Aliénor : conseil et formation

Les dossiers de la rédaction
Voir les autres dossiers du JDP N° 107 Voir les dossiers de tous les JDP
JDP N° 95 : Banques & Finances - Crise financière, Financement de l'économie, la gestion de patrimoine Article complet

Date : 24/06/2009

• La 1re crise bancaire et financière du 3e millénaire
• Le rôle des banques dans le financement de l’économie
• Pourquoi les PME souffrent ?
• Les conseillers indépendants dans la gestion du patrimoine


LA 1RE CRISE BANCAIRE ET FINANCIERE DU TROISIEME MILLENAIRE


PLUS IMPORTANTE QUE 1929

D’après Barry Eichengreen et Kevin H. O’Rourke, économistes, les conséquences connues de la crise financière sur l’activité économique mondiale «S’exercent aujourd’hui avec plus de violence que cela n’a été le cas après le krach de 1929 et la crise bancaire internationale qui a suivi».

Ils pensent, en effet, que l’on sous-estime la gravité de la crise actuelle qui vient de son caractère global. Pourtant la comparaison des données montre que si «Au cours des neuf derniers mois, la chute de la production industrielle a été du même ordre que dans les années 30, le commerce mondial plonge de son côté beaucoup plus vite.
De même, la baisse des Bourses au niveau mondial est d’une amplitude plus importante».

Ces 2 chercheurs considèrent toutefois que la bonne nouvelle provient du fait que «La réaction des politiques publiques apparaît bien plus forte que ce qu’elle a été lors de la Grande Dépression. Les banques centrales arrosent aujourd’hui la finance de liquidités alors qu’elles en avaient restreint la distribution dans les années 1930 et les politiques budgétaires contemporaines sont bien plus expansives, apportant un plus grand soutien à la croissance.»

UNE RESPONSABILITÉ ÉVIDENTE DES BANQUES
Selon un rapport réalisé par un groupe de travail américain à l’occasion du Davos 2009, «Les financiers du monde entier voient plutôt l’avenir de leur métier en noir». Il est vrai que ce rapport prédit une finance fortement encadrée et des banques recentrées sur leur métier de base consistant à collecter des dépôts et à distribuer des crédits.
Il est également indiqué que «Le système financier mondial est maintenant à un tournant historique» alors qu’auparavant «La croissance des services financiers reposait sur des fondements déséquilibrés, c’est-à-dire des politiques monétaires et budgétaires expansives, une déréglementation excessive et une utilisation inconsidérée du crédit et de l’effet de levier». Toujours selon ce rapport, l’image de la banque et de la finance en a pris un coup pour de très nombreuses années.
Il est clair que la responsabilité en échoit principalement à la cupidité des banques qui faisant fi de leur solvabilité «ont financé des crédits à risque et ont joué à repasser le mistigri par le biais de la titrisation à d’autres banques ou assureurs afin de pouvoir prêter toujours plus».
En prenant des risques mal mesurés, de nombreuses grandes banques ont ainsi enregistré des pertes importantes rognant leurs capitaux propres les poussant ensuite à restreindre leurs encours de crédit. L’autre grande responsabilité dans cette gabegie d’endettement mondial est à mettre au compte des Banques centrales qui «ont mené pendant des années des politiques monétaires expansionnistes en maintenant les taux d’intérêt à des niveaux artificiellement bas et en laissant enfler des bulles sur les actifs, au premier rang desquelles l’immobilier.»

2 VOIES DE SORTIE DE CRISE
La «nouvelle» feuille de route qui s’impose aux établissements bancaires et financiers doit prendre 2 voies possibles :

1. Une intervention étatique plus forte avec davantage de contrôles visant à empêcher les prises de risques excessives des banques. Celles-ci devront ainsi mettre davantage de capital de côté à chaque fois qu’elles prendront un risque mais aussi moins dépendre d’emprunts à court terme et financer leurs activités essentiellement à partir de leurs propres ressources. Dans cette optique, le nationalisme bancaire refait son apparition même si «Le degré de réglementation et de supervision varie énormément selon les pays». A la place de règles internationales uniques (hypothèse plausible pour après-demain), chaque pays pourra opter pour une stratégie de politique publique de plus-disant réglementaire ou de moins-disant (cas le plus probable).
2. Recentrage des métiers traditionnels de la banque vers une approche plus «commerciale» de récolte des dépôts et d’octroi de prêts. Même si la crise actuelle est propice à un mouvement de consolidation faisant que les banques survivantes ont tendance à fusionner et à favoriser des établissements de grande taille associant les activités de banque commerciale et de banque de marché, le rapport prévoit qu’«Une période de désagrégation pourrait rapidement suivre la vague actuelle de consolidation du fait que les régulateurs décideront de casser ces nouveaux conglomérats ou parce qu’ils ne produiront pas la rentabilité escomptée par les investisseurs.»

COÛT DU SAUVETAGE DES BANQUES

Ensemble des mesures de soutien public aux banques sur la période 2008-2010 en % du PIB, comprenant les apports en fonds propres, le rachat d’actifs douteux et l’apport de liquidités par les banques centrales grâce au soutien du Trésor de chaque pays :

19,8% Royaume-Uni

13,8% Norvège

8,8% Canada

6,3% Etats-Unis

3,7% Allemagne

1,5% France 

Source : FMI


LES PLANS DE RELANCE BUDGÉTAIRE 2009-2010


En milliards de dollars et en base % du PIB 2007 :

Etats-Unis
    787
    5,5%

Chine
    586
    7%

Japon
    106
    2,5%

Allemagne
    102,5
    3,1%

Royaume-Uni
    38
    1,3%

France
    32,5
    1,3%

Espagne
    23,5
    1,7%

Italie
    7,5
    0,4%

Source : Enjeux-Les Echos


QUI VA PAYER ?
Aujourd’hui, les Etats injectent des milliards de dollars pour relancer l’économie et éviter l’effondrement de leurs systèmes bancaire et financier. Si la crise provient d’un excès anormal de créances pourries (type Subprimes et produits toxiques) créant la défiance financière, elle est également autoalimentée par un effondrement mondial de la demande lié à la défaillance momentanée des ménages et des entreprises privées. Une situation, selon les conseillers économiques qui oblige les Etats à multiplier les plans de sauvetage et à mettre à contribution les «volontaires d’office» qui sont les salariés, les contribuables, les ménages et les épargnants, c’est-à-dire toujours les mêmes et cela, de 4 manières différentes qu’ils soient européens, américains, asiatiques ou africains :

