président du CPU (conférence des présidents d’université), «La nouvelle loi sur l’autonomie des universités nous donne les outils qui nous permettront de mener nos projets avec plus d’efficacité et de rapidité. La mise en œuvre se fera en plusieurs étapes. D’ici un an, toutes les universités devront être passées sous le nouveau statut (définition du conseil d’administration, mode de recrutement du président). Elles ont 5 ans pour acquérir les compétences en ressources humaines et de globalisation budgétaire». Selon Axel Kahn, célèbre généticien français, «La loi sur l’autonomie votée cet été va faire des présidents d’université de véritables patrons. Ils pourront enfin changer les choses de l’intérieur». Il semble que cette nouvelle loi soit pourtant bien plus radicale qu’elle n’y paraît en faisant sauter les verrous d’un système hypercentralisé qu’aucun élu national n’avait osé réformer depuis 40 ans. Pour Thierry Coulhon, de l’Essec Cergy, «C’est comme si on enlevait les petites roues du vélo à un enfant» en considérant par là que tout peut arriver entre le meilleur et le pire au sein des 86 facultés françaises. Classement de l’université de Shanghai en 2005 sur les 100 premiers établissements mondiaux :
Source : Enjeux UN PROBLÈME D’ARGENT Avec un budget annoncé de 5 milliards d’euros sur 5 ans très insuffisant selon Philippe Aghion, professeur et économiste à Harvard, la nouvelle réforme des universités est vouée à créer de grandes distorsions entre les facs en pénurie de moyens matériels et humains et les grandes facultés de Paris et de Province. Selon lui, «Si l’on veut ramener notre enseignement supérieur au meilleur niveau, il faudrait investir plus de 30 milliards» soit 6 fois plus que ce qui est proposé et ce, d’autant plus, que ce chamboulement nécessaire ne s’accompagnera d’aucune création de postes supplémentaires en 2008. Pour ce membre du conseil d’analyse économique (CAE) réputé comme étant l’un des plus fins connaisseurs des systèmes éducatifs anglo-saxons, il est clair qu’il existe en France «Des économies de rattrapage ou d’imitation et des économies d’innovation. Après la guerre et jusqu’en 1970, notre université a été bien adaptée à un objectif de rattrapage. Hélas nous avons omis de la transformer ensuite pour en faire un outil d’innovation comme les économies leaders». Ce diagnostic est également critique contre la phase actuelle de réforme des universités en insistant sur le fait que «L’autonomie seule ne peut suffire. Sans une injection massive d’argent, la réforme risque même d’avoir des effets négatifs». Dans une récente étude qu’il vient d’ailleurs de publier sur les facs européennes et américaines, Ph. Aghion indique que seulement «1,3% du PIB européen est consacré à l’enseignement supérieur et à la recherche contre 3,3% aux Etats-Unis. Nous dépensons moins de 10 000 euros par étudiant contre 35 000 euros outre-Atlantique.» DÉPENSE ANNUELLE PAR ÉTUDIANT En euros (base 2005) : 21 566 Etats-Unis 9 130 Royaume-Uni 7 330 France 7 282 Allemagne 7 223 Irlande 6 563 Espagne Source : OCDE LES PRINCIPAUX CHANGEMENTS Il existe donc une forte probabilité pour que les facultés fassent sérieusement le ménage dans les prochaines années en fonction du charisme de leur président et de sa capacité à résister aux pressions des collectivités locales. Comme les tribunaux, les hôpitaux ou les gares SNCF, les élus feront tout pour conserver leurs universités car elles représentent un élément majeur du tissu économique local. Un autre aspect majeur de la réforme concerne l’obtention d’argent du secteur privé dont l’afflux risque de conduire à une répartition très inégale selon les zones géographiques. Rappelons que la réforme ne concerne pas le financement des facs qui reste soumis au système Sanremo lequel subventionne à 80% les universités. Un système dénoncé comme absurde car «Il encourage les facs à bourrer les amphis, même dans les filières saturées (psycho, socio, lettres…) en allouant les crédits non en fonction des performances mais du nombre d’inscrits». La nouvelle réforme des universités induit les changements suivants : • Election du président de l’université Alors qu’autrefois il fallait passer par 3 collèges distincts (conseil d’administration, scientifique et vie universitaire) supposant des tractations syndicales et politiques sans fin, désormais «L’assemblée des soviets, c’est fini» sachant que le président est élu par un conseil resserré (entre 20 et 30 membres). • Nouveau pouvoir de décision du président Alors que «Dans l’ancien système nous devions obtenir le blanc-seing de nos administrateurs pour la moindre peccadille», un vrai système soviétique déplore Guy Cousineau président de Paris-Diderot, dorénavant le patron de l’université prend la haute main sur la gestion courante de son budget. Il lui devient possible de nommer les membres des «comités de sélection» chargés de recruter les professeurs. • Faible contre-pouvoir Le risque de copinage et de confiscation du pouvoir au sein de