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JDP N° 94 : Santé - Vivre zen malgré la pression, vaincre les TNS Article complet

Date : 25/03/2009

• Quand la bonne santé favorise la croissance
• Vivre zen malgré la pression
• Vaincre les TNS d’origine professionnelle


QUAND LA BONNE SANTE FAVORISE LA CROISSANCE

LE RAPPORT PIB/ESPÉRANCE DE VIE
Moins le corps produit d’efforts physiques pour travailler, plus il coûte cher à la collectivité. Un paradoxe lié à notre société post-industrielle qui favorise une offre de consommation très étendue, de la naissance à la mort, aussi bien dans les équipements ménagers et technologiques en facilitant un grand nombre de tâches qu’avec les pilules réparatrices, les soins du corps et autres services à domicile. De la même manière, si la richesse favorise la durée et la qualité de vie des plus aisés, la pauvreté et la maladie continuent de tuer partout dans le monde. Selon le Pnud (Programme des Nations Unies pour le développement), l’espérance de vie à la naissance est directement proportionnelle à la courbe du PIB (produit intérieur brut). Par exemple, en Afrique subsaharienne où le PIB plafonne à 1 800 dollars par habitant, l’espérance de vie est de seulement 46 ans. Celle-ci passe à 63 ans en Asie du Sud (2 900 dollars) monte à 72 ans en Amérique latine (7 400 dollars) et tangente les 78 ans dans les pays de l’OCDE (26 000 dollars).
Il existe toutefois des exceptions lorsque l’on regarde de plus près l’équation PIB/espérance de vie via le prisme de la répartition du progrès économique au sein de sociétés occidentales. Ainsi, par exemple, les Japonais (2 200 dollars de dépenses de santé par habitant) et les Espagnols (2 100 dollars) se révèlent bien plus vigoureux que les américains (6 100 dollars) qui, statistiquement, décèdent plus tôt. Idem dans les pays plus pauvres où le Vietnam devance la Chine et le Bangladesh prend le pas sur l’Inde pour l’amélioration de la mortalité infantile.

INÉGALITÉ ET SANTÉ
A l’heure où l’économie de la connaissance puise son dynamisme principalement dans la matière grise et la valeur ajoutée, le corps humain reste à la fois un patrimoine qui rapporte gros à l’économie nationale et un «objet» qui souffre davantage qu’auparavant. La faute en revient aux nouvelles conditions d’existence, certes moins dures physiquement, mais plus exigeantes en temps, énergie, rapidité et précision, du fait des rythmes imposés dans le travail et l’allongement multitâches des journées. Ainsi, les habitants des pays riches ne sont pas égaux devant la santé avec des espérances de vie bien différentes selon les catégories socioprofessionnelles selon que les individus sont frappés par les maladies professionnelles ou virales, les maux psychosomatiques à répétition, le stress, l’obésité, les addictions, la fatigue, les névroses ou la dépression.
Sachant que santé et inégalités font rarement bon ménage, le «risque vital» d’un patient Français (mesuré en 2001) est de 13 points supérieur pour les personnes ayant un revenu mensuel inférieur à 400 euros et de 6 points inférieur pour celles disposant de plus de 1 400 euros par mois. En cela, le niveau de pouvoir d’achat joue un rôle direct sur la santé. Selon Pierre-Yves Geoffard, chercheur à Paris-Jourdan Sciences Economiques, «Les inégalités vitales ne proviennent pas nécessairement du coût de l’accès au système de soins». Par exemple en Grande-Bretagne, «Où chacun peut consulter gratuitement, il a été constaté que les fonctionnaires les plus haut placés se portaient invariablement mieux que leurs subordonnés confrontés à des conditions de travail plus pénibles, tant physiquement que psychologiquement, et disposant d’un pouvoir d’achat moindre synonyme de conditions de logement moins confortables et d’alimentation moins équilibrée.»