1. Via la perte et la destruction d’emplois évaluées à des centaines de milliers par mois pour un total final de plusieurs dizaines de millions, voire de centaines de millions, à l’échelle de la planète. De la même manière qui dit remontée du taux de chômage dit également pression sur les salaires de ceux qui conservent un emploi créant ainsi «Une longue période de perte de pouvoir d’achat dans les pays de l’OCDE » selon l’avis de Patrick Artus de Natixis.
2. Via la baisse des prix des biens possédés (immobilier, valeurs boursières…). Déjà aux Etats-Unis, le propriétaire d’un logement a vu sa valeur patrimoniale divisée par 2. Idem avec le plongeon des bourses qui a fait partir en fumée, au niveau mondial, l’équivalent d’une perte estimée à 50 000 milliards de dollars soit une année mondiale de production ou 80% du PIB de la planète ou encore 1 année de travail pour rien pour les épargnants.
3. Via une perte de capitalisation dans les fonds gérant les systèmes de retraite par capitalisation (Sicav, fonds communs…). Ainsi l’OCDE estime à 20% la perte de valeur de ces fonds soit 5 000 milliards de dollars. Un coup dur pour les retraités dont les pensions complémentaires ne sont pas indexées sur les prix.
4. Via la facture fiscale des plans de sauvetage des banques et des plans de relance économique qui sont de véritables bombes à retardement pour les années à venir. Il est déjà prévu que différents moyens coercitifs seront appliqués en direction des ménages et des entreprises : inflation, hausse des taux d’intérêt, relèvements massifs d’impôts, à l’instar de la grande dépression des années 30.

PLANS DE SOUTIEN AUX BANQUES


Sur la période 2008-2010 en milliards de dollars avec : A (Aides au refinancement sous forme de garantie et de ligne de crédit) ; R (Recapitalisation) ; D (Défaisance d’actifs pourris) :

  A R D
Etats-Unis 1 450 700 1 000
Allemagne 500 100
pour
R/D
 
France 400 50 0
Royaume-Uni 352 52 0
Espagne 250 0 37,5 à 62,5
Italie 0 15 0

Source : Enjeux-Les Echos



LES RISQUES DU CONTRECOUP
L’interaction entre l’économie du réel et le monde de la finance ressort d’une grande complexité faisant que l’insuffisance ou la modification inadaptée de certains réglages peut avoir des effets induits importants. Etant donné le niveau affolant des déficits publics et des dettes publiques dans un monde où les liquidités sont surabondantes, plusieurs épiphénomènes économiques sont à attendre :
• Une stag-déflation (pression déflationniste des prix) durant les prochains trimestres compte tenu de la nécessité de corriger les excès d’endettement massif et de réduction des surcapacités de production qui pénalisent actuellement de nombreux secteurs dans le monde (BTP, automobile…)
• Retour de l’inflation dans 2 ou 3 ans à cause de l’utilisation de la planche à billets (monétisation) dans le but principal d’alléger le fardeau de l’endettement des Etats.
• Risque de défiance des investisseurs internationaux vis-à-vis des Etats-Unis, lesquels sont devenus le premier débiteur de la planète, notamment de la part de ses principaux bailleurs de fonds (Chine, Moyen-Orient) qui, craignant un effondrement de leurs actifs en dollars, pourraient envisager de s’en débarrasser. Dans une telle hypothèse, il s’ensuivrait forcément une période inflationniste liée à l’emballement des salaires et aux tensions sur le marché du travail, ainsi que le retour probable d’une boulimie de crédit et surtout d’une valse des étiquettes.
• Retour des bulles spéculatives sur les actions ou via une nouvelle flambée des matières premières (produits agricoles, pétrole) pour cause de spéculation.
• Persistance d’un dollar faible associée à une hausse des taux d’intérêts à long terme défavorable aux entreprises et à l’investissement dans le cadre d’une perspective de croissance plus modeste que ces dernières années.

LES BIENFAITS RELATIFS DE L’INFLATION

Selon Patrick Artus, le retour rapide de l’inflation en Europe est peu probable pour 3 raisons :

• L’évolution du chômage et de la concurrence des pays émergents exclues une inflation par les salaires.

• L’excès mondial de capacités du fait d’un niveau élevé d’investissements et de réserves de main-d’oeuvre importantes dans les pays émergents.

• Une récession mondiale qui limite la demande.

Pourtant, paradoxalement, un peu d’inflation ne ferait pas de mal en permettant d’alléger les dettes publiques comme en diminuant simultanément les taux d’intérêt.
L’aspect rassurant de cette hypothèse est que les Etats savent aujourd’hui assez bien contrôler les montées de fièvre inflationniste «En montant les taux d’intérêt, en réduisant les dépenses publiques et en augmentant les impôts» comme le souligne Alexander Law, économiste chez Xerfi. «A l’inverse, la déflation permanente (baisse des prix) c’est pire, comme le montre l’exemple japonais car on ne sait pas en sortir.»

• Défaillance voire banqueroute de certains petits pays gros emprunteurs dits «périphériques», notamment en Europe centrale, en raison d’un très fort endettement en devises étrangères.
• Possibilité d’un krach obligataire lié à la remontée des taux courts, des taux directeurs des Banques centrales et/ou de l’insuffisance de demande d’obligations.

LES RISQUES DE SORTIE DE CRISE

Afin de tenter de relancer l’activité, les Banques centrales ont mis en oeuvre des politiques très expansionnistes faisant qu’actuellement le monde croule sous les liquidités. Du fait de l’aversion actuelle au risque, celles-ci sont stockées en cash ou en titres souverains. Il est à craindre toutefois que si les plans de relance fonctionnent, les investisseurs remettent le doigt dans l’engrenage en recherchant de nouveau des rendements financiers toujours plus élevés.
Pour Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision à l’OCDE, «Le risque est donc que la sortie de crise se passe assez bien mais que de nouvelles bulles sur les actifs (actions, biotechs…) se créent avec tous les dangers de ré-explosion que cela comporte». Pour éviter l’arrivée d’un tel scénario de dérive, Alexander Law préconise de «Mettre en place des politiques de rigueur quitte à limiter la croissance». Il s’agirait alors de favoriser la remontée des taux longs et d’augmenter les impôts jusqu’à 6 à 8% de prélèvements obligatoires supplémentaires par an, pendant 10 ans, afin de pouvoir apurer l’endettement actuel des états...