l’université redevient possible sachant qu’en l’état de la réforme il n’y a pas de contre-pouvoir interne pour contrôler l’action des présidents. D’après Daniel Laurent, ancien président de Marne-la-Vallée «Il y aura bien des personnalités extérieures dans les conseils mais…ce sont les présidents qui les désigneront». • Recrutement hors des grilles de la fonction publique Sachant que jusqu’à présent la rémunération des professeurs et des intervenants était plafonnée, la loi permet de faciliter le recrutement avec une rémunération plus élevée pour certains professeurs, chercheurs de renom et mêmes cadres du privé spécialistes de la finance, du contrôle de gestion ou des RH. Auparavant seul le contrat temporaire était autorisé, aujourd’hui le CDI devient possible pour les bons intervenants jugés au-dessus du panier. • Nouvelles latitudes pour la gestion des effectifs Jusqu’à maintenant la rémunération de tout le personnel (enseignants, chercheurs, administratifs) était assuré par l’Etat. Avec la nouvelle donne, le budget des universités sera géré en interne avec la possibilité d’affecter les ressources comme bon semble au président à la manière des entreprises du privé. Naturellement, il n’est pas question de se séparer des fonctionnaires qui constituent la majorité du personnel. Les remplacements s’effectueront au fil des départs à la retraite. Les achats de matériels et les investissements pourront dorénavant se faire sans attendre les décisions de Paris. • Problème possible de «bug» Dans un premier temps, la nouvelle révolution budgétaire risque de poser de sérieux problèmes. En effet selon la Cour des comptes, «Les services financiers des campus sont aujourd’hui incapables de produire une comptabilité analytique et de calculer le coût réel des formations». • La fin d’un système pyramidal Avec la nouvelle loi, le patron de l’université pourra déléguer sa signature pour les décisions de moindre importance. Pour Yves Guillotin, président de l’université du Mans, c’est la fin d’un «système pyramidal hypocrite où chacun se protège en faisant remonter la décision à son supérieur.» • Liberté de s’organiser Avec la réforme, les universités vont redécouvrir la liberté de s’organiser et pouvoir gérer avec plus de rationalité leurs implantations que l’ancien système avait conduit à disséminer un peu partout. Dans certains cas «tout cela était géré en dépit du bon sens» confirme un magistrat de la Cour des comptes. Avec l’autonomie de gestion, la tendance sera également au rapprochement, voire à la fusion de certaines universités, assure Jean-François Dhainaut, ex-président de Paris-Descartes, pour qui «Aujourd’hui, la France abrite 86 universités alors qu’il en faudrait tout au plus 25 pour résister à la concurrence étrangère». Même sentiment de la part de Yvon Berland, président d’Aix-Marseille-II, affirmant que «Pour faire face au manque de moyens, nous n’avons pas le choix : nous devons mutualiser nos forces». • Devenir propriétaire ou non des murs La nouvelle loi crée un véritable dilemme en proposant aux universités, de manière facultative, de devenir propriétaire des murs (au lieu d’en être locataire) sans débourser pour cela un cent d’euro mais en s’engageant, en contrepartie, à les rénover au risque de se ruiner. Cette solution offre toutefois l’avantage de supprimer les interminables procédures administratives pour la réfection et les travaux. • Accès à l’argent du privé Si pendant très longtemps le financement des facs par le secteur privé a été jugé dégradant, il devient aujourd’hui à la mode face à la pénurie de crédits publics. L’appel à ressources auprès des entreprises est un axe fort de la réforme car il doit permettre de lancer beaucoup plus facilement des fondations d’entreprises et de nouvelles chaires universitaires. L’intérêt pour les donateurs privés est de profiter d’une belle carotte fiscale avec 60% des sommes versées déductibles de l’IS. Entre jackpot pour les uns et pénurie pour les autres dans les régions faiblement industrialisées, la manne financière va obligatoirement créer un effet «pôles de compétence» obligeant les universités à se recentrer sur des spécialités locales. • Evaluation des universités La nouvelle Agence nationale d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (100 salariés et 3000 experts extérieurs) est chargée d’évaluer la performance des universités. Les principales missions des enquêteurs seront notamment de contrôler l’activité des labos, la qualité des formations et le degré d’insertion professionnelle des étudiants. LES CHERCHEURS FONCTIONNAIRES Selon la Cour des comptes, les chercheurs français ne seraient pas vraiment motivés en relevant que 3 sur 4, en moyenne, n’écrivent aucun article scientifique. Doté à la base d’un relatif faible salaire et de peu de considération, il est vrai que le système français n’encourage pas vraiment les récompenses au résultat pas plus d’ailleurs que la sanction pour ceux qui «bullent». • Pourcentage d’enseignants-chercheurs qui