LES INÉGALITÉS DANS L’ESPÉRANCE DE VIE

Espérance de vie à 35 ans en France (nombre d’années à vivre encore), base 1999 :               
                                      

  Hommes
Femmes
Cadres et prof. intel. Sup. 46 50
Agriculteurs, exploitants   43,50 48,50
Prof. intermédiaires   43 49,50
Artisans, commerçants, chefs d’entreprise 43 49
Employés 40 48,50
Ouvriers 39 47
Source : Insee

UNE LOGIQUE DE GOUFFRE FINANCIER
Alors que la richesse moyenne d’un pays améliore nettement l’état de santé de sa population, elle génère parallèlement ses propres nuisances : sédentarité, pollution, excès d’hygiène, alimentation trop riche, favorisant ainsi l’explosion du nombre d’asthmatiques, d’allergiques, d’obèse, de cardiaques et certainement l’émergence de cancers par l’excès de consommation de certains produits. Il a même été démontré que «Plus la santé d’un pays s’améliore et plus elle devient un gouffre financier.» La raison est aussi surprenante que logique selon Thierry Debrand, chercheur à l’Irdes (Institut de recherche et documentation en économie de la santé), pour qui : «Le coût d’une année d’espérance de vie supplémentaire s’accroît de plus en plus. Il est vrai qu’une fois la population vaccinée contre les épidémies les plus ravageuses, l’hygiène généralisée, la sous-nutrition quasiment éradiquées, tout progrès passe par un combat laborieux contre des fléaux bien plus pernicieux : cancers, comportements individuels à risque, nouvelles maladies liées à la pollution et à l’industrialisation, maladies dégénératives qui s’abattent sur une population de plus en plus âgée… Une bataille qui exige des outils de plus en plus élaborés et une infrastructure de santé omniprésente aux coûts fixes impressionnants.»

LA PRÉVENTION COMME PRINCIPAL REMÈDE
D’après l’OCDE, les pays riches ont consacré en moyenne (2003) 8,8% de leur PIB aux dépenses de santé contre 5% en 1970 et 7,1% en 1990. En France, la dépense courante de santé a même atteint 11,3% du PIB en 2004 soit l’équivalent de 3 000 euros par habitant et par an, dont 90% liés strictement aux soins du corps (troubles mentaux exclus). En 2003, la France a ainsi dépensé 35% de plus que le Japon pour une espérance de vie inférieure tandis que l’Italie était de 25% plus économe que l’Allemagne avec une longévité supérieure. Cela signifie que la santé est surtout une affaire de bonnes pratiques que les gouvernements essaient d’orienter régulièrement par de nouvelles campagnes de sensibilisation, de prévention et de nouveaux dispositifs réglementaires.
Pour Xavier Timbeau, directeur de l’analyse et de la prévision à l’OCDE, «Les dépenses de prévention ont un rendement potentiel particulièrement important. Dissuader les jeunes de fumer, inculquer de bonnes habitudes alimentaires, mieux dépister les cancers du sein et apprendre à un insuffisant rénal ou à un diabétique à mieux gérer au quotidien leur maladie, diminuent considérablement le coût des soins liés aux maladies qui les guettaient. Et ce, pour un investissement relativement modique : les dépenses de prévention représentent entre 3 et 7% de la dépense de santé française.»

Toutefois, il convient de noter que si toute approche causale et «linéaire» dans la gestion collective de la problématique santé donne effectivement des résultats concrets en matière de contrôle des dépenses publiques et de réduction de certaines affections, elle n’intègre pas l’ensemble des effets induits, des compensations par ailleurs et autres effets rebonds dans le temps, déclenchés par des changements «forcés» de comportements.


DIMENSION «PHYSIQUE» SELON L’ACTIVITÉ

Taux  de manutention de 2 heures et plus frappant l’ensemble des salariés (base enquête Sumer 2002-2003) :


50,8%    Construction
37,3%    Agriculture, sylviculture, pêche
30,1%    Industrie dont :
47,2%    Intérimaires
46,4%    Bois, papier
6,8%      Textile    
26,5%    Tertiaire dont :
44%       Commerce de détail
40,4%    Poste et Télécoms
35,3%    Santé, action sociale   
Source : Enquête Sumer, Dares, DRT


