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JDP N° 98 : Web - Le livre numérique, le e-commerce Article complet

Date : 04/02/2010

  • Complémentarité entre édition papier et numérique
  • Un e-commerce favorable aux consommateurs

COMPLEMENTARITE ENTRE EDITION PAPIER ET NUMERIQUE

LA RÉVOLUTION EN COURS DU LIVRE NUMÉRIQUE

Selon l’écrivain Eric Orsenna, «Le livre électronique va révolutionner l’édition» car il représente «Une formidable révolution technologique et culturelle». Même avis de la part de Bernard Werber, auteur du livre Le miroir de Cassandre (Albin Michel), pour qui «Il ne faut jamais avoir peur de la technologie. Le papier et le fichier numérique coexisteront même si une nouvelle frange de la population en viendra à préférer le numérique». Il est vrai que le fait de disposer d’une bibliothèque de milliers d’ouvrages dans un simple lecteur numérique apparaît être une évidence à l’horizon des dix prochaines années. Alors que la plupart des éditeurs américains ont déjà franchi le cap du livre numérique depuis plusieurs années, les éditeurs français traînent encore les pieds en s’opposant massivement à la pénétration des Ebooks sur le marché national. Un paradoxe lorsque l’on sait que «Le livre est l’objet le plus vendu sur Internet et que c’est un produit très à la mode» ainsi que le confirme Guillaume Decitre, PDG des librairies Decitre. Pourtant les raisons de cette grande peur face à la dématérialisation du livre se concentrent sur les conséquences économiques devant frapper les 4 grands piliers traditionnels de l’édition : les éditeurs qui perdent une partie de leur monopole sur la diffusion des ouvrages ; la fabrication du livre dans les imprimeries de labeur ; la messagerie et la distribution vers les librairies ; les libraires eux-mêmes ainsi que les diffuseurs de presse.

DÉCODAGE NUMÉRIQUE

La révolution annoncée de l’Ebook repose sur de nouveaux paramètres à prendre en considération aussi bien pour le lecteur que pour l’éditeur :

• Livre numérique

Plusieurs appellations sont utilisées pour définir le livre numérique : e-book, Ebook, livre électronique, Digital book, Cyberlivre, sachant que le terme le plus courant chez les anglo-saxons est Ebook.

• Dématérialisation
Tout livre est numérisable en puissance c’est-à-dire qu’il peut être facilement transformé en un fichier informatique dans un format type PDF, Word, HTML, RTF, MP3, ePub… afin de pouvoir être lu par tout type de mobile, ordinateur et naturellement lecteur numérique.

• Ouvrages numérisables
Il existe 2 grands types de livres numériques. Les titres tombés dans le domaine public, c’est-à-dire ceux dont les auteurs sont morts depuis plus de 70 ans (en France) et qui ne sont plus assujettis à des droits d’auteur par conséquent éditables gratuitement par tout éditeur qui le souhaite (exemple Google Book). Les livres récents et les nouveautés qui nécessitent des droits de diffusion exclusifs et le reversement de droits d’auteur.

• Encre électronique

Celle-ci a été inventée en 1970 par les chercheurs de Xerox en Californie qui ont eu l’idée d’isoler une mince couche d’huile à l’intérieur d’un coussin de silicone transparent. Les caractères apparaissent alors plus arrondis que sur un PC et surtout ne fatiguent pas les yeux même en plein soleil permettant ainsi de lire des heures sans aucun problème. Actuellement l’encre utilisée dans tous les lecteurs est monochrome (noir et blanc) bien que les premiers écrans couleur doivent apparaître sur le marché d’ici 5 ans.

• Téléchargement

Selon AT&T, le nombre d’ouvrages disponibles en version électronique est actuellement de 300 000 dans le monde. Le téléchargement s’effectue directement dans des lecteurs numériques de poche dans lesquels il existe une carte mémoire permettant de stocker des milliers de livres. Dans certains e-reader existe une fonction 3G intégrée (ou Wi-Fi) permettant un téléchargement automatique sans aucune contrainte technique ni frais supplémentaires. Une connectique mini-USB est également disponible sur la plupart des lecteurs.