n’écrivent pas d’articles scientifiques : 91% Chimie 82% Physique 77% Maths 75% Sciences sociales 68% Sciences humaines Source : Cour des comptes QUELLES RÉFORMES POUR L’UNIVERSITÉ ? DES CONTRADICTIONS FRAPPANTES Il semble que l’université soit un condensé de la société française avec ses forces mais aussi ses faiblesses. Parmi celles-ci : une insuffisance de moyens financiers et techniques, un taux d’échec important en premier cycle, un lien formation-emploi non efficace, des enseignants fonctionnaires peu «professionnels» ou pour le moins faiblement concernés par l’esprit et les enjeux de l’entreprise… Tout cela fait que l’université française a eu du mal à se reformer de l’intérieur d’où le coup de pouce de la nouvelle loi. Dans ce contexte dégradé les grands perdants sont naturellement les étudiants même si la majorité d’entre eux (IUT, BTS, 3e cycle) étudient dans des conditions qui, sans être idéales, soutiennent la comparaison avec celles des étudiants des autres pays riches. En revanche, ceux qui suivent les filières universitaires généralistes sont fortement pénalisés pour une raison majeure : c’est que l’on dépense entre 1,5 et 2 fois moins par étudiant que dans les filières sélectives. Il en ressort mécaniquement une différence notable au niveau du taux d’encadrement beaucoup moins important et offrant un moins bon suivi par les enseignants que dans le cadre sélectif, alors que justement ce sont les élèves les plus faibles qui en auraient le plus besoin ! Effectifs dans l’enseignement supérieur en 2006-2007 Sur un total de 2 254 000 étudiants répartition selon le type d’établissements : 1 074 000 Universités 275 000 Grandes écoles et classes prépa. 246 000 IUFM, écoles d’art, univ. technologique… 228 300 STS 185 000 Médecine, pharmacie 131 700 Ecoles paramédicales et sociales 113 800 IUT Source : Ministère de l’Education nationale ALLER BEAUCOUP PLUS LOIN Pour résumer la situation dans l’enseignement supérieur, il est possible de dire qu’il existe d’un côté les «privilégiés» répartis dans les filières sélectives (grandes écoles, écoles de commerce…) et de l’autre, dans un ordre d’importance quasi identique, les «non privilégiés» apprenant au sein de facultés universitaires ouvertes (lettres, sciences humaines, droit, économie, administration économique et sociale, sciences dures…). Pour réduire le constat inégalitaire de cette division de l’enseignement, il s’agit globalement de faire en sorte que le nombre de places augmente dans les filières sélectives et d’améliorer les moyens financiers comme l’encadrement dans les filières universitaires. Un autre problème est que, jusqu’à présent, les universités françaises n’ont pas su répondre complètement au défi des débouchés professionnels même en développant des formations spécifiques de nature à concurrencer les filières sélectives et les écoles privées. Même en rendant l’offre de formation universitaire plus attractive et compétitive, il existe structurellement deux autres difficultés rencontrées du fait de la masse d’étudiants et de l’allongement des études sans objectif professionnel final. Pour la sociologue Marie Duru-Bellat, il faut aller beaucoup plus loin sachant qu’«Il est nécessaire, au stade où nous en sommes, de raisonner davantage en termes de contenus qu’en termes de niveau, en termes de qualité qu’en termes de quantité». En fait, selon elle, l’enjeu n’est pas tant de transformer des filières universitaires qui ont vocation, par définition, à diffuser un enseignement éloigné des préoccupations directes du monde du travail mais d’acquérir les compétences nécessaires pour s’adapter à différentes situations professionnelles. COÛT D’UN ÉLÈVE ET D’UN ÉTUDIANT La France consacre plus d’argent aux lycéens et aux classes prépas (afin de satisfaire les puissants syndicats du secondaire) qu’aux étudiants en fac. Cette aberration est unique au sein des pays développés. Coût pour l’Etat d’un élève ou d’un étudiant en euros (base 2006) : 13 560 Classes préparatoires 13 360 BTS 10 890 IUT 10 170 Lycée 7 400 Collège 7 210 Université Sources : Ministère de l’Education nationale, OCDE L’ENGAGEMENT DES ETATS % des dépenses consacrées à l’éducation en primaire-secondaire et dans le supérieur en % du PIB (base 2002) : Primaire-Secondaire Supérieur Danemark 2,7 4,8 France 1 4,1 Etats-Unis 1,4 3,8 Moyenne OCDE 1,3 3,7 Allemagne 1,2 3,1 Source : OCDE LEVER LES POINTS NOIRS L’une des principales urgences dans la réforme des universités passe par l’amélioration des conditions d’études. Pour cela, il faut accroître les dépenses publiques et territoriales consacrées à l’enseignement supérieur. Cette amélioration passe par de meilleurs services aux étudiants (résidences universitaires, bibliothèques…) mais surtout par un renforcement de l’encadrement et du suivi des jeunes. Un autre point noir bien connu au sein de l’université française réside dans le fait que les enseignants-chercheurs n’ont aucun intérêt professionnel à prendre en charge les étudiants. Au contraire, moins