POURQUOI LES ÉCONOMISTES N’ONT-ILS RIEN VU VENIR ?
Tous les spécialistes de la finance mondiale ainsi que les économistes se sont collectivement plantés face à la crise actuelle. Selon Richard Dale, économiste britannique, en dépit des «4 000 professeurs en finance dans le monde et des milliers de documents de recherche publiés chaque année» aucun spécialiste n’a prévenu de la possibilité d’une crise. Un constat qui fait peur lorsque tous les gouvernements du monde sont entourés de ce type d’experts en chambre formés à la même théorie financière économique dominante. Selon Dani Rodrik, également économiste, «Cette confiance aveugle dans les modèles de la science économique dominante se traduit par une foi absolue dans l’autorégulation des marchés». D’après lui : «Les économistes ont trop souvent transmis leurs propres préférences économiques et sociales. Au lieu d’être des analystes, ils ont été des idéologues». Il est clair que les règles qui semblaient immuables depuis une quarantaine d’années tombent les unes après les autres et que les repères traditionnels volent en éclats : seuils techniques, ratios, PER, décotes, anticipations, indice de volatilité… et autres grandes formules mathématiques utilisées en finance et économétrie. En fait, selon Julien Nebenzahl, président du bureau d’analyse Day by Day «L’analyse technique étudie le passé. Il n’y a que deux exemples dans le passé qui soient comparables à ce qui se passe actuellement : les krachs de 1973-1974 et de 1929-1932». Autant dire qu’il est grand temps de réinventer de nouveaux paradigmes boursier et économique.

LES SIGNAUX DE LA REPRISE
Certains pensent que «Nous ne sommes plus très loin de la fin de la récession» à l’instar de Michel Didier, directeur général de l’institut COE-Rexecode alors que d’autres pensent que la fin de la crise se situera vers le milieu de 2010 comme Jean-Claude Trichet, président de la banque centrale européenne. Quoi qu’il en soit et ainsi que le souligne Patrick Artus, «Les actions remontent toujours deux trimestres avant le redémarrage de l’économie et ce, depuis les années 1920». Ce qui est donc intéressant de savoir c’est quand les premiers signaux de reprise boursière apparaîtront ?
D’après William Mussat, président de Neuflize-OBC AM, l’indicateur de redémarrage est «Dans les rapprochements d’entreprises. Ils marquent le creux du marché». Selon lui, le marché peut repartir à la hausse dès que «Les entreprises estiment que les cours de leurs concurrents sont tellement bradés qu’elles ne courent aucun risque à les acheter». Un autre repère à surveiller concerne les mouvements des grands investisseurs tels Albert Frère en France ou Georges Soros et Warren Buffet aux Etats-Unis, dont les flairs légendaires leur ont permis, dans le passé, d’acheter au meilleur moment. Le multimilliardaire Warren Buffet a d’ailleurs toujours appliqué à la lettre sa maxime favorite qui dit : «Etre craintif quand les autres sont cupides et cupide quand les autres sont craintifs».

LES MILLIARDS PERDUS EN BOURSE

En dehors des ventes à perte, toutes les sommes perdues en Bourse ne sont pour l’essentiel que virtuelles. Il s’agit là de comparer, dans l’absolu, l’état d’actionnaires potentiellement riches - si ceux-ci avaient réellement pu vendre leurs actions au cours prévalant avant le krach - et le niveau de leur portefeuille d’actifs en fonction de la baisse des cours s’ils avaient dû vendre précipitamment. Cependant, pas de vente pas de perte, pas de perte pas de problèmes de trésorerie, même s’il existe tout de même des conséquences tangibles pour l’entreprise (baisse du PER, difficulté à mobiliser le capital-risque et/ou à proposer une augmentation de capital…).

C’est également le cas pour les ménages par le biais de ce que l’on nomme «l’effet de richesse». Se croyant riches avec leur patrimoine, les ménages ont eu tendance à mener souvent grand train en épargnant peu, compte tenu du fait que la valeur de leur patrimoine augmentait tout seul avec la hausse de l’immobilier et/ou des actions, et en empruntant beaucoup, pensant qu’ils pourraient rembourser facilement en mettant en vente un bien ou des titres. Face à la crise, soit la tendance est à restreindre brutalement la consommation afin de reconstituer son patrimoine soit à vendre, ce qui alors permet de constater des pertes.


LE ROLE DES BANQUES DANS LE FINANCEMENT DE L’ECONOMIE


UN RÔLE D’INTERMÉDIATION FINANCIÈRE
Traditionnellement les banques ont un rôle d’intermédiation financière dans le financement des entreprises et des ménages. Le moteur principal de leur activité, en dehors du volet collecte de dépôts et outils de gestion bancaire (carte, chèque, traite…) se concentre actuellement sur le crédit et la financiarisation des titres. Ces deux systèmes financiers dits d’intermédiation financière, sont relativement équilibrés entre eux et font que le développement des commissions touchées sur les opérations de marché compense largement la diminution de la marge d’intermédiation fondée traditionnellement sur les crédits et les dépôts. Sous l’angle de la globalisation financière, il est également vrai que le fonctionnement des banques et le contenu de leurs activités se sont profondément transformés. Durant les 2 dernières décennies celles-ci ont su remodeler leur activité dans le cadre de 2 tendances majeures liées à la globalisation financière : l’intégration ou extension de leur périmètre d’activités aux métiers de l’assurance et de la gestion des titres financiers (actions et obligations) et, l’internationalisation sous forme de développement de leurs activités hors frontière.
En cela, les établissements bancaires ont réussi à concilier parfaitement bancarisation et marché de capitaux contrairement aux prévisions des économistes qui, au départ, ont opposé le financement des marchés par émission de titres comme principal substitut aux crédits bancaires. En fait, le développement des marchés de capitaux a largement profité aux banques faisant d’elles des acteurs majeurs. Une évolution qui s’explique assez bien par le fait que pour fonctionner, les marchés financiers ont besoin d’intermédiaires géographiquement bien répartis capables d’assurer la liquidité des opérations de vente et d’achats de titres.