LE TRAVAIL MODERNE NUIT À LA SANTÉ

En matière de santé, le facteur travail est très important d’autant plus qu’une tendance générale s’impose constatant que plus les métiers manuels s’allègent via la robotisation et la mécanisation, plus l’activité des «cols blancs» se retrouve sollicitée par l’apport des nouvelles technologies, les tâches bureautique et les manipulations «physiques». Ce déplacement massif des tâches en entreprise génère un surcroît de pénibilité, de TMS et de souffrances psychologiques, induisant mal vivre, fatigue, stress, angoisse...
L’enquête Sumer menée en 2002-2003 a d’ailleurs révélé que près d’un salarié sur 2 subit des contraintes posturales jugée «lourde» sachant que «Le travail manuel devient de plus en plus intellectuel et le travail intellectuel de plus en plus physique» comme le confirme Philippe Askenazy, chercheur au Cepremap.
Il est clair que la plupart des cols blancs ne sont pas formés à utiliser «physiquement» leur corps sans l’abîmer,en l’usant prématurément et/ou s’en exposant à de nouvelles maladies professionnelles. C’est le cas notamment des TMS (troubles musculo-squelettiques) qui représentent les 2/3 des nouveaux cas de maladies professionnelles déclarées. Selon Michel Gollac, chercheur au Centre d’études de l’emploi, «A emplois identiques, on note une recrudescence des accidents et des maladies professionnelles lorsque les décisions se suivent et se contredisent ou lorsque la pression temporelle s’accroît». A l’heure où les pays développés cherchent à allonger la durée de vie active, l’enjeu est de taille notamment pour les quinquagénaires et sexagénaires.

POIDS DES PROFESSIONS MANUELLES

En % de la population active en 2002 avec, entre parenthèses le taux comparatif en 1962 :

0,9%     Ouvriers agricoles (4,2%)
2,24%   Chauffeurs (1,8%)
2,43%   Agriculteurs, exploitants (15,9%)
2,60%   Artisans (5,4%)
7,3%     Ouvriers non qualifiés (19%)
13,1%   Ouvriers qualifiés (13,5%)
Source : Insee



LES SOINS DU CORPS, UN VRAI MARCHÉ


En France, les activités liées aux soins du corps constituent un pan important de l’économie nationale de près de 10% du PIB.
Elles représentent également 11% des effectifs salariés et bénéficient d’une croissance relativement soutenue dans presque tous les secteurs de la santé, les soins de beauté, la coiffure ou les services à domicile. Pour Xavier Timbeau, «De ce point de vue, que les pouvoirs publics investissent dans la santé via le financement de la sécurité sociale n’est donc pas forcément aberrant».
Par contre, du côté de l’industrie (chaussures, habillement, textile) les performances semblent s’amenuiser, sauf en ce qui concerne la pharmacie et l’industrie cosmétique qui affichent de confortables excédents.
La France est d’ailleurs le premier producteur européen de médicaments, même si en matière de recherche et notamment en biotechnologies, les performances sont globalement à la baisse contrairement à des pays comme l’Inde et la Chine dont les laboratoires commencent à pulluler.

VIVRE ZEN MALGRE LA PRESSION

LUTTER CONRE LE STRESS
Selon Sylvie Sanchez-Forsans, psychologue du travail et fondatrice du Capap (Centre d’applications psychologiques et d’accompagnement professionnel), «Les effets du stress sont aussi toxiques que le tabac. Un cardiaque réduirait ainsi de 44% les risques d’une seconde crise en gérant mieux sa colère».
Un avis partagé par Eric Albert, psychiatre et fondateur de l’Ifas (Institut français d’action sur le stress) qui confirme que les entreprises ont pris conscience que «L’adaptabilité des collaborateurs aux conditions de travail est devenue aujourd’hui la clé de la compétitivité».
Il est vrai que les rythmes d’adaptation aux nouveaux marchés et aux nouvelles technologies sont devenus de plus en plus rapides et exigeants.
D’après Benoît Monié, psychologue spécialiste de la gestion du stress et auteur de Bon stress, mauvais stress : mode d’emploi (Odile jacob) : «Le coût du stress oscille entre 0,8 et 1,6 milliard d’euros par an en France et atteint 20 milliards d’euros en Europe et 200 à 300 milliards aux USA !».
Un phénomène qui s’amplifie continuellement en concernant près de 70% de la population, voire pour le sur-stress, un taux de salariés compris entre 25 et 30% eu égard au ressentiment croissant à l’égard de la pression.
Pour Hélène Lacroix-Sablayrolles, DG de Lacroix & Consultants, «Les rythmes professionnels se sont accélérés, ils sont plus rapides que ceux de l’homme. On sait, par exemple, qu’il faut deux ans pour digérer un déménagement, un deuil, etc. Il faut donc accepter qu’après une période de surchauffe, il y ait une phase de décompression, voire de déprime qui suggère de reprendre souffle dans une ère de repos».
Et ce, d’autant plus comme le confirme Jean-Louis Muller, directeur à la Cegos, qu’«Adopter une politique de pression pour obtenir des résultats fonctionne mais n’est pas durable.»