ils passent de temps avec leurs élèves, plus les enseignants peuvent valoriser leurs propres travaux même si la majorité d’entre eux n’est pas carriériste et s’investit dans le suivi. De l’avis d’une enseignante «Même si on trouve un intérêt personnel à passer du temps avec les étudiants, cette activité n’étant pas valorisée on s’y investit moins que l’on ne devrait.» En terme de conditions de vie des étudiants, il est vrai que leur relatif dénuement financier constitue une cause d’échec dans le premier cycle. En cela, le système d’aide sociale et les bourses d’enseignement supérieur restent très insuffisants en créant de graves dysfonctionnements dans le système. Les montants alloués sont faibles et surtout les enfants des catégories moyennes en sont le plus souvent écartés. Dès lors pour financer une partie de leurs études et les contingences alimentaires et de logement, les 3/4 des étudiants sont obligés d’exercer un job au moins une fois dans l’année. Selon l’Observatoire de la vie étudiante, 20% travaillent à mi-temps notamment dans les filières généralistes car les filières sélectives interdisent ce double emploi du temps rémunéré. LE PLAGIAT PAR LES ÉTUDIANTS Un professeur de marketing et de communication à l’université de Genève, Michelle Bergadaà, a décidé de lever le voile sur une pratique très répandue dans le monde universitaire : le plagiat sur l’Internet en pratiquant le copier-coller. Il existe, selon elle, 5 catégories d’étudiants usant de cette habitude en considérant que c’est la fréquence de cet acte «déviant», tout comme le fait de pouvoir s’en vanter auprès de ses pairs, qui caractérise le plagiat. Typologies proposées par l’intéressée : • Le non plagieur C’est celui qui n’a triché qu’une fois ou deux en fonction d’occasions rencontrées par hasard, n’autorisant pas à considérer ce étudiant comme un véritable «plagieur». • Le bricoleur L’étudiant de ce type structure ses connaissances par lui-même. Son problème principal avec la toile, est qu’il ne sait pas ce qu’est une information fiable et valide. Il ne s’oppose pas au système universitaire, mais il joue avec. En ne canalisant pas cette tendance, le risque pour lui est de perdre sa capacité de création et de réflexion. • Le tricheur L’étudiant de type «tricheur» va se fier essentiellement au comportement de ses pairs. Comme il lui semble que beaucoup plagient, il va en faire autant. Son problème principal c’est qu’il ne sait plus vraiment ce qu’est la norme institutionnelle et ce qui est valorisé. Il critique moins le système que le profil précédent, car en fait il est discipliné. Il risque de «payer pour les autres» en se faisant prendre en flagrant délit de plagiat et trouvera cela profondément injuste. • Le manipulateur L’étudiant de type «manipulateur» va se fier à ses propres valeurs lesquelles justifient le plagiat à ses yeux. Son principal problème est qu’il ne sait plus s’il y a ou non des normes institutionnelles ou si celles-ci ont un sens dans la société. Il risque de ne jamais vraiment s’intégrer à sa formation et d’usurper ses diplômes. Le problème avec lui est de pouvoir lui inculquer les valeurs et les normes en place. • Le fraudeur L’étudiant de type «fraudeur» va se fier au résultat de ses actions/risques en étant indifférent au système et aux autres. Il se vante même avec satisfaction de son comportement et profite du système pour avoir son diplôme. Mme Bergadaà confirme que «L’analyse des écrits des professeurs montre que ces derniers ont de la difficulté à définir clairement la différence entre «la copie», «la triche», «le plagiat» et «la fraude». Les étudiants, quels que soient leur profil, n’ont pas d’état d’âme à ce sujet. Pas davantage qu’ils n’en n’ont dans leur relation avec leurs professeurs quand il s’agit de plagiat : il n’y a pas de lien. Que les professeurs se rassurent. Cela ne signifie pas que les étudiants manquent d’estime à leur égard. Mais il semble que la relation académique entre le professeur qui prodigue des connaissances, l’évaluation des connaissances acquises et le contrôle et l’application de sanction ne soit pas claire.» Source : http://www.responsable.unige.ch LE PROBLÈME DES FORMATIONS UTILITARISTES Un autre point noir souvent reproché concerne l’inadaptation de l’enseignement supérieur universitaire au marché de l’emploi. Pour Jean-Robert Pitte, président de Paris IV-Sorbonne, le constat est cruel car «Nos universités sont devenues des machines à fabriquer des demandeurs d’emploi pour une raison évidente : elles n’ont pas le droit de sélectionner leurs étudiants, quelles que soient les disciplines». Il en résulte dès lors une tendance «lourde» que l’on peut traduire par la notion de formation utilitariste. Une vision de la formation qui fait qu’un grand nombre d’étudiants s’intéresse moins à leurs études qu’au diplôme censé être un sésame pour l’emploi. Ce phénomène conduit certains à rester sur les bancs des facs plusieurs années afin d’éviter de se confronter aux difficultés qui les