• Familles de livres numérisables

Les principaux segments d’édition à être numérisés recouvrent : Documents et manuels scolaires, livres techniques et professionnels, dictionnaires, encyclopédies, guides touristiques, presse et documents à consommation instantanée, livres à faible tirage, romans de littérature et romans à l’eau de rose, ouvrages tombés dans le domaine public, livres pour malvoyants…


UN RETARD VOLONTAIRE PARMI LES GRANDS ÉDITEURS FRANÇAIS

La majorité des grands éditeurs (Flammarion, Gallimard, La Martinière/Le Seuil…) ont longtemps campé sur une position très corporatiste (y compris en Allemagne) en laissant délibérément passer le premier train de la révolution numérique (2000-2008), voire en s’y opposant carrément. Il faut dire que dans l’Hexagone, le marché du livre est détenu à 85% par 45 maisons d’éditions et que Hachette Livre et Editis totalisent à eux deux près de 35% des ventes en ayant, en plus, un droit de regard sur les circuits du diffusion. Autant dire une sorte de quasi monopole sur la culture et sur la distribution du savoir. Il est également vrai que le marché français du livre papier est aussi la première industrie culturelle du pays en écoulant chaque année 450 millions de livres pour un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros dans le cadre d’une progression annuelle estimée à +3%. L’arrivée du numérique inquiète donc fortement le monde feutré des grands éditeurs qui redoutent un bouleversement radical de leurs modèles économiques ainsi qu’une forte baisse de leurs royalties (10 à 15% du prix facial d’un livre papier) et une perte de leur commission de distributeur en librairie (8 à 15%).

L’ÉMERGENCE D’UN NOUVEAU MODÈLE ÉCONOMIQUE

A l’occasion de la dernière foire du livre de Francfort, la plus grosse manifestation mondiale dans le domaine du livre, un sondage réalisé auprès de 840 éditeurs internationaux (dont 75% d’européens) révèle que 50% d’entre eux considèrent que le marché du numérique dépassera celui du papier en 2018. 36% estiment même que le numérique représentera plus de 25% de leurs recettes en 2011. Actuellement le marché du livre numérique sur le territoire français est estimé entre 0,1% et 0,2% alors que les américains ont depuis longtemps compris l’intérêt du numérique avec un taux actuel de 3% (et 3 millions de lecteurs numériques). D’après Ian Freed, vice-président du groupe américain chargé du projet Kindle : «Quand nous vendons 100 livres imprimés, nous en vendons actuellement 48 au format numérique» (contre 15 en juin 2008).
Selon Guillaume Decitre, «Une librairie physique a de 10 000 à 15 000 références alors qu’il y a 650 000 livres en langue française : Seul Internet donne accès à tous ces ouvrages» confirmant ainsi l’importance du fort potentiel que représente le livre numérique en France. De fait, après une longue période d’immobilisme les choses commencent tout de même à évoluer en France notamment avec la Fnac qui propose désormais 30 000 titres sur son site. C’est toutefois avec la présence dominante de mastodontes américains tels qu’Amazon, leader mondial de la vente en ligne de livres papier qui entend bien s’imposer avec son lecteur kindle, mais aussi celle de Google ou d’Apple avec son iPhone, que le paysage culturel de l’édition papier est le plus bousculé.


