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JDP N° 91 : Finances - L'essor des fonds souverains, Fonds de pension & Hedge funds
Article complet
Date : 26/09/2008 • L’essor des fonds souverains • Fonds de pension • Hedge funds L’ESSOR DES FONDS SOUVERAINS Les fonds souverains sont des fonds d’investissements étatiques qui proviennent d’excédents budgétaires ou commerciaux de pays, le plus souvent, émergents. Initialement, les fonds souverains sont un moyen pour les gouvernements de gérer de manière active leurs avoirs financiers et de répartir les richesses entre les générations. Aujourd’hui, l’ampleur des sommes concernées (plus de 3.000 milliards d’?), le manque de transparence des initiatives et de la finalité de ces fonds, l’arrivée dans le circuit de nouveaux Etats politiquement très marqués et les risques de collusion entre finance et politique constituent des sujets d’inquiétude bien au-delà du seul univers économique. Les fonds souverains sont des fonds d’investissement public. Ils sont possédés ou contrôlés par un État et gèrent des actifs financiers dans une logique de long terme. Leur politique d’investissement vise à atteindre des objectifs macroéconomiques précis comme l’épargne intergénérationnelle, la diversification du PIB national ou le lissage de l’activité. Leurs ressources sont constituées par des excédents de la balance courante, qui résultent soit d’exportations de matières premières (Moyen-Orient, Norvège, Russie), soit de produits manufacturés (pays asiatiques). Plus indirectement, ces fonds peuvent bénéficier du transfert d’une partie des réserves de change de la banque centrale (Chine). Pour Riadh El Hafdhi, économiste au Crédit Agricole, on peut distinguer deux types de FS : • « les fonds de stabilisation qui servent d’amortisseurs entre les dépenses du gouvernement planifiées sur plusieurs années, et ses revenus fiscaux qui eux sont sensibles à des variations ». La sécurité et la liquidité étant alors prioritaires, ces fonds sont plutôt prudents : « les bons du Trésor américains ont souvent été un placement refuge idéal peu risqué et très liquide bien que peu rémunéré ». • les fonds intergénérationnels dont la philosophie, élaborée sur le tarissement des matières premières, consiste à épargner une partie des revenus tirés de ces ressources pour les générations futures ». Ce type de FS s’intéresse à des placements moins liquides mais plus rentables, comme les actions. À quelques exceptions près, comme la Norvège ou les États-Unis, le phénomène des fonds souverains est propre aux pays dits émergents, notamment arabes et asiatiques. Des chiffres impressionnants R. El Hafdhi nous donne des exemples : « l’ADIA, le fonds souverains d’Abu Dhabi créé en 1975, le plus important au monde, pèse environ 875 milliards de dollars. En théorie, il pourrait s’offrir : Total, AXA, BNPP, Crédit Agricole, Bouygues, L’Oréal, Michelin, Danone et LVMH réunis ». De quoi inquiéter sérieusement le Palais Brongniart, d’autant plus que « l’ADIA n’est plus le seul poids lourd parmi les FS : China Investment Company, créé en 2007 et doté de 200 milliards de dollars, pour¬rait rapidement lui ravir la première place. En effet, le gouvernement chinois se propose de le doter chaque année de 300 milliards supplémentaires pour acquérir des participations dans des entreprises cotées à travers le monde. Soit de quoi racheter la totalité des entreprises du CAC 40 en tout juste 4 ans ». Rappelons aussi que le premier investisseur étranger du CAC 40 est un FS norvégien (GPFG), avec près de 5 milliards de dollars investis. Le poids global des FS est aujourd’hui estimé 3.000 milliards de dollars et, selon Merill Lynch, ils représenteront 15.000 à 18.000 milliards de dollars d’avoirs dans dix ans, soit une progression de plus de 20% par an. Tous ces chiffres sont toutefois à relativiser puisque aujourd’hui, les avoirs des FS ne représentent que 2% des ressources financières mondiales (9% dans 10 ans), loin derrière les grands acteurs financiers privés que sont les actifs bancaires, les fonds d’investissements, les fonds de pension ou les assurances. Un essor qui fait peur Le manque de transparence des fonds constitue une préoccupation majeure pour les acteurs économiques et politiques occidentaux. En effet, à l’exception du FS norvégien qui publie régulièrement son bilan, son rapport annuel et ses objectifs, les autres ne laissent filtrer que peu, voire aucune, information sur leur politique d’investissement et leur pratique de gouvernance. Un fonds souverain français ? Officiellement, la France ne dispose pas aujourd’hui de fonds souverains. « Pourtant, le Fonds