attendent au moment de chercher un emploi. De la même manière, plus d’un tiers des étudiants s’entasse dans les universités sans autre perspective qu’un hypothétique concours public. Naturellement, l’université n’en n’est pas directement responsable puisqu’il s’agit de choix personnels mais elle entretient tout de même le phénomène par manque d’orientations judicieuses et de formations spécifiques adaptées à l’évolution constante d’un grand nombre de métiers. LA SÉLECTION UNIVERSITAIRE Un grand aspect entrevu de la réforme mais non retenu dans la nouvelle loi concerne la sélection des étudiants à la fac. Alors que les lycéens la craignent et que les syndicats d’étudiants la pourfendent, nombreux sont ceux qui affirment que celle-ci existe déjà dans les faits même si certains comme Jean Robert Pitte affirment que «Seule la sélection permet d’arriver à l’excellence» ajoutant également qu’«Il faut réhabiliter l’entreprise privée parmi les universitaires et les étudiants». Il prône d’ailleurs la suppression du Bac en le jugeant discrédité par un taux de réussite faramineux car «Il précipite chaque année des milliers de jeunes vers un échec quasi écrit d’avance». Une position contestée par Jean Pierre Finance du CPU qui souligne que «Sélectionner à l’entrée de l’université n’est pas dans la tradition française : le Bac est l’examen d’entrée à l’université». Pour ce porte parole des présidents d’université, «C’est facile d’être excellent en sélectionnant la crème des bacheliers. Mais comme les grandes écoles ne font quasiment pas de recherche, notre système conduit à tenir les meilleurs cerveaux éloignés de la recherche : c’est catastrophique pour notre capacité d’innovation.» Encore plus pragmatique, Jean Boisivon, professeur à Panthéon-Assas et délégué général de l’Institut de l’entreprise, indique que «Classes prépas, IUT, BTS, la moitié des bacheliers qui s’inscrivent dans des filières d’enseignement supérieur sont choisis. Même s’il n’y a pas de sélection à l’entrée, les moins performants se retrouvent comme par hasard dans les disciplines les moins recherchées sur le marché du travail.» LES FILIÈRES CHOISIES PAR LES BACHELIERS 40% Université, hors IUT 25,4% STS 14,7% Autres 11,2% IUT 8,7% Classes préparatoire grandes écoles Source : Ministère de l’Education nationale (2006) L’INTÉGRATION DES BACHELIERS Le baccalauréat a été conçu au le Moyen Age comme un premier grade dans l’enseignement supérieur. Il est de ce fait intouchable, même en étant dévalorisé, sachant en plus que la loi garantit à tous les bacheliers, avec son obtention, un accès à l’université à concurrence des places disponibles. C’est d’ailleurs actuellement le plus gros défi des universités que de réussir l’intégration des bacheliers qui se bousculent à leur porte. En effet, le taux d’échec en premier cycle (licence) dépasse 40%, soit 10 points de plus que la moyenne OCDE. La principale raison incriminée concerne les faibles moyens financiers dont disposent les universités en matière d’accueil des étudiants avec une moyenne estimée en France à 7 330€ par étudiant, soit le niveau le plus faible des pays occidentalisés. Toutefois Jean-Pierre Finance s’en défend en indiquant que «Les premiers cycles qui ont de bons résultats sont les IUT et les classes prépas qui sélectionnent. Pour eux, l’Etat investit 10 000 à 12 000€ par jeune. Dans nos premiers cycles généralistes, avec des bacheliers en moyenne de plus faible niveau, on ne dépasse pas 5 000€ de dépense par jeune. L’équation est donc simple : si l’Etat double nos recettes, nous doublerons l’encadrement et vous verrez que nous aurons de bons résultats ! ». Dans le cadre de sa réforme, le gouvernement a promis de faire passer la dépense moyenne globale par étudiant de 7 000 à 10 500€, soit une augmentation de 50%. NOMBRE D’ÉTUDIANTS PAR ENSEIGNANT 17,8 France 17,8 Royaume-Uni 15,8 Etats-Unis 15,5 Moyenne OCDE 12,7 Allemagne 12,0 Norvège 9,0 Suède Source : OCDE L’EXEMPLE CALIFORNIEN Pour réussir, le modèle universitaire français doit concilier deux objectifs antinomiques. Le premier consiste à faire réussir le plus grand nombre de bacheliers dont la plupart n’ont pas été préparés aux études supérieures, ce qui consomme beaucoup du temps des enseignants. Le second aspect nécessite de produire une recherche de pointe susceptible d’être visible à l’international impliquant que ces mêmes enseignants passent du temps dans leurs labos. Or selon Bernard Belloc, ancien président d’université à Toulouse I, «Les exemples étrangers montrent que très peu d’universités parviennent à concilier ainsi ouverture sociale, préparation aux débouchés et élitisme académique». C’est en Californie que ce conseiller très écouté par l’Elysée a pu démontrer qu’un tel système pouvait très bien fonctionner en indiquant que la réussite repose là-bas sur le fait que : • Les universités publiques californiennes éliminent moins de jeunes qu’en France • Les frais de scolarité y sont modiques • Elles abritent certains des meilleurs