Principaux avantages économiques de la dématérialisation/numérisation du livre :
• Zéro papier
• Zéro transport/logistique
• Zéro stock
• Zéro retour
• Zéro mise au pilon
• Réduction du nombre d’intermédiaires de 6 à 3
• Baisse importante du prix d’achat


UN VASTE CONFLIT D’INTÉRÊT ENTRE LE MODÈLE 6/5 ET LE 3/3
Il existe 2 grands modèles économiques en matière d’édition : le 6/5 (édition traditionnelle) et le 3/2 (édition numérique) qui s’opposent frontalement. Le 6/5 traditionnel recouvre une chaîne d’intervenants classiques (6) induisant une addition successive de coûts (5) dans le cadre d’un modèle économique dit «éditorial lourd» incluant :
1. Les industriels (industrie forestière, producteurs de papier/encre)
2. L’imprimerie de labeur (y compris PAO, agence de communication…)
3. L’éditeur lui-même
4. Les diffuseurs (librairie/grande surface, NMPP)
5. Les auteurs (dont les contenus sont validés via une forte sélection/ recrutement de la part des éditeurs)
6. Le lecteur final (voire le prescripteur juste avant)

Dans ce schéma classique préexiste alors une addition de 5 niveaux de coûts contributifs d’une tarification fondée sur le prix optimal, voire maximal du livre incluant :
1. Droits d’auteur
2. Coûts papier et imprimerie
3. Coûts édition/marketing
4. Coûts messagerie/transport
5. Coûts diffuseur, vente client

Contrairement au modèle 6/5, le modèle 3/3 numérique raccourci la chaîne d’intervenants ainsi que les coûts de production et in fine le prix de vente final. Il s’agit ici d’une chaîne réduite à 3 intervenants principaux :
1. Auteur libre (ou validé(s) par un ou des éditeurs)
2. Editeur (ou site Internet de diffusion/e-boutique)
3. Lecteur en direct (éventuellement diffuseur spécialisé : médiathèque, bibilothèque)

Ce modèle intègre, en tout et pour tout, 3 principaux niveaux de coûts favorisant l’émergence implicite d’une tarification low-cost en comparaison du livre papier en reposant uniquement sur :
1. Droits d’auteur
2. Coûts édition/marketing (ou site internet)
3. Transport/livraison vers le lecteur (éventuellement marge diffuseur)

DÉCOMPOSITION DU PRIX D’UN LIVRE
La loi Lang sur le prix unique du livre ne s’applique pas aux supports numériques faisant que les Ebooks sont, en général, 2 fois moins chers (-50%) que leurs équivalents papier en réduisant ainsi au minimum les coûts de fabrication (impression), de diffusion et de distribution. Toutefois il faut rajouter les frais de numérisation et intégrer le fait que la TVA passe à 19,6% pour le numérique et non plus à 5,5% comme pour le papier. Par exemple, le prix moyen d’un Ebook sur Amazon est d’environ 6,70€.

Répartition moyenne des principaux postes de coûts dans l’édition d’un livre papier :

Point de vente/libraire    36%
Edition                           21%    
Fabrication                    15%
Distribution                    12%
Diffusion                        8%
Droits d’auteur                 8%
Source : DLL


L’ARRIVÉE PROCHAINE DE GOOGLE BOOKS
La plus grande menace pour les éditeurs traditionnels concerne le rouleau compresseur du Net et son projet pharaonique baptisé Google Books, dont l’objectif est de devenir la plus grande bibliothèque universelle gratuite en ligne. Selon les éditeurs, le risque supposé est que Google détienne un monopole mondial dans la diffusion de masse d’un grand nombre d’ouvrages, coupant de facto une part de marché importante aux éditeurs d’ouvrages payants. Dans cette logique ou non Google a déjà passé 29 accords avec de grandes bibliothèques en se proposant de numériser 30 millions d’ouvrages. Déjà 10 millions de livres ont été numérisés alors que l’ensemble des coûts de numérisation (relativement élevés) est totalement pris en charge par le géant du Net. En accès totalement gratuit pour l’internaute, Google envisage de se rémunérer uniquement grâce aux bandeaux publicitaires et aux liens commerciaux. Il existe toutefois un sérieux problème de contentieux entre Google et certains éditeurs américains et européens sachant que 75% des livres américains et étrangers numérisés (dont 150 000 livres français) sont encore couverts par les droits d’auteur. En fait, si Google a la droit de numériser les ouvrages tombés dans le domaine public il n’en est pas de même avec les auteurs contemporains vivants ou ceux décédés après 1941.