UN SYSTÈME HYBRIDE
Le système financier moderne est considéré comme hybride depuis que la finance bancaire, via l’achat de titres, contribue au financement de l’économie. Aussi l’erreur la plus commune est-elle d’opposer la finance bancaire à la finance de marché, sachant que le développement des marchés va forcément de pair avec le développement des intermédiaires financiers dont les banques font intégralement partie. Le lien de complémentarité entre les marchés de capitaux et les banques s’est même considérablement renforcé faisant que le système financier est devenu à la fois hybride et vital pour l’économie dans ce que l’on appelle «les marchés de capitaux intermédiés». Au fil de cette évolution poussée par la globalisation, les banques ont été amenées à diversifier leurs activités en constituant des grands groupes bancaires capables d’offrir une gamme complète de services bancaires et financiers. Il en résulte dorénavant que tous les groupes bancaires cherchent à être présents dans les 3 grands domaines de la finance : la banque, l’assurance et la gestion de titres. Cette multispécialisation des banques n’est toutefois pas décentrée de leur cœur de métier traditionnel, c’est-à-dire la banque de détail dont l’objet est de s’adresser d’abord et avant tout aux particuliers et aux TPE-PME.

BANQUE, NTIC ET RESTRUCTURATION
Contrairement aux prévisions qui envisageaient un éclatement du réseau traditionnel sous l’impact des nouvelles technologies, le réseau «en dur» des banques a su opportuniser l’impact marketing des innovations technologiques. Ainsi, à l’inverse du mouvement escompté lors de l’arrivée de la banque virtuelle qui devait instaurer une relation à distance relativement impersonnelle fondée sur le nomadisme du client, les banques ont su créer une multitude de canaux enfermant celui-ci dans des packages de services. Mieux que cela, l’e-banque a réussi à réduire la distance psychologique séparant traditionnellement le client de sa banque en ciblant parfaitement les besoins financiers de ses clients grâce au brassage informatique des données personnelles.
Face aux transformations du monde, les banques ont réussi à dépasser le sens commun en faisant preuve d’une grande ingéniosité et capacité d’adaptation. Preuve en est avec la vague de fusions-acquisitions menée depuis 1990 faisant que le secteur bancaire et financier se place juste derrière les nouvelles technologies par l’importance des opérations de restructuration et de croissance externe. Alors que les économies d’échelle sont avancées comme principale raison dans les opérations de fusions-acquisitions, d’autres facteurs semblent également jouer un rôle important. Il s’agit notamment de la recherche de pouvoir sur le marché et la volonté de puissance des dirigeants, des facteurs largement supérieurs aux seules nécessités de changement d’organisation et/ou de réduction des risques par diversification.

LES EFFETS DE LA DÉRÉGLEMENTATION
Depuis les années 80, les banques ont également fait l’objet d’une déréglementation radicale via la levée de l’encadrement du crédit et du contrôle des changes. Même si la règlementation bancaire n’a pas disparu et que les normes prudentielles et préventives internationales (Comité de Bâle) sont particulièrement exigeantes en astreignant les banques à une stricte couverture en fonds propres de leurs risques, il n’en demeure pas moins que les règles ont changé de nature. Actuellement la nouvelle régulation des banques repose en partie sur l’autocontrôle des banques par elles-mêmes, même si le rôle de l’autorité de tutelle se limite à vérifier la validité des procédures et des instruments de contrôle interne. Par exemple, en matière de rendement et de risque, si les fonds propres sont devenus une variable stratégique à partir de laquelle les banques doivent satisfaire aux normes internationales (ROE à 15% et plus), elles sont également autorisées à utiliser leurs propres instruments d’évaluation des risques pour déterminer leurs besoins en fonds propres. Dès lors, il apparaît clairement que l’arbitrage entre dépôts, crédits, titres et produits dérivés, élargit fortement la base «stratégique» des fonds propres. L’effet induit est que lors d’un krach, l’impact des titres financiers prend un rôle déterminant. De plus, la nouvelle régulation des banques tend à influencer l’action des pouvoirs publics qui, au lieu d’être les décideurs, deviennent les suiveurs par rapport à la tournure prise par l’évolution des marchés financiers.

LA RÉFORME «BÂLE 2»

Créé en 1974 par les banques centrales du G10 de l’époque à la suite de 2 faillites bancaires retentissantes (Herstatt et Franklin National Bank), le comité de Bâle a pour rôle principal d’œuvrer à la stabilité financière des banques en leur recommandant de respecter des normes destinées à les empêcher de prendre trop de risques. Les premiers accords de Bâle en 1986 ont ainsi soumis les banques à une exigence minimale de fonds propres (ratio Cooke) fixée à 8% de leurs actifs pondérés par les risques. Les accords de Bâle 2 entrés en vigueur en 2007 affinent la mesure du risque de crédit et introduisent de nouveaux risques à gérer tels que les risques opérationnels liés aux dysfonctionnements des systèmes informatiques. Depuis, les banques sont autorisées à utiliser leurs propres instruments d’évaluation des risques pour déterminer leurs besoins en fonds propres.


LA TENTATION DU PROFIT PAR L’INNOVATION

La domination du système financier sur l’économie et de l’économie sur le social dans un cadre capitalistique conduit certes à des progrès mais aussi, lorsque tout cela dérape, à des catastrophes de nature sociétale. C’est le cas notamment à l’occasion des crises financières qui ont toutes pour origine une exploitation surdimensionnée d’une innovation importante. Des innovations qui proviennent de l’économie réelle (Chemins de fer au XIXe siècle ou de l’Internet au XXe siècle), de pratiques réglementaires (plutôt de dérégularisation) avec la libéralisation des marchés financiers ou encore, lorsque les organismes financiers inventent eux-mêmes de nouveaux moyens de spéculation. C’est le cas, cette fois-ci, avec les produits dérivés qui originellement sont destinés à transformer les prises de risques en actifs financiers vendus à d’autres secteurs financiers lesquels inventent, eux-mêmes, de nouvelles techniques pour les découper en tranches et les mélanger avec d’autres en vue de les revendre à leur tour… aux banques. Déjà l’Ecossais Adam Smith, apôtre du laisser-faire sur les marchés, avait prévenu que l’homme est naturellement égoïste et qu’en ce domaine «Les conduites individuelles rationnelles peuvent diminuer la richesse collective au lieu de l’augmenter». Idem pour John Maynard Keynes, grand défenseur de l’implication de l’Etat dans l’économie, qui insistait également sur «les esprits animaux» qui poussent les hommes à spéculer. Il semble bien que malgré les préventions successives des grands penseurs de l’économie en matière d’éthique dans le capitalisme, le monde financier n’en a cure dès lors qu’il peut faire de l’argent pour s’enrichir toujours plus et d’abord pour lui-même. La question qui doit se poser est donc de savoir si l’ingénierie bancaire et financière est un facteur global de stabilisation ou de déstabilisation en matière d’enrichissement collectif.