labos du monde Selon lui, «La Californie est un modèle pour la France» démontrant dans le cadre d’une étude bien documentée que le secret de la réussite californienne repose sur 3 sortes d’établissements d’excellence avec des passerelles de l’un à l’autre. Il s’agit d’abord d’un dense réseau de colleges undergraduate qui sont des premiers cycles équivalents de nos IUT et BTS. Ces colleges ouverts aux étudiants et non sélectifs sont conçus comme des machines à préparer des études longues. Ils conduisent leurs meilleurs éléments vers des facs spécialisées dans les masters, lesquelles ne délivrent pas de doctorats mais excellent dans le professionnel. Le troisième type d’établissement est constitué d’universités de recherche qui sélectionnent les bons diplômés de masters et attirent les meilleurs cerveaux du monde. RESSOURCES DES UNIVERSITÉS DANS LE MONDE 54 universités aux Etats-Unis possèdent plus de 1 milliard de dollars de ressources provenant uniquement de fonds privés (mécènes, anciens élèves, dîners et galas de promo, voyages, titres, cotation en bourse...) Capital en milliards de dollars des principales universités américaines (base 2006) : 28,9 Harvard 18 Yale 14 Stanford 13,2 University of Texas System 13 Princeton 8,3 MIT 5,9 Columbia 5,7 University of California 0,12 Université Pierre-et-Marie Curie (France) Sources : National Association of College and University Business Officers UN FORT TAUX D’ÉCHEC DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Le dernier rapport intitulé De l’Université à l’emploi adressé par la Commission du débat national Université-emploi détaille le parcours scolaire des jeunes Français après l’obtention de leur baccalauréat. Il indique notamment que le taux d’accès à l’enseignement supérieur d’une classe d’âge donnée est actuellement de 50% avec environ 69% des bacheliers qui poursuivent leur scolarité après l’obtention de leur baccalauréat. Malgré ce bon résultat apparent, seulement 4 jeunes Français sur 10 sortent du système scolaire avec un diplôme de l’enseignement supérieur. Ce constat signifie qu’il existe une perte anormale de 10% au sein des générations commençant des études supérieures. Autrement dit, le taux d’échec des jeunes ayant le baccalauréat et commençant des études supérieures atteint 20% ! Le rapport suggère que l’une des causes principales d’échec ou d’abandon des études supérieures serait la mauvaise orientation des étudiants après leur baccalauréat. Ainsi, 6% des étudiants arrêtent leurs études à la fin ou avant la fin de la première année du supérieur et 14% de ceux qui poursuivent leurs études changent d’orientation au bout d’un an. De fait, une grande partie des difficultés de l’université provient du premier cycle dans les trois premières années qui constituent la licence. Aussi, pour limiter ces situations d’échec et aider les nouveaux bacheliers à bien choisir leur orientation, la Commission propose d’augmenter les programmes d’information et d’orientation. Niveau de diplôme des jeunes Français sortis du système scolaire en 2004 : 25% Diplôme du supérieur long 23% Baccalauréat 17% Diplôme du supérieur court 18% CAP, BEP 10% Aucun diplôme 6% Brevet Source : Ministère de l’Education nationale - Insee DES AXES POSSIBLES DE RÉFORME Afin d’éviter de rompre le dualisme souhaitable de l’enseignement à la française (universités / grandes écoles), la question est de savoir si la réponse n’est pas dans le rapprochement des différentes filières de formation. Certaines universités y perdraient certes quelques privilèges mais la synergie engendrée apporterait des bénéfices collatéraux propices pour retrouver l’excellence. De l’avis de plusieurs présidents d’université il suffirait, pour cela, de favoriser le développement d’ensembles universitaires plus aptes à affronter la concurrence nationale mais aussi et surtout celle des grandes universités étrangères. Dans le cadre de la réforme, il est évident que plusieurs pistes sont à explorer même si comme l’affirme Jean-Pierre Pitte «celles-ci sont connues mais politiquement incorrectes». Tout particulièrement en matière de droits d’entrée, ce président de l’université Paris IV-Sorbonne, est particulièrement radical en suggérant de «multiplier les droits d’inscription par dix en créant un système de bourses plus généreux pour les familles modestes» et ce, afin de «rejoindre la moyenne des pays développés sans quoi notre enseignement supérieur finira comme l’URSS : il s’effondrera !» Exemples de réformes structurelles devant être menées dans le cadre de la nouvelle réforme des universités : • Obliger un numerus clausus à l’entrée des filières générales à faibles débouchés avec une réduction du nombre des étudiants. • Faire passer un test à l’entrée en fac pour vérifier les connaissances de base. • Augmenter fortement le nombre de places en BTS et en IUT dont les formations techniques sont prisées par les entreprises. • Multiplier les enseignements professionnels dans les formations longues en rapprochant les