TOP 10 DES LANGUES LES PLUS UTILISÉES SUR LE NET

La plupart des ouvrages actuellement numérisés le sont en anglais. D’une manière plus générale, la langue la plus utilisée sur l’Internet par les internautes est l’anglais bien que d’autres langues comme le chinois (+ 1018%) et l’espagnol (+631%) aient fait une progression fulgurante entre 2000 et 2009. Le français utilisé par les internautes prend la 5e place avec un taux de croissance de +530% sur 9 ans.
 
En millions d’internautes au 30 juin 2009 :
Anglais    478,7
Chinois    361,4
Espagnol    133
Japonais    94
Français    77
Portugais    73
Allemand    65,2
Arabe        49,4    
Russe        38
Coréen      37,5
Source : Internet World Stats


LE PROCHAIN GRAND MARCHÉ DES LECTEURS NUMÉRIQUES
Que ceux-ci se nomment tablette de lecture, liseuses ou e-reader, les nouveaux supports électroniques de lecture nomade commencent à propulser à vitesse grand V la mode des Ebooks. Bien que le prix d’achat soit encore assez élevé, les nouvelles technologies utilisées comme l’e-ink (encre électronique) offrent dorénavant un confort de lecture satisfaisant avec une encre monochrome reposante dans un format légèrement plus grand qu’un livre de poche. Tous les fabricants de liseuses sont d’ailleurs engagés dans une course contre la montre car d’autres lecteurs doivent surgir sur le marché dans les prochains mois. C’est le cas notamment avec l’arrivée des équipementiers chinois qui doivent fournir des produits grand public directement aux opérateurs de télécoms lesquels vont proposer à leurs clients un service clé en main en partenariat avec les libraires du Net. Apple doit également s’engager sur ce créneau en 2010 avec un appareil soigneusement profilé et des livres en pagaille téléchargeables depuis son magasin iTunes.

Les 4 principaux types de lecteurs numériques actuellement sur le marché :

• Kindle : Propose un catalogue de 350 000 ouvrages… à 99% en anglais propre à la librairie en ligne Amazon. Il est doté d’une technologie 3G avec un stockage de 1 500 livres (190€)
• Reader Touch Edition Sony PRS-600 : Propose une navigation tactile en stockant 350 ouvrages tout en étant compatible avec la plate-forme de livres numériques de la Fnac (300€)
• Cybook Opus : C’est la plus légère tablette du marché (150g) qui bénéficie des dernières améliorations de la technologie E-ink (encre électronique) et de 12 tailles de caractères. Il offre 75 livres pour tout achat (240€)
• iLiad d’Irex Technologies : Dispose d’une grande taille permettant d’écrire sur l’écran avec un stylet fourni avec l’appareil et d’un poids de 389g. (+600€)

PRINCIPALES FONCTIONNALITÉS DU E-READER

• Fonction 3G ou Wi-Fi
• Ecouteurs intégrés pour aveugles et enfants
• Modification de la taille des caractères à l’écran en fonction de l’acuité visuelle
• Aucun rétro-éclairage n’abîmant pas les yeux
• Touche principale permettant de naviguer dans l’ouvrage à partir d’un seul doigt
• Format standard entre 5 et 6 pouces
• Mémoire interne de 64 Mo à 2 Go
• Encombrement réduit (175x120x10mm en moyenne)
• Autonomie moyenne : 7000 pages de lecture (ou jusqu’à 15 jours)
• Très faible consommation d’énergie