L’USAGE DES PRODUITS DÉRIVÉS

Afin de réduire le coût en fonds propres de leurs risques, les banques ont recours à de nombreuses innovations comme celles des produits dérivés dont l’objet consiste à transférer les risques individuels aux marchés financiers. Cette réduction du risque individuel multiplié par des centaines et milliers d’opérateurs à l’échelle mondiale induit, parallèlement, une augmentation du risque global sur l’ensemble du système financier. Actuellement les produits dérivés fabriqués depuis 30 ans sont à la base d’un volume incroyable de créances toxiques circulant dans le monde estimé à 600 000 milliards de dollars, soit un encours équivalent à 12 fois le PIB mondial !


LE GRAND CASINO DU CAPITALISME
Considérant que le premier carburant des crises financières est celui de l’innovation, il n’est pas anormal de constater un fort engouement de la part des investisseurs (fonds de pension, institutionnels, compagnies d’assurance…) qui y voient là de nouvelles opportunités de rendement élevé. En exigeant des titres spécifiques, les investisseurs obligent alors les financiers à se faire concurrence entre eux tout en leur permettant, au passage, de prélever des commissions juteuses de gestion et à les utiliser pour eux-mêmes comme outil de placement. Un cercle vertueux, ou non vertueux selon l’approche, qui reflète bien le dernier cas d’école soulevé par la crise actuelle avec le jeu financier utilisant des créances toxiques dont les fameuses Subprimes en matière de prêts immobiliers. A cela, s’ajoute un second carburant fondé sur l’extension du crédit. Si l’on considère que la finance internationale fonctionne comme une locomotive à charbon, les financiers ont tendance à empiler emprunts sur emprunts afin de faire avancer le train jusqu’à la surchauffe. Non contents de jouer avec l’argent des autres et leur propre argent, les intermédiaires financiers empruntent également de l’argent dans un cadre interbancaire afin d’accroître le montant de leurs paris. Dans la plus grande opacité, l’ingéniosité financière des années 1990 à 2007 a ainsi surtout consisté à inventer des moyens pour emprunter le plus possible sans que cela se voie trop afin de ne pas affoler les prêteurs. Il en résulte, au final, ce que les économistes appellent un «accélérateur financier» formant une bulle auto-entretenue qui fait que l’argent prêté sert à acheter des actions d’entreprises, des biens immobiliers ou autres, dont mécaniquement les prix (ou cours) montent et servent de garanties pour de nouveaux prêts. Une sorte de pyramide de Ponzi légale qui explique le fait que toute crise financière résulte surtout d’une crise de crédit entre banques !

LA PYRAMIDE DE PONZI

L’affaire Bernard Madoff qui a défrayé la chronique financière début 2009 est une escroquerie inventée par Charles Ponzi lequel, à l’époque (en 1920), devint millionnaire en quelques mois après avoir mis en place une opération immobilière frauduleuse en Californie. Sur le principe, il s’agit d’une vente pyramidale consistant dans la promesse de fortes plus-values de placement, lesquelles sont en fait alimentées directement par l’arrivée de nouveaux investisseurs apportant de nouveaux capitaux. La stabilité du système vient du fait que les retraits sont bien moins importants que les arrivées de fonds qui sont eux-mêmes placés, en partie, sur des fonds sérieux et spéculatifs de façon à produire des intérêts. L’explosion de la bulle spéculative se produit lorsque la demande de sorties de fonds devient supérieure aux entrées.


LE MOMENT CRITIQUE

L’économiste américain Charles Kindleberg avait déjà décrit en 1973 le fait qu’il existe un «moment critique» au moment où la confiance financière dans l’avenir disparaît par excès d’offre et ralentissement de la demande. Ce retour à la réalité dans le constat qu’il n’y a plus rien à gagner fait que tout le monde veut «quitter la fête en même temps». A ce moment là, les banques non contentes de réduire le crédit aux investisseurs, entreprises et ménages, ne veulent même plus prêter aux autres banques en devenant incertaines sur la solidité de leurs confrères. C’est alors le moment clé de toute crise financière, «Celui ou l’agrégation des intérêts privés ne permet plus d’assurer le fonctionnement et la stabilité des marchés boursiers». Les opérateurs financiers sont pris de panique dans une explosion de transactions en prenant tour à tour des paris à la vente, pour éviter de trop perdre, ou en achetant pour réaliser un coup financier. Enfin, lorsque les prix finissent par n’avoir plus aucun sens, les financiers ne veulent plus qu’une seule chose : vendre et quand plus personne ne veut acheter le marché s’éteint créant alors des pertes énormes pour certains. C’est ce qui s’est passé en Indonésie en 1997 au moment de la crise asiatique et dernièrement sur de nombreuses places (Inde, Corée du Sud…) obligeant les bourses à fermer. La crise financière prouve qu’en contrepoint de la «main invisible» définie par Adam Smith, dont l’influence est de toujours rééquilibrer le marché en dehors de la volonté directe des acteurs, existe en face une «force entropique» induite par un mouvement collectif irrémédiable qui pousse les acteurs au mimétisme dans un «jusqu’au boutisme» irrationnel créant inévitablement les conditions du déséquilibre du marché. L’étape suivante est connue : c’est le krach financier !

LE CYCLE DES CRISES

Il existe 9 principales étapes dans une crise financière :

1. Emergence d’une innovation importante

2. Anticipations d’une nouvelle demande et de nouveaux profits

3. Accélérateur financier via le crédit

4. Explosion du prix des actifs

5. Mimétisme sur les marchés boursiers

6. Fragilité croissante des valeurs et des biens

7. Krach financier

8. Intervention publique

9. Reprise de la confiance



POURQUOI LES PME SOUFFRENT ?

LE PIÈGE DU «CRÉDIT CRUNCH»
En règle générale, la récession est directement liée à un coup de frein puissant sur l’investissement des entreprises et sur la consommation des ménages. Le problème prend encore plus d’acuité du fait que les banques en manque de fonds propres, ou soumises à un fort endettement, sont obligées de réduire leurs encours de prêts et de financement habituel du poste client en pratiquant le «crédit crunch» (rationnement/rétrécissement du crédit). A ce moment là, lorsque les grandes entreprises rencontrent des difficultés en Bourse et les PME des problèmes pour emprunter de l’argent, le manque de trésorerie oblige un certain nombre d’entre elles à s’engager dans des plans de restructuration drastiques et/ou de licenciement en masse. Il s’ensuit mécaniquement, pour les plus fragilisées, une hausse des défaillances ou pour le moins une tourmente financière dont les banques sont à l’origine. A cet égard, il est possible de dire que les dirigeants des grandes banques et les traders agissant notamment dans les produits dérivés ont une triple responsabilité à l’égard de la crise financière mais aussi de la crise économique et en matière sociale (licenciement, hausse du chômage…).