universités des entreprises. • Augmenter les moyens financiers par étudiant par la contribution des étudiants et de leurs parents • Améliorer les conditions de vie des étudiants • Evaluer la qualité pédagogique et l’implication des enseignants • Répartir plus équitablement les crédits entre universités et grandes écoles publiques • Collecter beaucoup plus de fonds en créant des partenariats avec les entreprises • Créer un guichet unique en matière d’orientation • Contraindre les universités à publier le taux de chômage de leurs diplômés • Fusionner les universités de trop petite taille • Supprimer le statut de fonctionnaire des chercheurs et améliorer leur rémunération • Lancer un plan d’urgence pour remettre en état les locaux vétustes • Accroître le budget des facs qui placent leurs étudiants sur le marché du travail LES DIPLÔMÉS DU SUPÉRIEUR Part en % des diplômés du supérieur chez les 25-34 ans (base 2003) : 53% Canada 52% Japon 47% Corée du Sud 39% Etats-Unis 39% Belgique 37% France 33% Royaume-Uni 22% Allemagne 12% Italie Source : OCDE LE CAS DES GRANDES ÉCOLES UN MICRO-ÉLITISME QUI ÉTOUFFE Au moment où la réforme des universités s’engage, les grandes écoles ne sont pas non plus exemptes de critiques. Il est vrai que le modèle économique fonctionne bien et que la plupart des élites françaises en sont sorties. Pourtant, en matière d’inégalité républicaine la France est championne du grand écart sachant que seulement une minorité d’étudiants (8%), ceux des classes prépas et des grandes écoles, captent 30% des ressources budgétaires alors même que ces «privilégiés» doivent leur bonne orientation à leurs réseaux familiaux. Par exemple, 80 à 90% des élèves de l’X, de l’ENA et de Normale sup sont fils de dirigeants, professions libérales ou enseignants. C’est l’avis de Pierre Veltz, polytechnicien, auteur de Faut-il sauver les grandes écoles ? paru aux Ed. Presses de Sciences et ancien directeur de l’Ecole des Ponts et Chaussées, pour qui les grandes écoles sont devenues «Les cabinets de recrutement des entreprises du CAC 40». ` En évoquant notamment les grandes écoles d’ingénieur parisiennes, il considère que celles-ci véhiculent un «verrou social et économique» constatant que seulement 2% des étudiants à l’X sont d’une origine modeste (ouvrier, employé, agriculteur). D’après lui, si «Le nombre de polytechniciens avait évolué proportionnellement à ceux des bacheliers, l’X produirait 30 000 diplômés par an au lieu de….400.» Même constat critique en soulignant que «L’hyper-sélection des élites est en train de devenir un verrou économique». Toujours selon cet ancien président de ParisTech, «Les grandes écoles françaises ne favorisent ni le goût de la recherche ni l’esprit d’entreprise. Elles sont profondément inadaptées à une économie fondée sur l’innovation et non plus l’imitation». Comme seul point positif, il considère que «La concurrence internationale des formations supérieures est une chance : elle sera peut-être l’aiguillon qui réveillera les grandes écoles françaises endormies sur leurs lauriers gaulois. A condition toutefois d’en finir avec les micro-élitismes qui les étouffent !» LE DYNAMISME DES ÉCOLES DE COMMERCE Dans le concert de l’enseignement supérieur français, les grandes écoles de commerce tirent certainement le mieux leur épingle du jeu en sachant améliorer, d’année en année, la qualité de la recherche, la compétence et l’implication du corps enseignant, le niveau des langues, la sélectivité à l’entrée et le placement après l’obtention du diplôme. Sur une centaine d’écoles de commerce françaises, le dernier palmarès de l’Express en retient 36 reflétant selon lui le top français des établissements. Pour entrer dans ce palmarès, il faut que le score global soit considéré comme très honorable (200 points). Les 18 critères qui justifient de l’excellence de l’établissement : Niveau académique • Niveau d’exigence du recrutement des étudiants • Etoiles CNRS (articles de recherche portant la signature de l’école) • Références documentaires • Cas déposés (au catalogue de la centrale de cas et de médias pédagogiques (CCMP) Relations avec les entreprises • Salaire annuel minimal et maximal à l’embauche des diplômés • Salaire total à 3 ans • Taxe d’apprentissage • Participation des entreprises • Nombre de diplômés de l’école en activité International • Partenaires étrangers Equis ou AACSB • Score moyen au TOEIC • Doubles diplômés Equis-AACBS • Etudiants titulaires d’un diplôme étranger recrutés Autres critères • Label AACSB ou Equis • Coût moyen de la scolarité par an • Périodes obligatoires à l’étranger • Périodes obligatoires en entreprise • Nombre d’apprentis Classement des 36 écoles de commerce conférant officiellement le grade de master en fonction de la note obtenue en 2007 au Palmarès Express : 1. HEC Jouy-en Josas (874) 2. Essec Cergy-Pontoise (808) 3. ESCP-EAP Paris (781) 4. EM Lyon (756) 5. Edhec Lille-Nice (698) 6. Audencia Nantes (539) 7. ESC Toulouse (536) 8. ESC Grenoble (534) 9. Euromed