de réserves pour la retraite (FRR) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) peuvent être considérés comme des fonds d’État. Le premier a été instauré en 1999 par la loi de financement de la sécurité sociale pour assurer, avec une dose de capitalisation, la pérennité du système français de retraite par répartition : il dispose d’environ 50 milliards de dollars. La seconde, créée en 1816, gère environ 120 milliards et détient des participations dans de nombreuses entreprises françaises ». Aujourd’hui, trois options sont envisagées : • La première est de faire de la CDC l’instrument d’une politique de défense et de promotion des intérêts économiques français face à la montée en puissance des fonds spéculatifs quels qu’ils soient (fonds souverain, fonds de pension et hedge funds). • La deuxième se veut plus offensive. Elle consisterait à créer un nouvel instrument d’investissement qui opérerait en dehors de la zone euro sur les mêmes secteurs que les autres fonds. Il s’agirait d’un fonds souverain français « privé à finalité publique » qui pourrait être alimenté par l’épargne domestique et profiter d’une fiscalité attractive. • La troisième option défend l’idée que le capitalisme français aurait plutôt tout à gagner à accueillir les capitaux des fonds souverains et qu’il est donc urgent de ne rien faire pour les contrer ou les contrarier. Source : « Constituons un fonds souverain français », La Tribune, 18 mars 2008. Problèmes économiques N° 2.951/Juillet 2008. « Les gouvernements occidentaux ne s’inquiètent pas tant de l’afflux massif de futurs capitaux étrangers, mais plutôt d’investissements qui répondraient à d’autres critères que ceux d’un investisseur classique, et/ou qui toucheraient des intérêts stratégiques » confirme R. El Hafdhi. De plus, peu de pays occidentaux disposent aujourd’hui de fonds rapidement mobilisables et suffisamment importants pour contrer les plus importants FS. Un fonds allemand doté de 20 milliards d’euros est actuellement en réflexion pour contrer d’éventuelles OPA hostiles de fonds souverains étrangers. « Mais que pourra-t-il face à un FS qatari, par exemple, qui vient récemment de mettre sur la table 20 milliards de dollars pour acquérir 25% de la chaîne britannique d’hypermarchés Sainsburry ? » nous rappelle R. El Hafdhi pour qui « l’affrontement frontal ne semble pas à la portée des États occidentaux ». L’État, un actionnaire pas comme les autres Un Etat peut être tenté d’intervenir dans les processus décisionnels d’une entreprise dont il est actionnaire pour promouvoir des intérêts politiques. Dans son édition de février 2008, le Frankfurter Allgemeine Zeitung donne des exemples : « exploiter les informations internes sur l’entre¬prise pour favoriser telle ou telle branche industrielle dans son pays, fermer ou délocaliser une entreprise, la vider de sa substance pour mieux promouvoir une entreprise de sa zone d’influence.. » ajoutant « la multiplication des investissements dans le secteur des matières premières, parfois à des prix très élevés, signale clairement des motivations stra¬tégiques comme la sécurité des approvisionnements de l’économie nationale en matières premières ». Effectivement, les investissements chinois en Amérique latine et en Afrique se concentrent sur ce seul objectif. Les FS : un retour du capitalisme d’Etat ? L’influence que peuvent exercer certains gouverne¬ments par le biais de leurs FS annonce t’elle l’émergence d’une nouvelle forme du capitalisme d’État dans la mesure où ces multiples investissements sont susceptibles de déboucher sur la formation de conglomérats tendant au mono¬pole ? Le dossier du Frankfurter Allgemeine Zeintung donne un exemple « On en voit les premiers signes dans le secteur pétrolier mais aussi dans celui d’autres matières premières comme le minerai de fer ou l’aluminium : la Russie et la Chine se trouve déjà, par le biais de leurs entreprises d’état, en concurrence avec des sociétés privées pour l’accès aux ressources africaines ». Pour un nécessaire encadrement L’idée d’encadrer l’activité des FS fait l’unanimité auprès des organismes internationaux comme le FMI, l’OCDE, ou encore l’Union européenne. L’objectif est de rendre les fonds souverains suffisamment transparents, dotés de structures de gouvernance visibles et de mécanismes solides de gestion des risques. Ce qui implique pour ces fonds de divulguer toutes les informations sur leurs objectifs en matière de placements, la composition de leur portefeuille, leur stratégie d’investissement et leurs pratiques internes. Lors d’une récente rencontre (mi-septembre 2008), les FS ont effectivement adopté un accord