UN E-COMMERCE FAVORABLE AUX CONSOMMATEURS

UNE SOLUTION PARFAITE POUR PROTÉGER LE POUVOIR D’ACHAT

L’e-commerce est devenu un vrai sport de compétition dans lequel concourent 60 000 sites e-marchands accueillant en France plus de 21 millions de cyberacheteurs durant l’année 2009 (+25% de progression en 2009). Selon Gilles Blanc, chef de projet études à Benchmark Group, le e-commerce offre «Une vraie réponse aux enjeux sociétaux» en recouvrant tous les secteurs traditionnels du commerce et de la distribution. Face au ralentissement de la consommation des ménages, le e-commerce permet de réaliser de sérieuses économies sur les achats courants en proposant des tarifs en ligne inférieurs, en moyenne, de 10 à 30% à ceux des magasins traditionnels. Sur les sites de déstockage ou de ventes événementielles les remises peuvent même dépasser les 60%. Les bonnes affaires ne sont pourtant pas l’unique motivation des internautes qui sont 87% à se déclarer satisfaits de leurs achats en ligne en appréciant notamment les prix, la possibilité d’acheter 24 heures sur 24 tout en bénéficiant d’un large éventail de choix. Une étude d’Auchandirect réalisée en 2008 souligne même que chaque client d’un cybermarché peut économiser jusqu’à 1 500 kilomètres de voiture par an en effectuant ses courses en ligne. Autant dire que la consommation via l’Internet permet à la fois de gagner du temps, payer moins cher et économiser sur les coûts de transport.


LES FRAIS DE TRANSPORT SUR LE NET

Il existe 4 grands types de tarification :

• La gratuité affichée qui inclut toutefois le coût de la livraison dans le prix des produits.
• Le prix réel indiqué à l’unité, proportionnel au poids et/ou présenté par tranches selon le montant de achats.
• Le tarif dégressif calculé par tranches de montant d’achat avec gratuité au-delà d’un certain montant.
• Le forfait destiné surtout à dissuader le client de multiplier les petites commandes



LE PLUS GRAND CENTRE COMMERCIAL DE FRANCE
Le commerce en ligne a modifié profondément le paysage commercial et les habitudes de consommation des Français en faisant de la Toile le plus grand centre commercial de France. En seulement quelques clics passés de chez soi on peut y trouver de tout dans une offre qui s’est largement professionnalisée et sécurisée. L’essentiel des ventes se concentre toutefois sur un petit nombre de sites spécialisés dans l’équipement de la personne et de la maison, la mode, le tourisme, les produits financiers et l’alimentaire. Selon Marc Lollivier, directeur général de la Fevad, «Les 50 sites les plus fréquentés cumulent à eux seuls plus de la moitié des ventes» en proposant tous une navigation simple et intuitive, une offre large et bien présentée accompagnée de services fiables. Afin d’augmenter leur taux de transformation ces sites marchands n’hésitent pas à explorer toutes les possibilités en multipliant les opérations de fidélisation et de marketing à distance comme en travaillant de plus en plus précisément sur le profil des internautes.

Exemples de tendances actuelles :

• cash back (remise différée)
• simplification de l’ergonomie
• intégration de vidéos
• fonctionnalités de plus en plus interactives
• publication d’avis de consommateurs…

E-ACHATS PAR FAMILLE DE PRODUITS

En nombre d’internautes déclarant avoir effectué un achat ou une transaction sur Internet au cours des 6 derniers mois par famille de produits et en millions (Base 2009) :

Produits techniques    18,2
Voyages    17,8
Mode    16,6
Produits culturels    16,3
Equipement de la maison    10,2
Finance-Assurance    6,4
Alimentaire    3,5
Source : Baromètre Fevad-Médiamétrie