LES PHASES DU STRESS DANS L’ENTREPRISE

D’après Sylvie Sanchez-Forsans l’intensité du stress repose sur 3 phases observables chez le salarié concerné :
• Phase d’alarme qui s’identifie par des symptômes tels que : palpitations, transpiration, soucis récurrents de santé, maux psychosomatiques à répétition.
• Phase de défense dans laquelle la personne mobilise ses dernières énergies sous forme de critique, colère, postures rigides, afin de s’adapter tant bien que mal aux agents stressants.
• Phase d’épuisement dans laquelle l’organisme tend à décompenser en devenant alors plus vulnérable aux maladies, un développant un état de fatigue permanent, voire en tombant dans la dépression.


FAIRE BAISSER LA PRESSION

 
Dans tous les secteurs de l’économie, les études montrent que le risque santé au travail se déplace du physique vers le psychique. D’après Eric Albert, il est important de comprendre que «La pression est un mode de management dont la valeur ajoutée est très faible. La vraie valeur consiste à donner envie et à faire partager à ses collaborateurs des enjeux communs de façon à leur permettre de rester adaptables et innovants. La santé mentale des collaborateurs est indispensable au bon fonctionnement de l’entreprise et ce n’est pas parce que celle-ci n’en est pas entièrement responsable qu’elle ne peut ni ne doit rien faire pour y contribuer.»

9 règles à mettre en place soi-même pour rester zen :

• Cibler entre stress professionnel et privé
L’erreur la plus commune consiste à tout mélanger et/ou à se prendre pour un thérapeute. Pour agir efficacement, il convient plutôt de se limiter soit à la sphère professionnelle soit à la sphère privée.

• Repérer ses propres injonctions intérieures
Ce sont les freins psychiques qui pourrissent le quotidien de type : «Il ne faut pas que je contrarie mon chef, ma femme ou mon mari», «il faut que je me comporte de telle manière avec les collègues ou telle personne…»

• Repérer ce qui stress chez soi et chez les autres

Cela concerne toutes les émotions que peuvent générer une rencontre, une situation, une obligation sous forme de changement de comportement (déplaisir, neutralité...) ; de changement de posture (se tenir avachi, distant…) ; de changement de rythme (sommeil, repas…) ; de changement de tonus (fatigue, énervement…)

• Eviter de se faire plaindre
Ne pas se mettre à nu inutilement en racontant ses petits malheurs, sa vie privée et/ou ses déceptions aux collègues ou aux personnes qui ne sont pas aptes à confiance ou à apporter des solutions efficaces.

• Mettre en place une organisation anti-stress
Il s’agit de rendre plus agréable son coin bureau, d’éviter l’usage du téléphone fixe ou portable pour un rien, ne plus se soumettre à l’invasion quotidienne des e-mails…

• Pratiquer les méthodes anti-stress qui font du bien

Le but thérapeutique consiste d’abord à éliminer les tensions négatives afin de pouvoir ensuite se reconstruire mentalement.

• Ne pas s’isoler

Le meilleur contrepoison au stress et au mal vivre consiste à aller vers toute personne ou contexte qui redonne confiance en soi, offre de la reconnaissance, permet de parler librement, renforce la cohésion avec les autres, favorise des relations fortes et durables.

CAJOLER LE CORPS POUR LIBÉRER L’ESPRIT

Selon le principe actif de l’effet placebo, «Ce qui marche le mieux c’est toujours ce à quoi l’on croit» :

• Manger de manière équilibrée
en renforçant le petit déjeuner et en allégeant le dîner pour s’endormir sans problème. Lors du déjeuner, prendre des sucres lents (riz, pâtes, pain complet, légumes secs) et des protéines (viande, poisson).