PERTES LIÉES AU KRACH BOURSIER 2008

Une estimation du cabinet Seeds Finance a projeté la perte moyenne par ménage, en euros et en % du patrimoine, selon les catégories socioprofessionnelles :

Professions libérales
    122 273
    19%

Artisans, commerçants
    82 966
    10%

Agriculteurs
    36 744
    9%

Cadres
    20 563
    6%

Professions intermédiaires
    6 938
    4%

Employés
    4 394
    4%

Ouvriers
    956
    1%


En évitant pour eux-mêmes l’effet domino, les organismes financiers transfèrent une fois de plus le risque vers la solidarité nationale des ménages (via les plans de sauvetage décidés par l’Etat). Ils affaiblissent de manière concomitante le tissu des TPE-PME sur le marché intérieur ainsi qu’en matière d’exportation et, provoquent indirectement des épiphénomènes sociaux locaux (plus d’une centaine de grandes vagues de licenciements, plus de 600 000 chômeurs de plus en France.)

UNE HÉCATOMBE ÉCONOMIQUE
La crise financière démontre une nouvelle fois les interactions directes avec l’économie du réel et notamment le fait que le redressement bancaire et financier ne saurait être possible, malgré la participation de l’Etat, sans la participation active des principaux acteurs que sont les entreprises et les ménages. Pourtant nombre de TPE, PME et grands groupes ont dû affronter les effets induits de la crise en subissant, pour 2008, une hausse importante des défaillances dans les entreprises de plus de 20 salariés frôlant les 50% et, pour 2009, le risque d’atteindre le record de 1993 (62 000 défaillances). L’autre signe très préoccupant de l’impact de la crise financière dans l’économie du réel est l’explosion des impayés en France (+125% en 2008), comme à l’étranger, interagissant directement sur le niveau d’investissement et les vagues énormes de licenciements. Si l’on y ajoute les conséquences sociales dans les ménages (chômage) et le surendettement, le comportement des banques peut être dès lors considéré comme relativement criminel à l’échelle sociétale.
Que la faute technique en incombe à tel ou untel, ou du fait d’une crise de défiance dans les relations interbancaires, il est évident que les principales raisons de cette hécatombe économique convergent presque toutes autour du rôle ambigu des grandes banques d’affaires en début de période de crise. Face à cette hyper responsabilité, le pire c’est qu’aucun responsable de banque n’osera déjuger ouvertement ses collègues de peur d’être mouillé lui-même en retour. Comment alors dans la complaisance de cette opacité peut-on encore être fier d’être banquier ?

LA MALTRAITANCE DES BANQUES
Fin 2008, plus de 3 banques sur 4 ont sciemment serré la vis du crédit et celle du financement du poste client sachant que cela aurait inévitablement pour effet de ralentir l’activité dans de très nombreux secteurs économiques. Le fait de ne pas «jouer le jeu» en renforçant les exigences en matière de garanties, en réduisant la durée et le montant des financements octroyés tout en augmentant simultanément leurs marges, a ainsi créé un véritable climat de suspicion tant à l’égard des banques que des dispositifs inadaptés de soutien aux TPE-PME. Même les entreprises saines et qui se développent ont souffert et souffrent encore à cause de la remise en cause de leurs concours bancaires en fin de mois, surtout au moment de verser les salaires et de payer l’Urssaf. Selon Yannick Le Bœuf, secrétaire général de la CGPME, «Avant la crise, en général, les banques payaient les salaires sans difficulté, même sans découvert autorisé. Aujourd’hui, c’est fini». En observant avec colère une recrudescence massive des pratiques de rejet de factures, de traites ou de chèques, un grand nombre de patrons se dit écoeuré par cette nouvelle forme de «maltraitance bancaire quotidienne» évoquée par Laurence Parisot, présidente du Medef. Face aux méthodes hypocrites et aux arguments fallacieux utilisés par un certain nombre de chargés de clientèle, comment envisager que l’image de la banque puisse sortir grandie de cette épreuve collective dans la manifestation, non de la vérité qui absout, mais d’un manque patent de fair-play et de loyauté vis-à-vis des clients ?

L’ARRIVÉE DES 2 C
Sans appui de leurs banques, beaucoup d’entreprises sont obligées de montrer les dents entre elles (ne plus pouvoir faire la banque), qu’elles soient fournisseurs ou clients, déstabilisant ainsi encore davantage la confiance fragile tissant les relations commerciales. Selon Denis Kessler, dirigeant de la Scor, «C’est l’arrivée des 2 C (Cash et Contrepartie)» faisant que «Les patrons devront maintenant faire la part belle aux liquidités et veiller à se faire rembourser par leurs débiteurs». Selon lui, l’après-crise devrait voir émerger des pratiques d’une éthique exactement contraire à celle prévalant dans l’avant crise. La nature du business risque de changer et de se durcir dans certains milieux, ce qui n’est pas vraiment de bon augure en affaires. Au-delà de cette chaîne de conséquences négatives initiée par la cupidité et l’irresponsabilité financière, la crise de 2008 aura mis au grand jour une grande certitude : lorsque le navire menace de sombrer, ce sont les banques et les financiers d’abord ; les femmes, les enfants, les actifs et les entreprises après !

DETTES DES ENTREPRISES

Classement de l’endettement des entreprises en % du PIB (base 2009)


117 Royaume-Uni

95 France

75 Etats-Unis

72 Italie

62 Allemagne

Source : Goldman Sachs


 
FAIRE APPEL AU MÉDIATEUR
Dans l’activité quotidienne de l’entreprise, lorsque les banques ne jouent pas le jeu en matière de crédit à court terme, le plus simple est de faire appel au médiateur en remplissant un dossier sur l’Internet ou en appelant au 0810 00 12 10. En général, sous l’égide du médiateur départemental, et dans 80% des cas, les banques s’engagent à ne pas réduire le montant des crédits accordés et à ne pas demander de garanties personnelles supplémentaires, sauf situation exceptionnelle.
Pourtant, d’après Hervé Lambel, «Les entrepreneurs ont peur de saisir le médiateur» car ils craignent ensuite des représailles de la part de leur banque. Même sentiment partagé par Jean-François Roubaud, président de la CGPME, pour qui cette peur est compréhensible car : «C’est un constat d’échec de la relation avec la banque».
Il est vrai que si le bilan actuel de la médiation semble très positif à première vue, il ne faut pas oublier que la médiation n’a porté jusqu’à présent que sur moins de 0,3% des entreprises françaises, c’est-à-dire à peu près 7 000 sur 2,5 millions.