Marseille (526) 10. Sup de Co Reims (492) 11. ESC Rouen (482) 12. ESC Bordeaux (431) 13. Ieseg Lille (400) 14. Essca Angers-Paris (396) 15. ESC Lille (385) 16. INT Management Paris (377) 17. Ceram Sophia-Antipolis (360) 18. ESC Dijon (358) 19. ESG Paris (356) 20. ESC Tours-Poitiers (352) 21. ICN Nancy (346) 22. IECS Ecole de Management de Strasbourg (345) 23. ESC Rennes (326) 24. ESC Montpellier (327) 25. ISC Paris (319) 26. ESC Clermont (290) 27. Inseec Paris-Bordeaux (277) 28. ESC La Rochelle (257) 29. Ecole de Management de Normandie (255) 30. ESC Troyes (238) 31. ESC Bretagne-Brest (218) 32. ESC Chambéry (217) 33. ESC Saint-Etienne (216) 34. Negosup Paris (211) 35. ESC Amiens-Picardie (204) 36. Esdes Lyon (195) LES CATHÉDRALES DU SAVOIR Classement par ordre d’importance des 12 principales «Business schools» dans le monde : 1. Harvard Business School (Boston) 2. Wharton (University de Pennsylvania) 3. Stanford (Palo Alto) 4. MIT/sloan (Boston) 5. Columbia University (New York) 6. University of Chicago (Chicago) 7. Northwestern University (Evanston) 8. London Business School (Londres) 9. Insead (Fontainebleau) 10. Cornell University (Ithaca) 11. IMD (Lausanne) 12. University of California (Berkeley) Source : Financial Times (2000 Source : L’Express Palmarès 2007-2008 LE RENOUVEAU DES FORMATIONS EN ALTERNANCE DU CAP AU DIPLÔME D’INGÉNIEUR L’accueil d’un jeune étudiant en contrat d’apprentissage ou de professionnalisation apporte de nombreux avantages à l’employeur. Il est vrai que «Les employeurs français adorent les débutants… pourvu qu’ils aient de l’expérience» en appréciant, derrière cette boutade, l’aspect dual des formations en alternance. Un contrat d’apprentissage qui s’adresse aux étudiants de 16 à 25 ans en leur demandant de partager leur temps entre le centre de formation et l’entreprise. Ce type de contrat n’est pas uniquement réservé aux seules professions manuelles mais concerne aussi les «alternants» de l’enseignement supérieur préparant un diplôme d’ingénieur ou suivant une grande école de commerce. C’est d’ailleurs la loi de 1987 qui a permis d’étendre l’apprentissage à l’enseignement supérieur. Pour Sophie Lepeuve du Cefica, le constat est clair : «Les technologies évoluent à toute vitesse et les entreprises exigent des ingénieurs maîtrisant leurs logiciels et méthodes, pas ceux utilisés dans une école il y a deux ans !» Avec un objectif de 500 000 apprentis par an d’ici à 2009, l’alternance recouvre aujourd’hui 800 métiers du CA au diplôme d’ingénieur tout en jouissant d’une véritable montée en gamme. RÉPARTITION DES APPRENTIS SELON LE NIVEAU D’ÉTUDES 62% CAP, BEP 21% Bac 11% Bac+2 6% Bac+3 et plus Source : Céreq (base 2005) QUE DU BON ! Les jeunes Français commencent à réaliser son avantage affirme Marie Deketelaere, conseillère au conseil régional d’Ile de France, pour qui «80% des apprentis ont un travail stable dans les six mois qui suivent la fin de leur formation». Lorsque l’entreprise recherche de futurs salariés motivés et adaptés aux besoins spécifiques de ses activités, le contrat d’apprentissage est tout particulièrement recommandé. En recrutant un apprenti, l’entreprise s’engage à consacrer du temps pour le former et si elle décide de le conserver, elle pourra alors embaucher un employé déjà bien intégré et productif. Bernard Pasquier, délégué à l’Asef (Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation) confirme que «Pendant leurs deux, trois ou quatre ans de formation, les apprentis auront un vrai contrat de travail, avec une rémunération, une expérience riche et encadrée, et non pas un simple statut de stagiaire, si en vogue aujourd’hui». Il est vrai que l’intérêt de cette formule pour l’étudiant est de lui procurer un diplôme, un salaire durant ses études et un emploi quasi certain à la sortie même si, entre temps, il aura travaillé presque 2 fois plus que les autres. Pour l’entreprise, c’est la possibilité de disposer grâce à l’alternance d’un «stagiaire» impliqué et formé à l’esprit maison sur une longue durée en nouant progressivement avec lui des liens de confiance et de responsabilité. Dans la plupart des cas d’embauche, ce type de recrutement devient l’un des plus sûrs du marché en intégrant un salarié déjà convaincu et formé à l’esprit maison. Dans le cas où il n’y a pas de poste à pourvoir, l’établissement aura tout de même contribué à participer à une «démarche citoyenne» en donnant une véritable première expérience à un jeune en lui faisant prendre conscience de la réalité économique du travail. Proportion d’apprentis embauchés par l’entreprise où ils ont effectué leur apprentissage (base 2005) : 57% Transport, logistique 42% Industries graphiques 33% Mécanique, électricité 32% Bâtiment, génie civil 32% Travail des métaux 31% Travail du bois 27% Ensemble 27% Agriculture, environnement 26% Commerce 24% Mécanique, automobile 24% Alimentation, cuisine 22% Hôtellerie, tourisme, loisirs 20% Santé 15% Coiffure, esthétique Source : Céreq, enquête «Génération 98» |