préliminaire à un code de bonne conduite dans le cadre d’une réunion à laquelle participaient le FMI, l’OCDE et la Banque Mondiale. Des accords seront-ils trouvés, puis respectés ? Rêvons un peu et imaginons que, à ce stade de transparence et de coordination, tous les FS pour¬raient alors, en synchronisation avec le FMI, utiliser leurs capa¬cités d’investissement pour stabiliser le système financier international en cas de turbulences, promouvoir des initiatives au niveau mondial……. sans aucune arrière-pensée politico-stratégique. Les FS : anges ou démons ? Si le manque de transparence des FS et les risques de collusion entre politique et économie constituent de réels sujets d’inquiétude, l’émergence des FS présente indiscutablement des avantages. En effet, certains FS ont secouru, lors de la crise des subprimes, plusieurs établissements financiers en difficulté en leur apportant des capitaux, permettant ainsi de consolider leurs bilans. Par ailleurs, « l’expérience des fonds les plus anciens montre qu’ils ont un horizon de long terme et qu’ils ne changent pas brusquement de cap en cas de turbulences sur le marché ». Enfin, contrairement aux fonds spéculatifs, ils n’utilisent pas l’effet de levier par l’emprunt et n’ont donc pas l’obligation de se dégager en urgence de leurs positions. « En bref, tant que les fonds souverains ont un horizon d’investissement de long terme et n’utilisent pas l’effet de levier, le risque qu’ils contribuent aux perturbations de marché est limité. On peut même dire qu’ils permettent de stabiliser le marché en cas de tensions financières en continuant d’acheter des titres » (De Nederlandsche Bank : Quartely Bulletin/ septembre 2007). La Finance internationale comme champ d’une confrontation politique Dans un article du « Nouvel Economiste », Philippe Plassart et Patrick Arnoux citent Hubert Védrine qui, avec ses jumelles géopolitiques perçoit que « ces nouveaux capitalistes, ex-colonisés, fourbissent les armes de leur revanche afin d’effacer un siècle d’humiliation …. Ils représentent une force tellurique considérable », ajoutant « la Finance internationale sera le champ de la confrontation des politiques de puissance. La constitution de centres financiers pour capter la valeur en administre déjà la preuve ». Sources : Problème économique n°2.951/ Juillet 2008. Riadh El Hafdhi/N° 117/Eclairages/Crédit Agicole. Frankfurter Allgemeine Zeitung/ N° 28/ février 2008. LES FONDS DE PENSION Les fonds de pension sont des organismes de placement collectif gérant les retraites et l’épargne salariale. Ils sont alimentés par l’épargne des salariés et souvent complétés par l’entreprise. Selon le régime en vigueur dans les différents pays, les fonds de pension complètent le système de retraite par répartition. Ainsi, dans les pays anglo-saxons, les entreprises, les administrations publiques et les travailleurs indépendants versent obligatoirement une partie ou l’ensemble des cotisations de retraite sur des fonds de pension. Dans d’autres pays, la retraite par capitalisation est soit volontaire, soit elle n’existe pas. La France ne dispose pas de fonds de pension véritable à l’exception de la Préfon, un fonds de pension créé en 1967 et réservé aux fonctionnaires (retraite complémentaire facultative). Le risque de ce type de retraite réside dans le fait que le niveau de la pension est lié aux aléas des marchés financiers. LES HEDGE FUNDS Les hedge funds ou fonds de gestion alternative correspondent à un mode de gestion appliqué par certains fonds visant à décorréler les performances du portefeuille de l’évolution générale de la bourse en intervenant sur les marchés des actions mais aussi sur les obligations, les devises, les matières premières, l’immobilier et les entreprises non cotées, le marché des œuvres d’art... Le but est de lisser les courbes de rendement et de les améliorer par rapport au rendement du marché afin d’obtenir un meilleur rapport performance/volatilité. Ces fonds alternatifs ont plutôt mauvaise réputation depuis qu’ils ont participé à de nombreuses attaques spéculatives, notamment sur les taux de change. Pour l’investisseur, ce type de placement est considéré comme risqué car il repose souvent sur un endettement (ou leverage) élevé. En novembre 2007, près de 10.000 hedge funds étaient opérationnels dans le monde gérant environ 1.760 milliards de dollars. Ils sont le plus souvent spécialisés suivant l’objectif de leur intervention : fonds de capital-déve¬loppement, fonds de capital-risque, fonds de LBO (leve¬rage buy-out/acquisition par emprunt) qui correspondent à des stades différents de maturité de l’entreprise. |