MÉDIATION : LA MARCHE À SUIVRE


Le service du médiateur national est accessible sur le site www.mediateurducrédit.fr sachant qu’il se prolonge sur place par un médiateur départemental, en général le directeur de la Banque de France du département concerné. Celui-ci agit dans le cadre d’une cellule placée sous l’égide du préfet composée également du trésorier-payeur-général.
Le temps moyen pour remplir un dossier sur l’Internet est de 20 minutes en invitant à préciser le mieux possible l’activité de l’entreprise et les difficultés rencontrées : raison sociale, liste des banques, nature des difficultés, situation de trésorerie, bilans sociaux, perspectives d’affaires. Après 2 journées nécessaires à la validation du dossier, la ou les banques concernées reçoivent un mail d’information et disposent de 5 jours pour proposer une solution à leur client. En cas d’échec (pas de réponse, refus de proposer une solution satisfaisante), le médiateur départemental peut alors demander une révision du dossier avec l’intervention du médiateur national.

LES CONSEILLERS INDEPENDANTS DANS LA GESTION DU PATRIMOINE

UN BON RECOURS
Lorsque la confiance a momentanément disparue avec son banquier et considérant, d’autre part, que le patrimoine est très lourdement taxé et d’une gestion complexe, il est alors judicieux d’utiliser les services d’un CGPI (Conseiller en gestion de patrimoine indépendant).
Ce professionnel est l’un des plus à même d’apporter des réponses précises pour toutes les questions d’ordre juridique, fiscal et financier, en matière de placement et de choix de produits financiers. Ni salarié, ni sous contrat avec un établissement bancaire ou financier, le CGPI est un conseiller indépendant et privé accessible 24H/24 pour tous ceux qui, n’étant pas forcément riches, souhaitent bénéficier de conseils patrimoniaux éclairés et objectifs. Depuis 2003, la réglementation encadrant l’activité de ces professionnels et la qualité de la formation les obligent à adopter une attitude sérieuse vis-à-vis de leurs clients. La loi impose d’ailleurs, avant de formuler un conseil, la rédaction d’une lettre de mission rédigée en double exemplaire et signée par les deux parties.

LE PATRIMOINE DES MÉNAGES

Répartition estimée du patrimoine net des ménages en France (base 2004) :

40% Immobilier principal

15% Patrimoine professionnel

12% Assurance-vie

12% Dépôts et obligations

11% Actions, épargne salariale

10% Immobilier secondaire et locatif

Source : Insee



LES BONS CONSEILS DES CGPI
En tant que CIF (conseillers en investissements financiers) l’offre de placement des CGPI est généralement beaucoup plus variée que celle des banques en présélectionnant de multiples  fournisseurs (banques, compagnies d’assurance, sociétés de gestion, promoteurs immobiliers). Afin de qualifier la décision finale de leurs clients, les CGPI préconisent 10 commandements éclairés :
• Se méfier des bulles spéculatives boursières et immobilières
• Choisir principalement des placements nécessaires à court, moyen ou long terme
• Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier
• Ne pas décider sur un coup de tête ou à la va-vite
• Ne pas se fier aux performances passées qui ne présument en rien des rendements futurs
• Ne pas jouer à tout prix la fiscalité car le bonus fiscal n’est jamais cessible à la revente
• Prévoir des portes de sortie en incluant des placements «liquides»
• Tenir compte des frais qui laminent le rendement global
• Ne pas confondre rendement et garantie notamment pour les produits sophistiqués
• Ne pas acheter sans comprendre les éventuels risques et scénarios possibles

UNE DOUBLE RÉMUNÉRATION

La rémunération du CGPI repose sur 2 sources légitimes assujetties aux lois commerciales classiques : les honoraires de conseil qui rémunèrent leur cœur de métier et les rétrocessions de commissions sur les produits vendus. En matière de conseils, le prix du service est indiqué dans la lettre de mission et peut correspondre à un abonnement annuel variant selon l’importance du patrimoine (300 à 3 000€) avec, éventuellement, un intéressement sur les plus-values réalisées (4 à 5%). La seconde source de revenus provient des commissions versées par les fournisseurs de produits sur les droits d’entrée des contrats et sur les frais de gestion annuels.

CONTACTS

• www.independants-patrimoine.fr
• www.sfaf.com
• www.cgpc.net
• www.anacofi.asso.fr
• www.cncef.org
• www.ccef.net


Alternatives économiques - Challenges - Enjeux-Les-Echos - L’Entreprise - L’Expansion - Investir Magazine - Le Point



 
PAROLE D'EXPERT

PRIME EXCEPTIONNELLE D’INTERESSEMENT DE 1.500 EUROS


Vos salariés ont bien travaillé et méritent, au-delà de votre reconnaissance éternelle, une rémunération complémentaire. Il vous reste quelques jours pour bénéficier d’un dispositif très attractif : la Prime exceptionnelle d’intéressement de 1.500€.

Principe
Les entreprises concluant entre le 4 décembre 2008 et le 30 juin 2009 un accord d’intéressement ou un avenant à un accord en cours, peuvent verser une prime exceptionnelle d’un montant maximal de 1.500 euros par salarié. Cette dernière pourra être exonérée de charges sociales et fiscales si les modalités suivantes sont respectées.

Bénéficiaires et conditions de versement
Pour bénéficier de cette exonération, l’attribution de cette prime doit respecter certaines conditions :

- la prime doit être versée à l’ensemble des salariés.
- elle doit être répartie uniformément entre les salariés ou selon des modalités de même nature que celles prévues par l’accord d’intéressement ou un avenant.
- elle ne peut se substituer à une augmentation de la rémunération, ni à des primes conventionnelles, ni à un élément de salaire.
- le versement doit être effectué au plus tard le 30 septembre 2009.