• Mieux respirer
en pratiquant la méthode «8-4-8» de Dominique Lonchant auteur de L’Art de respirer (Chiron éditeur) qui consiste, en étant assis le dos droit, à inspirer par le nez pendant 8 secondes en contractant le ventre, puis à bloquer sa respiration pendant 4 secondes et à expirer par la bouche pendant 8 secondes, en répétant cette opération pendant 2 minutes.

• Se détendre au bureau
en s’étirant toutes les 2 heures. La méthode proposée par Jean-Christophe Berlin, kinésithérapeute et auteur de 50 exercices pour rester en forme au bureau (Flammarion), consiste, en étant assis et le dos droit, à joindre les mains au-dessus de la tête puis à tendre les bras vers le plafond tout en contractant les abdominaux. L’étirement doit partir du bas du dos. Il s’agit ensuite de se mettre debout, les mains sur les hanches, et de déplacer latéralement les épaules à droite et à gauche sans bouger le bassin en répétant le mouvement une dizaine de fois, tout en expirant profondément.

• Pratiquer le bâillement volontaire
comme le font les pilotes de F1 pour se détendre. Pour cela, il faut être assis, les bras ballants, inspirer puis bâiller en ouvrant la bouche au maximum. L’effet est immédiatement apaisant.

• Chanter
est un exercice respiratoire excellent pour les nerfs ainsi que pour réduire les situations anxiogènes. Un chanteur consomme jusqu’à 50% d’oxygène en plus et pratique sans le savoir la respiration thoraco-abdomidale comme dans le yoga.

• Rire ou se forcer à rire
sachant que cela libère des endorphines euphorisantes, améliore le souffle et oblige les glandes salivaires et lacrymales à fonctionner à plein régime.

• S’octroyer des moments de détente et de relaxation
: cabine de décompression, massages, balnéo, séances d’acupuncture, réflexologie plantaire, usage d’huiles essentielles de bergamote, camomille romaine et d’orange amère, comme calmants naturels.

• Pratiquer des mouvements quotidiens de gymnastique lente
(type qi gong) durant une dizaine de minutes pour évacuer les tensions et se sentir bien dans son corps.



• Ralentir ses rythmes

S’obliger à décider et à agir plus lentement, de manière plus sélective, faire moins de chose dans la journée mais de manière plus motivée et plus qualitative.

• Devenir plus diplomate

Accepter plus facilement les concessions, les erreurs d’autrui, afin d’éviter de rendre contagieux son propre stress auprès de ses proches alimentant ainsi une ambiance néfaste.

LES PRATIQUES À EVITER

• Boire de l’alcool qui, malgré le fait que cela produit un effet désinhibiteur, antidépresseur et euphorisant, crée de l’accoutumance, des risques de cancer, laisse place rapidement à la somnolence et à la confusion mentale.
• Fumer en absorbant la nicotine dont l’effet immédiat est d’être un excellent coupe-faim et exacerbe la vigilance mais dont l’accoutumance provoque des cancers de l’œsophage, des poumons ou des maladies cardio-vasculaires et des insuffisances respiratoires.
• Se doper au Prozac, au Xanax ou à la mélatonine (sans parler des drogues douces ou dures) qui créent ensuite de forts effets secondaires.
• Se défouler en faisant du sport de manière intensive dont le résultat fait surtout grimper encore davantage la tension.
• Prendre un bain chaud le soir, alors qu’une douche froide prépare beaucoup plus efficacement le corps au sommeil réparateur.