UNE RENTABILITÉ DIFFICILE À OBTENIR
Pour la plupart des acteurs du Net l’objectif le plus difficile à atteindre est celui de l’équilibre financier sachant que pour beaucoup d’entre eux la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous. Une situation qui est imputable aux coûts d’acquisition de trafic et surtout au fait que «Plus de 95% des internautes qui passent sur un site en repartent les mains vides» ainsi que le souligne Gilles Blanc. Pourtant, même si les chiffres de l’e-commerce restent confidentiels, l’e-commerce intéresse tout particulièrement les grandes enseignes traditionnelles de la distribution par le volume d’affaires qu’il représente. L’une des principales raisons de cet engouement concerne le fameux phénomène de la long tail (longue traîne) confirmant que si en magasin 80% des ventes se font à partir de 20% des produits, le Net donne la possibilité d’écouler les 80% de références restantes en démultipliant ainsi le chiffre d’affaires potentiel. C’est d’ailleurs bien toute la problématique des sites de vente en ligne que d’obtenir des revenus complémentaires en trouvant le bon modèle logistique capable de faire baisser les prix et d’augmenter simultanément le volume des ventes.
Pour les réseaux de distribution traditionnels l’importance grandissante du e-commerce suppose également une adaptation de leur stratégie commerciale en magasin. Sachant que plus de 8 internautes sur 10 préparent leurs achats sur le web avant de se rendre dans un lieu «physique», la plupart des grands magasins et des centres commerciaux de centre-ville sont donc obligés d’intégrer l’effet comparatif du Web. C’est du moins l’avis de Jean-Chistophe Bretxa, DG de Redveco France, pour qui «La concurrence des sites marchands incite à transformer les lieux de vente en profondeur afin de redonner une dimension de plaisir à l’acte d’achat. C’est à ce prix que le consommateur continuera de se déplacer.»


EVOLUTION DU E-COMMERCE GRAND PUBLIC
En milliards d’euros

1999    0,2
2000    0,7
2001    1,5
2002    2,2
2003    3,4
2004    4,8
2005    7,0
2006    9,3
2007    11,7
2008    14
2009    25
2010*    30
* Prévisions - Source : Benchmark Group


L’OBLIGATION D’ACTUALISER LES «4P»
Le e-commerce ne s’appréhende pas de la même manière que le commerce classique sachant que ce nouveau canal de distribution modifie profondément la donne en matière de marketing mix.

Principales modifications apportées par le Web dans les «4P» (produit, prix, publicité, placement) à prendre en considération par le vendeur et/ou profitant au consommateur :

Produit
• Fin de la toute puissance du vendeur devant l’acheteur profane
• Fort degré d’informations exhaustives souvent difficiles à obtenir auprès du vendeur de rayon
• Consultation préalable des avis objectifs déposés par les autres clients acheteurs

PROFIL DES CYBERACHETEURS

En % des internautes selon la catégorie sociale (base début 2007) :
Cadres    48%
Prof. intermédiaires    38%
Employés    36%
Artisans    34%
Retraités    31%
Agriculteurs    28%
Ouvriers    28%
Inactifs    25%
Source : Problèmes économiques


Prix
• Comparaison très rapide des prix de la concurrence afin de se forger un avis
• Obligation pour les e-commerçants de tenir compte rapidement de la concurrence dans leur politique de prix
• Obtention de remises souvent conséquentes
• Cycle court et régulier au niveau des opérations promotionnelles et «discount»
• Economie supplémentaire de déplacement et/ou de transport

RAISONS DU  CHOIX DES INTERNAUTES

En % des acheteurs en ligne (base début 2007) :
Aspects pratiques     86%
Prix plus intéressants    59%
Choix plus grand    59%
Meilleure information sur produit    41%
Meilleure information sur prix    36%
Source : Problèmes économiques

Publicité
• Flexibilité beaucoup plus grande dans les actions de communication on-line que celles proposées par les médias traditionnels (bannières, split testing…)
• Ajustement des opérations et des messages beaucoup plus affiné en fonction du profil des internautes
• Modification en temps réel des campagnes afin d’optimiser la rentabilité

LES RAISONS DE NE PAS CHOISIR L’INTERNET

En % d’internautes n’ayant pas fait d’achat sur le Net (base début 2007) :