Régime fiscal et social
Cette prime est exonérée de cotisations sociales mais reste soumise à la CSG/CRDS et au forfait social de 2%.
Toute somme versée au-delà des 1.500 euros sera soumise à charges sociales (exemple : versement d’une prime de 2.000€, 500€ seront soumises à charges sociales).
La prime n’est pas assujettie à l’impôt sur le revenu si le salarié l’affecte à un plan d’épargne d’entreprise.

Sous certaines conditions, le dispositif ouvre également droit à un crédit d’impôt de 20% pour l’entreprise.

Ce dispositif exceptionnel a pour objectif, d’une part, de motiver les équipes à moindre coût, d’autre part, de relancer la consommation.

 
PAROLE D’EXPERT
LA SOLIDARITE AU SEIN DE L’UNION EUROPEENNE DANS UN CONTEXTE D’INTEGRATION ECONOMIQUE ET FINANCIERE


Les récents événements induits par la crise financière globalisée ont mis à jour les divergences de solidarité qui peuvent coexister au sein de l’Union européenne. Pourtant, l’espace communautaire repose sur des valeurs fortes dont la solidarité semblait y faire parti. Il convient de revenir sur la construction même de l’Union européenne pour expliquer aujourd’hui cet état des faits.

Une construction européenne d’abord économique et financière :
Les membres de l’Union européenne sont aujourd’hui de plus en plus nombreux. L’harmonisation et l’intégration de chacun se sont d’abord fait à travers l’économie et la finance. On peut aisément justifier cette stratégie par la difficulté à modifier les modèles sociaux de chacun vers un compromis acceptable par tous. Au regard des résultats de ce procédé, certaines critiques ont pu être émises. L’idéal de solidarité et de cohésion allait être mis à mal à travers la concurrence entre territoires qui allait s’y exercer lors de l’ouverture des flux économiques, financiers et monétaires. Les firmes pouvant s’implanter librement, elles ont mis les pays en compétition (on parle de dumping sociale en faisant diminuer le niveau d’imposition).

Des effets indéniables pour les pays en voie de développement :

L’historique de l’Union européenne ne doit pas pour autant faire supposer que l’espace communautaire n’a pas été capable d’intégrer et de faire converger par le haut des pays en cours de rattrapage. Le cas de l’Espagne mais aussi de l’Irlande sont incontestablement à la faveur d’une dynamique de solidarité positive et efficace. Un élément déterminant a cependant joué en faveur de ce mouvement positif. Il s’agit du contexte économique largement propice de l’époque permettant un processus de rattrapage moins contraignant. La situation de crise internationale couplée à une concurrence exacerbée entre pays émergents, notamment de par la Chine, ne peut que rendre la situation actuelle plus difficile.

Un nouveau contexte avec l’intégration de pays d’Europe centrale et orientale :
L’intégration récente de pays d’Europe centrale et orientale au sein de la zone communautaire s’est faite par le même processus d’harmonisation économique et financière. Depuis plusieurs années, les entreprises de l’Europe de l’ouest ont envahi ces territoires pour en contrôler la majeure partie de l’activité. La notion d’intégration et de convergence mais aussi de spécialisation entre les territoires ont pris tous leurs sens. Aujourd’hui, la situation en est devenue beaucoup plus complexe avec de nombreux adhérents, des divergences importantes de développement, une crise financière globalisée, des difficultés d’organisation institutionnelle au sein de l’Union européenne …

L’importance des interdépendances au sein de l’Union européenne :
L’Union européenne n’a peut être pas encore fini son processus d’intégration politique et sociale. Mais pour ce qui concerne les domaines économique, financier et monétaire, elles sont largement entamées. Ceci implique que toute difficulté d’un membre de l’Union européenne devient par effet de contagion le problème de tous ses partenaires. Les grandes entreprises sont implantées sur l’ensemble des territoires communautaires, exploitant les avantages de chacun par une répartition géographique de leurs activités territoriales complémentaires. Le commerce intra-européen est devenu aujourd’hui majoritaire dans les échanges entre membres. Une dépendance de tous impose alors une solidarité envers chacun.

Pourquoi la solidarité n’est plus si active ?
Le contexte actuel de crise financière globalisée a mis à jour des problèmes de cohésions dans l’espace communautaire. Il peut paraitre évident que les difficultés présentes au sein de son propre pays ne permettent pas, voire ne poussent pas à la générosité. Mais d’autres éléments en sont la source. Il s’agit de la façon dont la construction européenne a été faite. L’intégration communautaire a été édifiée par la mise en concurrence des entreprises afin d’y faire émerger un marché unique avec des firmes de taille européenne. Mais sans un minimum d’harmonisation sociale, des distorsions entre modèles sociaux se sont dessinées où les entreprises se sont localisées vers les territoires les plus attractifs fiscalement.

D’une concurrence économique et financière vers une concurrence de modèles sociaux :

L’harmonisation sociale ne semble pas émerger aux vues des réticences existantes. Cependant, l’intégration de territoires émergents que sont les pays d’Europe centrale et orientale n’a pas seulement renforcé la concurrence entre entreprises mais a surtout conforté celle entre les individus européens. Un espace communautaire avec des pays possédant des niveaux de développement aussi divergents induit des écarts de salaires importants. Chaque individu a été mis sous pression tant par son entreprise (risque de délocalisation en Pologne ou en Roumanie par exemple) que par son système de protection sociale (diminution des prestations afin de faire baisser les charges sur les entreprises menaçant de s’expatrier vers des territoires plus attractifs fiscalement).
Cette situation, même si elle peut être remise en cause dans son objectivité (toutes les entreprises ne délocalisent pas), a cependant offert une argumentation forte de contestation. Comment peut-on prétendre à une solidarité au sein de l’Union européenne alors qu’aujourd’hui, il n’y a pas un minimum d’harmonisation afin de pérenniser les rapports sociaux intercommunautaires? Il peut apparaitre difficilement tenable de défendre des valeurs de solidarité dans un contexte de concurrence exacerbée entre modèles sociaux. La crise financière actuelle a permis de démontré que l’Union européenne doit aujourd’hui s’atteler à cette problématique.

Thibault Cuénoud, Assistant chercheur ESCEM, Université de Poitiers

Reproduction interdite - Copyright JdP© / 2000 - 2007 • Directeur de la publication : Y.Guerin / Rédacteur en chef : D.Reuter
Illustrations : C.Burgaud • N°ISSN 1156-8801 - Dépôt légal N°367 - Réalisation : N1bus-Expériences Copyrights© 2007-2008