VAINCRE LES TMS D’ORIGINE PROFESSIONNELLE


UNE CAUSE DE SOUFFRANCE
La santé au travail est devenue une cause nationale, d’autant plus que 10% des dépenses de Sécurité Sociale sont directement liées aux maladies du travail. Pour Jean-Louis Malys, secrétaire national à la CFDT, «En général, les petits traumatismes sont sous-estimés. Pour un  salarié déclarer un accident du travail léger, c’est prendre le risque d’être considéré comme fainéant». Il est vrai que pour l’entreprise tout arrêt a un coût dont le taux moyen de cotisation sur le plan national approche les 2,2% de la masse salariale. Pourtant sur le plan des maladies professionnelles, les TMS (troubles musculo-squelettiques) ont vu «Leur nombre multiplié par 10 en 10 ans» estime Evelyne Escriva de l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), avec un taux qui atteint actuellement 75% de l’ensemble des maladies professionnelles déclarées. Cette amplification serait liée, selon elle, «à l’émergence dans l’entreprise de «nouveaux taylorismes» qui obligent à travailler plus vite et/ou dans le cadre d’une rigidité de l’organisation du travail». Un constat général qui fait que les TMS peuvent affecter, à tout moment, n’importe quel travailleur en devenant à la fois une cause de souffrance et de perte de revenus pour le salarié mais aussi de coûts pour l’entreprise et l’économie nationale.


LES TROUBLES MUSCULO-SQUELETTIQUES

Les TMS d’origine professionnelle recouvrent des pathologies complexes affectant les muscles, les articulations, les tendons, les ligaments, les os, le système vasculaire local et les nerfs, au niveau du cou, du haut et du bas du dos, des épaules, des bras, des mains et des membres inférieurs. Il s’agit le plus souvent d’affections telles que : le syndrome du canal carpien (main et poignet), la tendinopathie de la coiffe des rotateurs (épaules), l’épicondylite (coude), l’hygroma du genou (ou maladies du carreleur) ou encore certaines lombalgies. Les TMS se manifestent surtout par des douleurs locales, des gênes, raideurs, picotements dans les doigts, engourdissements, gonflement des articulations, diminution de la mobilité, réduction de la force de préhension, changement de couleur de la peau…
Les troubles musculo-squelettiques sont liés, en général, à plusieurs facteurs qui en s’entrecroisant créent le risque pathologique et dont l’origine naît, souvent, d’un manque de marge de manoeuvre ou de l’impossibilité d’effectuer un geste alternatif ou naturel, du fait de :

• La répétitivité des gestes qui sollicite toujours la même fibre musculaire en créant à terme des usures localisées.
• Un travail sous contrainte de temps ou d’espace rendant le geste automatisé ou empêché.
• Des gestes et postures de plus en plus contraints (secteur des services), ritualisés et soumis à des délais imparables.
• La continuité d’une pression, d’un stress.


LES FACTEURS CONTRIBUTIFS AUX TMS

Facteurs physiques

• Exercice d’une force pour soulever, transporter, tirer, pousser une charge
• Utilisation constante d’outils ou d’objets familiers (stylo, calculatrice, clavier, souris…)
• Mouvements répétitifs
• Postures inconfortables et statiques
• Mauvaise position sur sa chaise ou face à l’écran
• Compressions physiques localisées par des outils ou des surfaces
• Froid ou chaleur excessive générant une tension constante de l’organisme
• Mauvais éclairage entraînant des positions néfastes
• Niveaux sonores élevés

Facteurs organisationnels et psychosociaux
• Travail exigeant, pression du temps
• Manque de contrôle des tâches
• Faible niveau d’autonomie, manque de pouvoir de décision
• Faible degré de satisfaction professionnelle
• Travail répétitif et monotone à rythme rapide
• Limitation des possibilités d’interaction sociale
• Manque de soutien de la part des collègues et de la hiérarchie

Facteurs individuels
• Antécédents médicaux
• Capacité physique inadaptée
• Manque d’expérience, de formation, de familiarité avec la fonction
• Vêtements ou équipements de protection inadaptés
• Age, fatigue
• Obésité, tabagisme...


LA RIGIDIFICATION DU TRAVAIL

Plusieurs groupes de facteurs contribuent aux TMS tels que les facteurs physiques et biomécaniques, les facteurs organisationnels et psychosociaux ou encore les facteurs individuels et personnels qui peuvent s’exercer dans des actions séparées ou conjointes. Plus globalement, l’apparition des TMS est directement liée à la rigidification des tâches dans l’organisation du travail et à la mauvaise ergonomie sur le poste de travail.

C’est le cas notamment avec les nouvelles technologies ainsi que de la bureautique avec les écrans d’ordinateurs, l’usage du clavier et de la souris, qui oblige à des postures figées, à des gestes répétitifs, rapides et relativement précis.