• Préfèrent acheter sur place et voir le produit (48%)
• N’ont pas confiance dans le règlement par carte bleue sur le web (46%)
• N’en ressentent pas le besoin (32%)
• Ne veulent pas divulguer des informations personnelles (23%)
• Craignent de ne pas être dédommagés en cas de problème (14%)
• Ne savent pas comment faire (9%)
Source : Problèmes économiques

Placement (ou distribution)
• Extension de la zone de chalandise sans limite géographique
• Dimension concurrentielle exacerbée sachant que tout le monde se retrouve au même niveau de comparaison
• Affaiblissement de l’avantage géographique initial de proximité



 
DE L’EDITION PAPIER AU NUMERIQUE : QUEL ASPECT ENVIRONNEMENTAL ?


La situation environnementale ne semble pas laisser place à l’expectation collective. L’état de la planète, après des années d’exploitation intensive, nous pousse à repenser notre façon de vivre. A travers cette pression sociétale, l’édition subit une transformation qui semble inéluctable avec le passage du papier au numérique. Pourtant, la contrainte environnementale n’est peut-être pas là où l’on aurait pu le croire.

Le papier est-il véritablement source de dégradation environnementale ?


L’édition papier nécessite l’utilisation du bois comme matière première et toute la difficulté réside dans l’exploitation des forêts. Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur le renouvellement de cette ressource qui peut être maîtrisée par une politique de replantage efficace mais de l’impact des déforestations et des exploitations intensives qu’elle induit. Un territoire boisé aborde plusieurs fonctions que sont la protection des sols, l’impact climatique, la biodiversité qui y réside ainsi que le puits carbone lors de la fixation du gaz carbonique. La contrainte environnementale, dans le cadre bien précis de l’exploitation des forêts, ne vient donc pas de l’aspect renouvelable de cette ressource mais surtout de la fragilité de l’habitat qui y réside. L’édition papier n’est alors pas une source de dégradation environnementale à proprement parlé même s’il convient d’insister sur la façon de l’exploiter.

Le numérique comme solution alternative ?

Quant au numérique, son utilisation nous pousse à le promouvoir tant son édition par voie électronique est « propre ». Il n’y a plus de problème de matière première, de pollution lors de son transport et de recyclage après lecture (un simple clic de suppression suffit). Cette facilité d’utilisation en termes de développement durable ne peut que nous époustoufler devant nos tentatives citoyennes de bouleverser nos mauvaises habitudes. Cependant, et c’est ici toute la complexité de la chose, l’utilisation d’une édition numérique implique la mise au point, la création puis le recyclage lors de sa fin de vie d’un ensemble de matériaux de haute technologie pas toujours respectueux de l’environnement… Les ordinateurs, les logiciels, les écrans plasma mais aussi l’énergie nécessaire pour alimenter ces technologies (principalement de ressources fossiles et  nucléaires) sont-ils biodégradables ? Sont-ils recyclables ? Permettent-ils de respecter l’environnement sans le dégrader ? La réponse, aujourd’hui, est non.

Un point de vue critique afin de nous pousser à la réflexion :

A travers cet exemple, nous avons mis en avant les limites d’une vision quelque peu dominante de l’édition numérique vis-à-vis de l’édition papier en termes environnemental. L’édition papier pose des problèmes de gestion des forêts alors que celle numérique nous impose d’autres contraintes.

Il pourrait être intéressant de faire une comparaison « moyenne » entre l’utilisation papier et l’utilisation numérique à travers un bilan carbone ou tout autre instrument de mesure. La moins pis des solutions devrait alors être préférée. Mais notre objectif, ne l’oublions pas, est de diminuer l’impact de notre activité sur notre environnement. Il nous faut être opportuniste afin de faire ressortir le plus d’efficience possible. A travers l’évolution perpétuelle des technologies, les méthodes d’hier et d’aujourd’hui ne sont pourtant pas toujours vouées à disparaitre.


Thibault Cuénoud,
Assistant Chercheur à l’ESCEM
 

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