Dans le milieu industriel l’avènement du juste-à-temps, la disparition des stocks et la souplesse que cela permettait, fait que chaque salarié devient directement dépendant du groupe qui le précède générant ainsi des tensions rythmiques permanentes. Idem avec l’introduction de machines automatisées sur les lignes de production rendant impossible toute prise d’initiative et empêchant de se soustraire du dispositif en place dès lors que le geste doit rester obligatoirement calibré.

Le fait de perdre «la main» sur l’outil de travail ainsi que le changement forcé d’un simple élément dans le poste de travail induit mécaniquement l’apparition des TMS. Par exemple, sur une ligne de production, en obligeant à un déplacement plus réduit ou à une séparation entre les salariés, se produit alors un arrêt des micro-régulations et des coopérations naturelles qui permettaient d’«oxygéner» la relation au travail comme : se donner un coup de main ou rattraper un retard.

Dans l’entreprise globale, il ne semble pas y avoir de recette miracle pour réduire les TMS sachant que la problématique est de nature multifactorielle en reposant sur plusieurs types de risques : fonction technique, ergonomie, méthodes, RH, sécurité…

 
PAROLE D’EXPERT :

LE TRAVAIL, C’EST LA SANTE !


Oui, mais comment faire pour la conserver après plusieurs années consacrées à un labeur quotidien qui exposent les salariés à des risques, qu’ils soient physiques ou psychosociaux et qui font peser la menace d’une altération de leur santé pouvant se traduire par une maladie ou un accident ?
Les accidents du travail et les maladies professionnelles représentent chaque année une perte de 35 millions de journées de travail, soit une moyenne de 2 jours par an et par personne. Il ne faut pas non plus perdre de vue l’existence de risques à effet retardé sur la santé des salariés qui se déclenchent tardivement après de longues périodes d’exposition. Rappelons-nous le scandale de l’amiante.
L’enjeu est économique et social. La maîtrise des risques professionnels résulte d’une politique de santé publique globale et constitue à la fois un intérêt pour les individus et leur entreprise mais aussi pour la société toute entière. Les salariés d’entreprises sont avant tout des citoyens et leur santé représente un coût pour le pays. L’objectif est de voir le salarié quitter l’entreprise dans les mêmes (bonnes) conditions physiques et mentales qu’il l’a intégrée.

En la matière, le chef d’entreprise est responsable de l’état de santé de ses salariés. Il lui appartient de mettre en œuvre les mesures de prévention adaptées afin d’éviter ou de limiter leur exposition aux risques inhérents à leur activité, conformément aux principes généraux de prévention des risques professionnels prévus par le Code du Travail (Article L230-2).
Depuis les années 1980, c’est l’Europe qui légifère pour l’essentiel des normes françaises et de la modernisation de notre système en matière de santé et de sécurité au travail.La loi du 31 décembre 1991  marque un tournant décisif dans la mise en œuvre de mesures visant à promouvoir l’amélioration de la sécurité et de la santé des travailleurs. Elle s’applique à tous les pays membres de la CEE. Elle prévoit que l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs de l’établissement (Article L230-2 du Code du Travail).
Par cette loi, l’approche de la santé et de la sécurité au travail devient une démarche d’évaluation a priori des risques. Un risque est la probabilité de voir un danger causer un dommage. Le risque peut être de nature physique ou psychosociale. Par risque physique est entendu tout ce qui peut provoquer un dommage corporel tels les troubles musculo-squelettiques (TMS), les atteintes auditives ou visuelles, les troubles respiratoires ou encore les pathologies à effets irréversibles, etc. Quant aux risques psychosociaux auxquels peuvent être soumis les salariés, ils concernent les situations de violences, de harcèlement moral ou sexuel ou les conditions de travail engendrant un certains nombre d’insatisfactions qui soumettent le salarié à un état de stress et de mal-être général pouvant avoir des répercussions psychologiques et morales dramatiques (burn-out, dépression, suicide, etc).

La prévention des risques prend alors la forme d’une action qui concourt à diminuer la probabilité ou la gravité d’un incident non voulu afin de protéger les salariés et leur santé (état global de bien-être physique, mental et global).
Il s’agit alors pour le dirigeant et le personnel désirant s’associer à la démarche d’appréhender les dangers pour la santé et la sécurité des travailleurs dans tous les aspects liés à l’activité de l’entreprise afin de pouvoir repérer les risques existants.
Les résultats de cette évaluation doivent être transcris et consignés dans un document unique (décret n°2001-1016 du 5 novembre 2001). Ce document est obligatoire et réglementaire depuis le 5 novembre 2001 dans chaque entreprise de production ou de service et les associations dès lors que celles-ci emploient au moins un salarié.
Il est  destiné à inventorier les risques auxquels les salariés de l’entreprise peuvent être exposées, à les évaluer du point de vue de la fréquence d’occurrence et de leur gravité potentielle puis à envisager des solutions de prévention de ces risques encourus.
Ce document doit être mis à jour au moins une fois par an et lors de toute décision d’aménagement supplémentaire. Il doit être tenu à la disposition de tous les salariés mais aussi du CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) pour les entreprises de plus de 50  salariés, des délégués du personnel, du médecin du travail et de l’inspecteur du travail. L’absence de document unique, en cas de contrôle de l’inspection du travail, peut être sanctionnée de 3.750€ d’amende par unité de travail (article 4741-3 du code du travail). De plus, le chef d’entreprise est également tenu à une obligation générale d’information et de formation à la sécurité.

En pratique, la santé et la sécurité des salariés sur leurs lieux de travail passent par un certain nombre de prescriptions qu’il convient de respecter en y intégrant dans un ensemble cohérent la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales, l’influence des facteurs ambiants, etc.
Les risques les plus fréquents auxquels sont exposés les salariés concernent des situations dangereuses liées à l’activité physique, à l’éclairage, aux ambiances thermiques, aux nuisances liées au bruit, à la circulation des hommes et des véhicules, à la manutention, aux produits et aux émissions de déchets, aux équipement de travail, ainsi qu’à l’organisation du travail dans son ensemble (rythme, horaires, relations sociales, etc). La liste est bien évidemment loin d’être exhaustive.

La démarche d’amélioration des conditions de travail s’appuie sur les règles générales d’action suivantes :
• éviter les risques
• évaluer les risques qui ne peuvent être évités
• combattre les risques à la source
• tenir compte de l’état d’évolution de la technique
• remplacer ce qui est dangereux par ce qui l’est moins ou pas du tout
• introduire la prévention des risques dans l’organisation du travail
• adapter le travail à l’homme et non l’inverse
• prendre des mesures de protection collective avant les mesures individuelles
• donner les instructions appropriées
• contrôler l’application de ces mesures.

Par manque de temps et d’expertise dans ce domaine, mais aussi afin d’apporter un regard extérieur et objectif sur les conditions de travail au sein de son entreprise, il est souhaitable pour le dirigeant qu’il se fasse assister par des spécialistes (ergonomes, intervenants en prévention des risques professionnels, inspecteurs du travail, etc).
Au-delà d’une énième mesure destinée à réglementer toujours plus le monde du travail et à contraindre le chef d’entreprise à respecter un cadre administratif très directif, il faut considérer la démarche de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail comme une opportunité de progrès pour l’entreprise.
Ainsi, une politique de prévention des risques qui diminue les accidents du travail et les maladies professionnelles améliore simultanément la santé des salariés et l’efficacité de l’entreprise.

Des critères objectifs permettent de mesurer les effets bénéfiques de la bonne volonté et de l’engagement du dirigeant et de ses salariés dans l’amélioration des conditions de travail : la réduction de l’absentéisme, la diminution des incidents engendrant des pertes de temps, la baisse du coût direct des cotisations accidents du travail et maladies professionnelles et des coûts indirects dus au turn-over et à l’augmentation des délais, l’amélioration de l’attractivité de l’entreprise et la fidélité des salariés, ou encore, ce qui n’est pas négligeable, l’amélioration du climat et des conditions de travail.
C’est la participation de tous et l’engagement de chacun qui  constituent le fondement de la démarche, les objectifs induits étant le renforcement du dialogue social et l’amélioration des conditions de vie au travail, le but recherché étant l’efficacité et la productivité de l’entreprise.

Marianne Valin, Psychologue du travail - Abay Conseil, abay@abay.fr

 

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